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Texte libre

 

Cécile Révauger,
Professeur des Universités,
UFR d’anglais,
Université Michel de Montaigne

 

Je suis née à Bordeaux en 1955, j’ai fait mes études secondaires au lycée François Magendie de Bordeaux et supérieures à l’Université de Bordeaux III.  Le concours des IPES qui existait alors (pré-recrutement au métier de professeur dans l’enseignement secondaire) m’a permis de vivre dans un relatif confort mes années d’étudiante. J’ai  été reçue aux concours du CAPES et de l’agrégation  en 1977. Enseignante dans un collège d’Argenteuil, puis dans divers collèges et lycées des régions lyonnaise et grenobloise, j’ai  soutenu une thèse de troisième cycle en 1983  sur le conte oriental en Angleterre, ce qui m’a permis d’être recrutée comme professeur agrégé à l’Université Stendhal-Grenoble III en 1985, puis comme maître de conférences dans cette même université en 1987. Mes recherches sur le XVIIIe siècle anglais m’ont incitée à étudier la franc-maçonnerie, née à l’époque des Lumières, de Locke et de Newton. En 1984, il fallait pour cela relever un triple défi : d’une part il s’agissait d’un domaine  largement inexploré par la communauté universitaire et qui semblait donc un peu ésotérique et suspect, d’autre part les archives maçonniques n’étaient pas aussi disponibles qu’elles le sont aujourd’hui, les Grandes Loges anglo-saxonnes faisant à l’époque preuve d’une certaine réserve à l’égard des recherches ayant un caractère public, enfin le chercheur en question était une femme…une bizarrerie pour la plupart des spécialistes britanniques et américains de la franc-maçonnerie … alors qu’aujourd’hui les bibliothèques maçonniques m’ouvrent largement leurs portes et que  les conservateurs font preuve de la plus grande bienveillance à mon égard, comme à l’égard de tous les chercheurs, pourvu que leur travail soit réellement scientifique.

Une bourse Fulbright de la Commission franco-américaine m’a permis d’effectuer des recherches dans les bibliothèques  de Boston et de Washington DC, sans oublier celle de Cedar Rapids, Iowa. Située au cœur du pays du maïs, elle aida sans nul doute son fondateur à tromper l’ennui et rassemble l’une des plus vastes collection d’archives maçonniques . Je pus ainsi rédiger ma thèse d’Etat, « La franc-maçonnerie en Grande –Bretagne et aux Etats-Unis au XVIIIè siècle : 1717-1813 », soutenue à l’Université de Bordeaux III en 1987, sous la direction de Régis Ritz.  Je publiai une version abrégée de cette thèse aux Editions EDIMAF en 1990. Depuis, j’ai publié de nombreux articles consacrés à la franc-maçonnerie, un ouvrage sur les «  Anciens et les Modernes » (, c'est-à-dire  les deux Grandes Loges rivales d’Angleterre, et un livre sur la franc-maçonnerie noire aux Etats-Unis, « Noirs et francs-maçons » (2003). J’ai écrit cet ouvrage grâce à l’obtention d’une seconde bourse de recherche Fulbright qui m’a permis de travailler sur les archives des Grandes Loges noires de Prince Hall à New York et Washington DC. J’ai été nommé professeur des universités en 1990.

J’ai  mené de front recherche et enseignement, comme la plupart des universitaires français. En bonne dix-huitiémiste, je me suis toujours un peu considérée comme citoyenne du monde, et à défaut de pouvoir le sillonner autant que je désirais, j’ai trouvé beaucoup de vertus à la mobilité universitaire…j’ai donc successivement occupé des postes à l’Université de Grenoble (Stendhal-Grenoble III), de Provence (Aix-Marseille I), des Antilles et de la Guyane (en Martinique) avant de rejoindre mon Université-mère, si je puis dire, l’Université de Bordeaux III. Chaque poste m’a apporté un grand nombre de satisfactions et seul l’impérieux besoin de découvrir de nouveaux  horizons a motivé chaque  départ.  A Grenoble, j’ai occupé un poste dit « double-timbre », à l’époque des premiers IUFM, c'est-à-dire que j’enseignais à l’Université tout en exerçant les fonctions de directrice adjointe de cet IUFM pionnier, ouvert à la collaboration avec les universitaires. Ce fut une expérience enrichissante, qui me permit de lancer un certain nombre de programmes de coopération internationale et de côtoyer des milieux  sociaux variés,  des cultures professionnelles  diverses, enseignants du secondaire, anciens directeurs d’écoles normales, corps d’inspection. J’y ai acquis, je pense, quelques qualités de diplomate, à une époque, bien sûr révolue, où pédagogues fondamentalistes et universitaires récalcitrants s’affrontaient allègrement.

 Aujourd’hui je fais partie du CIBEL de Bordeaux, le Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etudes des Lumières, dirigé par Jean Mondot. Mes recherches actuelles, outre la franc-maçonnerie, sont consacrées aux  Lumières et  à l’historiographie des Lumières,  ainsi qu’à l’histoire de la Caraïbe anglophone,  de l’époque des sociétés de plantation à l’abolition de l’esclavage.  J’anime des séminaires de master, dirige des thèses sur le dix-huitième siècle britannique et sur la Caraïbe anglophone des XVIII  et XIXe siècles.

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Prof. Cécile Révauger

English studies

Michel de Montaigne Bordeaux III University

 

I was born in Bordeaux and was a student at Bordeaux University. I passed the “agregation”  in 1977. I first taught in secondary schools, before registering a thesis on the oriental tale in 18th century . After defending this thesis I started my academic career at Grenoble University. I switched from the oriental tale to Masonic studies as I developed a particular  interest in the 18th century and considered that Masonic lodges could only emerge in the wake of the Enlightenment. At the time studying masonry was a real challenge, first because the academic community was a bit suspicious of the validity of masonry as a scientific field to be explored as it was such an unusual subject, second because Masonic libraries themselves were suspicious and not used to giving public access to their sources, and last but not least because I was a woman, a rarity on Masonic premises  and therefore a strange scholar…Today things have totally changed of course and the curators and staff  of the main Masonic libraries in Britain and the States are extremely helpful. A Fulbright award allowed me to spend a lot of time working on Masonic archives in Boston, Washington DC and Cedar rapids, Iowa: in corn country providing such a huge  collection is  no small feat! The library of the Grand Lodge of Iowa is one of the largest Masonic libraries in the world. I defended my PHd dissertation in 1987, entitled: “ 18th century Freemasonry in and the ”. An abridged version was published  in 1990. I have produced several articles on Freemasonry since. I was appointed “professeur des Universités” in 1990. I obtained a second Fulbright Award in 1999 , which allowed me to work in New York and Washington DC libraries and write a book on black freemasonry in , Noirs et francs-maçons, published in 2003.

As a true 18th century  specialist, I have always considered myself as a “citizen of the world” and although I could not explore the world as much as I wanted to, I did my best and seized all the opportunities to apply for various positions.  This does not mean that I was unhappy with my work but simply wanted to discover a little more each time... This explains why I successively occupied academic positions at Grenoble Unversity, Université de Provence, Université des Antilles et de la Guyane (Martinique) before  coming back to Bordeaux, my home town and university. As most French scholars I have always combined teaching and research activities.

I am now a member of CIBEL (Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etudes des Lumières), the research centre chaired by Jean Mondot at Bordeaux University.  I  teach seminars at master level and I am currently supervising theses on 18th century and in Caribbean studies.

My current research is devoted to freemasonry, the Enlightenment and the historiography of the Enlightenment as well as Caribbean eighteenth and nineteenth century studies.

18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 08:57



  FRANC-MACONNERIE ET RELIGIONS DANS L'EUROPE DES LUMIERES
  

La condamnation de la maçonnerie par Rome en 1738, puis en 1754, surplombe l'histoire de l'Ordre au XVIIIe siècle ; or, moins paradoxalement qu'il n'y paraît, celle-ci fut pratiquement sans effet dans la plupart des pays européens, sauf là où l'Inquisition régnait en maître. Le présent recueil offre pour la première fois un état des lieux des rapports entre Franc maçonnerie et reli gions, pays par pays ; il permet de comprendre que ce que redoutait l'Église catholique était moins le caractère secret d'une association à laquelle appartenaient d'ailleurs de nombreux réguliers ou séculiers, que sa référence à une religion naturelle, libérée des dogmes et, finalement, assez proche de l'idéologie protestante.              

Disponible: OUI
Prix EUR TTC: 8.00



 

CHAMPION CLASSIQUES LIEU D'EDITION: PARIS PARUTION: 19.10.06

COLLECTION: ESSAIS FORMAT: 12,5X19

224 pages   Broché 1 volume(s)

N° SERIE: ISBN: EAN:
0005 2745314734 9782745314734

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 08:33

 

Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques. Lumières, n°7. Presses Universitaires de Bordeaux, 2006, 279p, 12 illustrations, summaries in French and English.

 

 

This special issue of Lumières focuses on the role of freemasonry in the major social and political changes promoted by the Enlightenment. Although masonic lodges and Grand Lodges were generally not directly involved in radical activities and revolutions, they nevertheless provided an opportunity for their members, away from prying eyes, to exchange ideas and sometimes take an active part in political developments. Many of those who joined masonic lodges reflected Enlightenment values in their advocacy of religious tolerance and social improvement. The articles in this number of Lumières survey many of the leading personalities and masonic lodges the eighteenth century, covering England, France, Belgium and the Netherlands, Italy, Sweden, Bavaria, Russia, North America and the Caribbean. The essays form in effect a tour of the late Enlightenment masonic world, taking us from the radical town of Sheffield in northern to Franklin’s and Toussaint Louverture’s . The conspiracy theories concerning the role of freemasonry in the French Revolution are reassessed.  It is well-known that, despite their tolerance, freemasons took a lively interest in religion. It is contended here that they also cared about politics.

 

This special issue of Lumières, no. 7, is based on papers delivered at an international conference at the Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, in November 2005, and is a joint enterprise, published under the aegis of CIBEL (Centre Interuniversitaire Bordelais d’Etudes des Lumières), CELFF (Centre d’Etude de la Langue et de la Literature Française des XVIIe et XVIIIe siècles, CNRS Paris) and the Centre for Research into Freemasonry (University of Sheffield).

 

 

 

Editor: Cécile Révauger

Avant-propos, Cécile REVAUGER

1-Franc-maçonnerie, Lumières et révolutions.

 -Franc-maçonnerie, Lumières et Révolutions. De la Révolution d’Amérique à la Révolution française.  Cécile REVAUGER

 - Le binôme franc-maçonnerie-révolution à l’époque des Lumières entre l’histoire et la mythification.  José Ferrer BENIMELI

- Benjamin Franklin, pionnier de la franc-maçonnerie transatlantique. Christian LERAT 

-Like moths to a flame : British radicals and the American revolution.Susan SOMERS

-Le parcours initiatique d’Armand Gaborria au temps de la Révolution ou la réciprocité des influences.  Eric SAUNIER

-Franc-Maçonnerie entre idéaux et régénération sociale et culturelle.  Elisabeth LIRIS

- Jacobites et francs-maçons à Toulouse : autour de la famille de Barnewall.  Georges LAMOINE

2-Franc-maçonnerie, mouvements sociaux et réformes.

- Freemasonry and radicalism in Yorkshire, 1780-1830 . Andrew PRESCOTT

- William Hutchinson(1732-1814): a hitherto unknown 18th century English radical Masonic dramatist. Trevor STEWART

- La franc-maçonnerie et la légitimation des réformes en Italie au XVIIIe siècle. Sandro LANDI

-Aspects de la sensibilité libérale dans les loges belges pendant les premières décennies du XIXe siècle.  Jeffrey TYSSENS

- Swedish freemasonry and its transnational connections during the Age of Enlightenment. Andreas ONNERFORS

- Endorsement and Condemnation of Political Radicalism and reform in 18th century Russian freemasonry : the state of debate and its implications.  Yuri STOYANOV

3-Les thèses du complot.

- «Fauteurs de la Révolution  : Illuminés , Jacobins et Kantiens vus par l’Abbé Augustin Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme.  Alain RUIZ 

- Les Illuminés de Bavière : suite et fin ?  Jean MONDOT

- A propos du « complot judéo-maçonnique », « Le Nouveau Judaïsme ,  Jacques LEMAIRE

- Autour de la thèse du complot : franc-maçonnerie, révolution  et contre-révolution à St Domingue, 1789-1791 , Jacques DE CAUNA

- Franc-maçonnerie et Révolution : un dossier revisité.  Charles PORSET

Conclusions,  Charles PORSET

La prosopographie historique : une nouvelle voie pour l’étude de la franc-maçonnerie. Eric SAUNIER

 

 

Orders should be sent to :

 

 

Presses Universitaires de Bordeaux 3

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

Domaine Universitaire

33607 Pessac Cedex

France

 

Cost : 22E + 4,30E  (postal cost) Cheques / or international orders should be addressed to  “M. L’Agent Comptable de l’Université de Bordeaux 3”

 

 

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 08:28

Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques. Lumières, n°7

 

Les Lumières ont permis l’éclosion  d’une société nouvelle, en modifiant profondément les rapports sociaux et les structures politiques. Si les loges et Grandes Loges se sont rarement impliquées de façon institutionnelle dans les révolutions,  elles ont cependant offert à leurs membres un cadre privilégié, une structure à l’abri des regards des curieux, propice à l’échange d’idées et  à la prise de parole, les incitant ainsi à prendre une part active à la vie de la Cité. Justement parce qu’elles apparurent  dans le sillage des Lumières, les loges attirèrent des hommes épris de progrès social et de tolérance religieuse. Pour traiter de l’engagement politique de la franc-maçonnerie à l’époque des Lumières, il fallait à la fois tenter  une vision panoramique et braquer la caméra sur  quelques personnalités marquantes,  ainsi que sur certaines loges en particulier. Le lecteur est invité à parcourir le Monde Maçonnique, en passant par  l’Angleterre,  la France,  l’Italie,  la Belgique,  la Suède, la Bavière, la Russie pour gagner les rives américaines du temps de Franklin et rejoindre le Saint Domingue de Toussaint Louverture.  Les thèses du complot, souvent évoquées, sont ici revisitées. Ni religion,  ni politique ?  On savait que la religion n’avait jamais laissé les francs-maçons indifférents, on soupçonnait qu’il en allait de même en politique. Nous en avons désormais la preuve.

 

Ce numéro est publié sous l’égide du CIBEL(Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etude des Lumières),  de l’Université de Bordeaux III, du Conseil Régional d’Aquitaine, du CELFF  (Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles,  UMR 8599 CNRS)  et du  Centre for Research into Freemasonry,  Université de Sheffield.

379 pages,  12 illustrations,  résumés en anglais et en français de tous les articles .

 

Direction du numéro: Cécile Révauger

 

Sommaire :

Avant-propos, Cécile REVAUGER

1-Franc-maçonnerie, Lumières et révolutions.

 -Franc-maçonnerie, Lumières et Révolutions. De la Révolution d’Amérique à la Révolution française.  Cécile REVAUGER

 - Le binôme franc-maçonnerie-révolution à l’époque des Lumières entre l’histoire et la mythification.  José Ferrer BENIMELI

- Benjamin Franklin, pionnier de la franc-maçonnerie transatlantique. Christian LERAT 

-Like moths to a flame : British radicals and the American revolution.Susan SOMERS

-Le parcours initiatique d’Armand Gaborria au temps de la Révolution ou la réciprocité des influences.  Eric SAUNIER

-Franc-Maçonnerie entre idéaux et régénération sociale et culturelle.  Elisabeth LIRIS

- Jacobites et francs-maçons à Toulouse : autour de la famille de Barnewall.  Georges LAMOINE

2-Franc-maçonnerie, mouvements sociaux et réformes.

- Freemasonry and radicalism in Yorkshire, 1780-1830 . Andrew PRESCOTT

- William Hutchinson(1732-1814): a hitherto unknown 18th century English radical Masonic dramatist. Trevor STEWART

- La franc-maçonnerie et la légitimation des réformes en Italie au XVIIIe siècle. Sandro LANDI

-Aspects de la sensibilité libérale dans les loges belges pendant les premières décennies du XIXe siècle.  Jeffrey TYSSENS

- Swedish freemasonry and its transnational connections during the Age of Enlightenment. Andreas ONNERFORS

- Endorsement and Condemnation of Political Radicalism and reform in 18th century Russian freemasonry : the state of debate and its implications.  Yuri STOYANOV

3-Les thèses du complot.

- «Fauteurs de la Révolution  : Illuminés , Jacobins et Kantiens vus par l’Abbé Augustin Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme.  Alain RUIZ 

- Les Illuminés de Bavière : suite et fin ?  Jean MONDOT

- A propos du « complot judéo-maçonnique », « Le Nouveau Judaïsme ,  Jacques LEMAIRE

- Autour de la thèse du complot : franc-maçonnerie, révolution  et contre-révolution à St Domingue, 1789-1791 , Jacques DE CAUNA

- Franc-maçonnerie et Révolution : un dossier revisité.  Charles PORSET

Conclusions,  Charles PORSET

La prosopographie historique : une nouvelle voie pour l’étude de la franc-maçonnerie. Eric SAUNIER

Résumés des articles en français et en anglais.

Présentation des auteurs.

Forum, par Jean Mondot.

RECENSIONS

Par Jean-François Baillon, Tristan Coignard, Cécile Révauger.

 

Commandes à adresser à:

 

 

Presses Universitaires de Bordeaux 3

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

Domaine Universitaire

33607 Pessac Cedex

France

 

Coût: 22E + 4,30E  (frais postaux) .Chèques a libeller à l’ ordre de  “M. L’Agent Comptable de l’Université de Bordeaux 3”

 

 

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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 16:59

Liste des travaux et publications de M.Cécile REVAUGER

 

Travaux :

 

Thèse de IIIe cycle : « La tyrannie du désir dans le conte oriental du XVIIIe siècle ». Soutenue à l’Université de Bordeaux le 20 mars 1982. Sous la direction de M.Régis Ritz, mention TB.

 

Thèse de Doctorat d’Etat : « La franc-maçonnerie en Grande-Bretagne et dans l’Amérique révolutionnaire, 1717-1813. » Soutenue à l’Université de Bordeaux III le 26 juin 1987. Sous la direction de M. Régis Ritz. Mention TH à l’unanimité.

 

 

Communications (les communications qui ont été publiées figurent sous la rubrique « articles »):

 

1-« Les échos de la Révolution française dans la franc-maçonnerie britannique. » Colloque international  Franc-maçonnerie et Lumières au seuil de la Révolution française , Paris, 1989, CNRS et IDERM (Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques).

 

2- « 1688 et 1789 dans les Reflections on the Revolution in France d’Edmund Burke ». Colloque Révolutions et Contre-révolutions en Angleterre et aux USA . Aspects de la théorisation. CREA, juin 1989, Université de Grenoble III.

 

3-« Franc-maçonnerie et anti-maçonnisme pendant la Révolution française ». Colloque international organisé par la Société Portugaise d’Etudes du XVIIIe siècle à Lisbonne : La franc-maçonnerie et les mouvements d’opinion, novembre 1993.

 

4-« Le sublime et le beau dans l’œuvre d’Edmund Burke : de l’esthétique au politique ». Communication présentée lors du colloque Le Sublime et ses avatars, XVIIIe-XXe siècles, mars 1998, Université de Provence.

 

5-« Sensibilisation aux courants historiographiques : le débat des historiens à propos du XVIIe siècle », communication présentée lors de la journée du CRECIB organisée par Jacques Carré, Paris IV Sorbonne, novembre 1997 : L’Histoire dans les Etudes Britanniques.

 

6-« The rift between Antients and Moderns in 18th century freemasonry, » communication présentée au colloque organisé par le Canonbury Masonic Research Centre à Londres, novembre 1999 : The Historiography and Methodology of Freemasonry.

 

7-“Les Anglaises exclues du travail maçonnique”, communication présentée lors du colloque que j’ai co-organisé avec Jacques Carré et Isabelle Baudino à Paris IV Sorbonne, mars 2000 : Les femmes et le travail au XVIIIe siècle.

 

8- « Etats-Unis et Caraïbes : la franc-maçonnerie en questions. » Communication présentée au CELCAA (Centre d’Etudes des langues et Cultures de l’Amérique Anglophone) à l’Université des Antilles et de la Guyane, février 2001.

 

9- « Masonic universalism and national boundaries. The case of the French revolution.” Communication présentée au colloque organise par le Department of Politics de l’Université d’Oxford, juin 2003: The Invasion of Britain: 1793-1815. A conference, exhibition and concert exploring French plans to invade and the British response.

 

 

10- « Freemasonry and religion in 18th century ”. Communication présentée au colloque international organisé par le Canonbury Research Centre , à Londres, les 6 et 7 novembre 2004: “Freemasonry and Religion, 6th International Conference.”

 

11- « Prince Hall Freemasonry in  : from  work ethic to civil rights”. Communication présentée au colloque international organisé par le Centre for Research into Freemasonry, le Friendly Societies Research Group et le Centre for Gender Studies in Europe, à l’Université de Sheffield, les 18-20 novembre 2004: “Freemasonry and radical movements, 1700-2000.”

 

Articles:

 

1-“L’unique et le multiple dans le Vathek de William Beckford. Folie du mimétisme. » Colloque de la Société d’Etudes Anglo-Américaine des XVIIe et XVIIIe siècles, octobre 1982. Publié dans les Actes du colloque de 1982 (Centre Aixois de Recherches Anglaises, 1984) p.71-80.

 

2-« Robert Burns, franc-maçon écossais. Suivi de traductions », in La Nouvelle Tour de Feu

( Paris, printemps 1983, n°7) p.22-37.

 

3-« La franc-maçonnerie dans la Révolution américaine : rites et idéologie », in Essai sur L’Idéologie, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère (CRTF et CREA, Publications de l’Université de Grenoble III, 1985, N°1), p.213-242.

 

4-« Le franc-maçon citoyen du monde : genèse de la Révolution américaine », in Franc-maçonnerie et Lumières au seuil de la Révolution française , (publication du CNRS et de l’IDERM , Institut d’Etudes et de Recherches maçonniques, Paris, EDIMAF, 1985) p.131-141.

 

5-« Franc-maçonnerie et orientalisme en Grande-Bretagne », in Dix-Huitième Siècle (1987, N°19), p.21-32.

 

6-« D’Edmund Burke à l’Abbé Barruel : révolution et contre-révolution », in Franco-British Studies, numéro spécial pour le Bicentenaire de la Révolution française (Institut Britannique de Paris, 1988, n°6) p.71-86

 

7-« Le mythe écossais en franc-maçonnerie, de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis », in Idéologies dans le Monde Anglo-Saxon, ouvrage collectif  présenté par André Muraire (CREA, Publications de Grenoble III, 1990, N°1) p.43-59.

 

8-« De la Révolution américaine à la Révolution française : le franc-maçon dans la Cité ». Colloque de l’AFEA à Chantilly, atelier de Claude Fohlen. Publié in L’Amérique et la France : Deux Révolutions, textes réunis par Elise Marienstras (paris : Publications de la Sorbonne, 1990) p.17-30.

 

9-« Le cheminement politique d’Edmund Burke : ombres et lumières », in Enlightenment, revue dirigée par Pierre Morère et Cécile Révauger (Grenoble, Publications de Grenoble III, 1991, N°1), p.43-59.

 

10- « Historicité et symbolisme dans le Talisman de Water Scott », in Ecosse, Littérature et Civilisation, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère ((Grenoble, Publications de Grenoble III, 1991, N°11), p.21-34.

 

11- « Les Ages de la Vie, pour le franc-maçon britannique du XVIIIe siècle ». Colloque international « Les Ages de la Vie », organisé par le Centre d’Etudes Anglaises du XVIIIe siècle (P.G.Boucé et S.Halimi), Paris, décembre 1990. Publié in Les Ages de la Vie en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, sous la direction de Serge Soupel (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1995) p.77-88.

 

12- « 18th century Scottish Freemasons : builders of the British Nation ? » Congrès International d’Etudes Ecossaises Grenoble, mars 1991. Publié in Etudes Ecossaises (GRD Etudes Ecossaises, n°1, 1992) p.11-122.

 

13-« James Mackintosh et la Révolution française », SAES 1991, atelier Etudes Ecossaises. Publié in Ecosse, Littérature et Civilisation, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère (Grenoble, Publications de Grenoble III, 1992, N°12), p.41-52.

 

14-« Edmund Burke : la pauvreté n’est pas une affaire d’Etat.. », in Les Cahiers de l’Observatoire (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1991, n°4), p.43-57.

 

15-« Old Hats and Revisionists, the Scylla and Charybdis of 18th century modern historiography ». Conference on the Methodology of Civilization Studies, organisé par L’Observatoire de la Société Britannique, 1992, Université Stendhal-GrenobleIII. In  Les Cahiers de l’Observatoire (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1993,n°6) p.113-126.

 

16-« Natural law, natural rights and Rights of Man ». Colloque international organisé par Pierre Morère et Cécile Révauger, Nature and Nurture in 18th century Britain, à l’Université Stendhal Grenoble III, mars 1992. Publié dans Enlightenment, n°2 (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1992), p.113-126

 

17-« Le franc-maçon britannique au XVIIIe siècle : John Bull ou citoyen du monde ? », in Goldoni et l’Europe, ouvrage collectif sous la direction de Gérard Luciani, in Filigrana, numéro spécial, 1995 (Hurbi, Humanisme, Renaissance et Baroque Italien. Publication de Grenoble III) p.27-35

 

18- « Les élites foncières ou « l’aristocratie naturelle », selon Edmund Burke, in Q.WE.R.T.Y, textes réunis par Bertrand Rougé (Publications de l’Université de Pau, octobre 1994) p-357-362.

 

19-« Ecosse et franc-maçonnerie ». Chapitre rédigé en collaboration avec David Stevenson (Université de St Andrew’s, Ecosse) pour l’ouvrage collectif dirigé par Pierre Morère : Ecosse et Lumières. Le XVIIIe siècle autrement (Presses Universitaires de Grenoble, ELLUG, 1997) p.229-242.

 

20- « Entre utopie et réalité : la culture populaire de Thomas Spence. » Colloque  « Culture populaire et culture aristocratique », Sorbonne, 1997. In XVII-XVIII, Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles,( N°46, juin 1998) p.135-144.

 

21-« La Journeymen Lodge d’Edimbourg : la « mentalité opérative », in Studia Latomorum&Historica, Mélanges Offerts à Daniel Ligou, colligés par Charles Porset (Paris : Honoré Champion, 1998)p.387-411.

 

22-« William Hogarth et la franc-maçonnerie. Jeux de Lumière », in Vie, formes et Lumière(s) ; Hommage à Paul Denizot, ouvrage collectif dirigé par Guyonne Leduc, in XVII-XVIII, Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles,

(numéro spécial, sept. 1999) p.277-292.

 

23- Rédaction de plusieurs articles de l’Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie , sous la direction d’Eric Saunier (Paris, Hachette, 2000)..

 

24-“De la franc-maçonnerie opérative à la franc-maçonnerie spéculative: ruptures, continuité, évolutions en Angleterre et en Ecosse”, in Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, n°52, juin 2001, p.21-34.

 

25-“Jonathan Swift, un Tory iconoclaste”, in Gulliver’s Travels, Jonathan Swift, ouvrage dirigé par Pierre Morère (Paris: Ellipses, 2001) p.145-154.

 

26-“Le patrimoine culturel de la franc-maçonnerie noire: tradition orale et tradition écrite”, in Portulan, Questions d’Identité aux Caraïbes, n°V, Vents d’Ailleurs, 2002, p.121-134.

 

27-« Franc-maçonnerie et référentiels conceptuels en France et dans le monde anglo-saxon: approche comparée », in Franc-Maçonnerie et Histoire, Bilan et perspectives. Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2003, p.363-378.

 

28-“Edmund Burke et la franc-maçonnerie”, in Moreralia, Mélanges offerts à Pierre Morère, juin 2004, Presses Universitaires de Grenoble III, p.9-26.

 

29-« Le deiste Paine et la franc-maçonnerie », postface de De l’Origine de la franc-maçonnerie, ouvrage posthume de Thomas Paine, à paraître aux Editions de l’Orient, Paris, 1er semestre 2005.

 

30- « Le Conte Oriental à l’épreuve des Lumières », in Fééries, n°2, février 2005, revue publiée par l’UMR Lire n°5611, Université de Grenoble III.

 

Ouvrages individuels :

 

1-Le Fait Maçonnique au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (Paris : EDIMAF, 1990) 229p.

 

2- La Querelle des Anciens et des Modernes : le premier siècle de la maçonnerie anglaise (Paris : EDIMAF, 1999) 126p.

 

3- Noirs et francs-maçons aux Etats-Unis (Paris : EDIMAF, 2003) 352p.

 

 

Ouvrages collectifs:

1- En collaboration avec Charles Porset : Franc-maçonnerie et religions dans l’Europe des Lumières (Paris : Honoré Champion, 1998) 216p.

 

2- En collaboration avec Paul Denizot : Pauvreté et assistance en Grande-Bretagne, 1688-1834 (Aix en Provence, P.U.P., 1999) 285p.

 

3- En collaboration avec Andrée Shepherd et Jean-Paul Révauger : Le Mémoire de civilisation britannique en maîtrise et en DEA (Bordeaux, P.U.B., 2000) 70p.

 

4-En collaboration avec Jacques Carré et Isabelle Baudino : The Invisible Woman : Aspects of Women’s Work in 18th century Britain.(Londres, Ashgate, 2005)

 

 

 

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31 décembre 2005 6 31 /12 /décembre /2005 18:40

Les francs-maçons de Prince Hall

 des acteurs du champ social

Cécile Révauger,

Université Michel Montaigne (Bordeaux III)

 

Je voudrais ici m'attacher aux obédiences spécifiquement noires, dites Grandes Loges de Prince Hall, qui prirent leur essor aux Etats Unis à la fin du XVIIIe siècle. Ceci ne signifie pas que ces obédiences soient exclusivement réservées aux frères noirs, mais qu'elles se sont créées dans un contexte de ségrégation raciale et qu'elles continuent à revendiquer leur identité afro-américaine de nos jours encore. La première loge de Prince Hall à la Caraïbe fut créée à la Barbade en 1965. Aujourd’hui il existe des loges de Prince Hall au Guyana, à Ste Lucie, à Antigue, à St Martin, et en Martinique, la loge Fraternité des Caraïbes, toutes regroupées au sein de la Grande Loge de Prince Hall des Caraïbes , créée en 1993, et qui regroupe environ 350 maçons.

A titre purement indicatif, les francs-maçons de Prince Hall (américains et antillais) seraient environ 300 000 aujourd’hui, ceux des Grandes Loges blanches environ deux millions et demi, contre quatre millions dans les années quatre-vingt. La franc-maçonnerie noire américaine a subi la même baisse d'effectifs que les autres Grands Loges américaines. Cependant la franc-maçonnerie joue encore un rôle important dans la communauté noire américaine, et en particulier dans les classes moyennes.

Ce n'est pas à un historique des Grandes Loges de Prince Hall qu’il convient de se livrer ici car ce serait beaucoup trop long et peut être aussi un peu fastidieux. Beaucoup d'encre a déjà coulé,    de nombreuses polémiques ont déjà eu cours au sujet des origines précises de Prince Hall, le père fondateur, en particulier à propos de sa date et de son lieu de naissance ainsi qu'à propos de la parfaite régularité ou non de la première loge, African Lodge , qui  a vu le jour vers 1775 à Boston. Encore faudrait il s'entendre sur le concept de régularité, qui semble bien subjectif et qui en nous semble pas essentiel.  De fait, une charte a bien été accordée à l'African Lodge par la Grande Loge d'Angleterre en 1787[1] . Depuis ce jour les loges n'ont cessé de se développer, et les francs-maçons qui en ont font partie ont joué un rôle actif dans la société de leur époque. C'est bien cet aspect qui sera étudié dans le cadre de la présente  étude, car les francs-maçons de Prince Hall sont bien des acteurs du champ social.

Le symbolisme et la pratique du rituel constituent certes une part importante des travaux des maçons, mais ce n'est pas ce volet qui sera étudié ici, car les maçons de Prince Hall en particulier ne se sont jamais contentés d'un cheminement intérieur mais ont toujours joué un rôle dans la société, bien que de façon discrète.

Ce n'est pas uniquement en termes de charité, mais également de solidarité qu’il convient de raisonner, ce n'est pas non plus exclusivement en termes d'aide financière, mais également en termes de conceptions morales et philosophiques. C'est pourquoi l'implication des Grandes Loges de Prince Hall dans le champ social sera examinée dans trois domaines,  la santé,  l'éducation et  le travail. Naturellement toutes les aires géographiques ne pourront être couvertes.  Seront privilégiés les  Etats-Unis et, dans une plus faible mesure,  la Barbade.

1- Action menée dans le secteur de la santé.

A une époque où aucune couverture médicale n'existait, pas plus aux Etats Unis qu'en Europe, toute entraide dans le domaine de la santé s'avérait précieuse. On sait qu'en Ecosse au XVIIIe siècle, plusieurs loges de maçons opératifs s'étaient dotées d'une structure spéciale, les.friendlv societies, ou sociétés d'entraide mutuelle, chargées d'apporter une aide aux frères en cas de maladie ou de perte subite d'emploi, et à leurs veuves en cas de décès. Les francs-maçons de Prince Hall ont adopté une démarche semblable au XIXe siècle, soit en venant directement en aide à leurs membres grâce au tronc de bienfaisance de leur loge, soit en encourageant des sociétés d'entraide mutuelle, qui n'avaient pas un caractère strictement maçonnique mais qui regroupaient de nombreux frères, tels que les Oddfellows, une structure mixte qui comptait à la fois des Blancs et des Noirs. Certaines loges, telles que la Celestial Lodge n° °3 de New York active de 1826 à 1951, s'étaient dotées de structures spécifiques, véritables sociétés de type mutualiste pour leurs membres.

L'action des loges de Prince Hall n'est pas exclusivement tournée vers les membres de l'obédience. Ainsi en 1793 on trouve un exemple précis de solidarité étendue à l'ensemble de la population. En Pennsylvanie, le Grand Maître Absalom Jones et quelques uns de ses frères, des Noirs libres, s'occupèrent des patients atteints de fièvre jaune lors de l'épidémie qui frappa leur région et plusieurs loges noires firent de même.[2]

Les maçons de Prince Hall ont toujours fait preuve de générosité à l'égard de populations sinistrées. Ainsi en 1923 les archives de la Celestial Lodge n °3        de New York mentionnent un don de $10, somme qui à l'époque était significative, aux habitants du Japon à la suite d'un tremblement de terre. Plus récemment, à la Barbade, en 1996, le Grand Maître de la Grande loge de Prince Hall  présenta un chèque de $3000 au ministre de l'agriculture pour venir en aide aux victimes des inondations de Weston.[3]

Dans les Etats où les loges ont été suffisamment nombreuses, les maçons ont créé leurs propres institutions de santé. C'est surtout vrai des loges blanches, généralement plus riches financièrement. C'est également vrai à notre époque de la Grande Loge Prince Hall de New York qui a fondé sa propre maison de retraite à coté de son Temple, au coeur de Harlem.

Le plus souvent cependant les loges apportent leur soutien à des organismes de santé existants, faisant ainsi bénéficier de leur aide l'ensemble de la population, et non les seuls francs-maçons ou leurs proches. Les quatre loges actuelles de la Barbade prennent régulièrement en charge des enfants d'un orphelinat et d'un centre pour handicapés, en organisant des sorties, des goûters de Noël, des remises de cadeaux et autres activités. De plus la Grande Loge de la Caraïbe effectue régulièrement des dons à l'intention des deux hôpitaux de la Barbade, et des orphelinats. Enfin elle s'occupe même de prévention puisqu'elle organise une fois par an une Health Fair, exposition gratuite ouverte au public barbadien, où sont invités tous les professionnels de la santé, des organismes tels que la Croix Rouge et des conférenciers, et où des stands informent le public de la prévention en matière de santé, des questions de diététique ...etc. L'exposition la plus récente a été organisée en 1999. Dans le secteur de la santé on peut donc affirmer que charité bien ordonnée commence par soi-même certes, mais que les francs-maçons de Prince Hall sortent très facilement des enceintes de leurs loges.

2- L'éducation, au coeur des préoccupations des maçons de Prince Hall.

L'éducation a toujours été au coeur des préoccupations des maçons de Prince Hall. Elle est centrale dans les textes que l'on peut considérer comme fondateurs, les deux discours de Prince Hall de 1792 et de 1797, prononcés en tant que vénérable à l'intention de ses frères d'African Lodge. Le maçon a pour devoir de s'éduquer et d'éduquer les autres. Prince Hall part d'un constat : au Massachusetts et dans les autres Etats les Noirs n'ont pas eu accès à l'éducation. Cependant il recommande aux maçons de sa loge de résister, et ce dans un premier temps à travers la réflexion :

Although you are deprived of the means of éducation, yet you are not deprived of the means of meditation...

Bien que vous soyez privés de l'accès à l'éducation, vous n'êtes pas privés de l'accès à la meditation...[4]

Les maçons ont le devoir d'assurer à leurs enfants l'éducation qu'ils n'ont pas eue personnellement et d'encourager la création d'écoles pour les Noirs. Il cite l'exemple de Philadelphie où une école spécifique a vu le jour:

But in the mean time, let us lay by our recreations, and all superfluities, so that we may have that to educate our rising generation, which was spent in those follies. Make you this beginning , and who knows but God may raise up some friend or body of friends, as he did in Philadelphia, to open a school for the blacks here, as that friendly city has done there....

En attendant, sachons renoncer à tous nos divertissements, à tout ce qui est superflu, afin que nous ayons le loisir d'éduquer la génération montante, au lieu de gaspiller notre temps et le sien. Prenez cette initiative et qui sait si Dieu ne trouvera pas un ami ou un groupe d'amis, comme il l'a fait à Philadelphie, pour ouvrir une école pour les Noirs, comme cette ville sympathique a su le faire ...[5]

Prince Hall ne se contenta pas de bonnes paroles. Dès 1796 il saisissait les autorités de Boston d'une demande de création d'école à l'intention des enfants noirs. Cette école vit effectivement le jour sous son impulsion en 1800 à Boston.

Prince Hall fit école, si l'on peut dire, puisqu' à sa suite, plusieurs francs-maçons de Prince Hall jouèrent un rôle de premier plan dans le secteur éducatif. Prince Saunders, également membre d'African Lodge, la loge même de Prince Hall, fonda la "Belles Lettres Society" et, après avoir rencontré le célèbre antiesclavagiste anglais, Wilberforce, mit en place un système éducatif à Haïti. Citons également John Peterson, qui fut le premier instituteur noir à New York et qui officia dans une école pour enfants noirs, entre 1855 et 1858, ou encore Don Carlos Bassett, qui dirigea l'Institute for Colored Youth in Philadelphia, en 1869 et exerça ensuite les fonctions de consul de Haïti, sans oublier des éducateurs dans les Etats du Sud, tel que le Grand Maître Norris Wright Cuney, au Texas.[6] Les deux maçons de Prince Hall les plus célèbres dans le secteur éducatif sont sans nul doute Booker T.Washington et William Edward Du Bois, qui ont d'ailleurs eu quelques désaccords. Booker T Washington et William Edward Du Bois furent tous deux créés maçons au vu de leur action "profane", "made Freemasons on sight ", ce qui est significatif. Les francs-maçons de Prince Hall furent sensibles à leur action dans la Cité et leur accordèrent ainsi une reconnaissance spontanée. Ils les prièrent de rejoindre leurs rangs, un peu comme la célèbre Loge des Neuf Sœurs avait sollicité Voltaire en son temps au vu de ses écrits philosophiques. Le Premier Ministre de la Barbade, Errol Wallon Barrow, fut lui aussi créé maçon au vu de son action politique, "mason on sight", par la Grande Loge de Prince Hall de la Caraïbe. Le fait que Booker T. Washington et William Edward Du Bois aient été sollicités par les Grandes Loges est particulièrement significatif. Il montre l'importance accordée à l'éducation par les maçons de Prince Hall.

La carrière de Booker T.Washington mérite que l'on s'y attarde car elle est révélatrice de la conception des pionniers de l'éducation et, à mon sens également, de celle des maçons de Prince Hall qui voulurent reconnaître ses mérites en lui conférant l'appartenance à leur obédience. Nous connaissons mieux la pensée et l'action de cet homme grâce à son autobiographie, Up from Slavery, publiée en 1901, qui est  un récit de sa carrière d'éducateur.[7]

 

Booker T.Washington, né esclave sur une plantation de Virginie, affranchi à la fin de la guerre de Sécession, à l'âge de neuf ans, explique que les enfants de son âge ont pu soudain "accéder au paradis", pour citer son expression et être enfin scolarisés, du moins en théorie. La scolarisation des enfants noirs était d'autant plus essentielle qu'aucun parent de cette génération ne savait lire ni écrire et n'était donc en mesure de les aider. Le désir d'éducation était si fort que les enfants acceptaient de travailler le jour et de suivre des cours le soir. Booker T.Washington raconte que pour se faire admettre à l'Institut Agricole de Hampton en Virginie, institut créé à l'intention des Noirs les plus pauvres, il accepta de balayer l'établissement puis de servir de portier, afin d'être dispensé des frais de pensionnat. Si Booker T.Washington ne faisait sans doute pas figure d'exception dans sa soif d'études, il joua cependant un rôle assez exceptionnel en tant qu'éducateur. Après s'être lui-même éduqué à grand peine, il décida de consacrer sa vie à l'éducation des Noirs. Pour ce faire il eut l'ambition de créer un établissement qui aurait un tel renom que le président des Etats Unis en personne lui rendrait hommage. C'est ce qui se produisit en effet, lorsqu'en 1898 le président McKinley rendit visite à Tuskegee, l'établissement fondé par Booker T.Washington dix sept ans plus tôt. Il se trouve que le président Mc Kinley était franc-maçon, tout comme Booker T.Washington. Un an plus tard ce président devait prononcer un discours à l'intention des maçons blancs pour fêter le centenaire d'un autre président maçon, qui en d'autres temps et d'autres lieux avait employé un grand nombre d'esclaves sur sa plantation, George Washington. Le président Mc Kinley sut reconnaître le travail de son frère, Booker T.Washington et l'encouragea à plusieurs reprises à prendre la parole devant des assemblées d'hommes d'affaires blancs. Si l'on songe à l'importance que Prince Hall lui même accordait à l'éducation des enfants noirs, on comprend la véritable mission dont se sentait investi Booker T.Washington. Que la franc-maçonnerie ait influencé ses conceptions éducatives, ou que ses conceptions éducatives aient plu aux maçons à tel point que ceux ci voulurent exprimer leur gratitude en conférant à Booker T.Washington la qualité de maçon, est dans le fond indifférent. Ce qui importe est le point de convergence entre les conceptions de ce pédagogue militant et celle des francs-maçons de Prince Hall. L'éducation ne devait pas se limiter à un enseignement livresque, mais devait être totale, "education of the hand, head and heart" ("éducation de la main, de la tête et du coeur"). [8] Education manuelle et intellectuelle devaient aller de pair. Dans le contexte post esclavagiste, il était nécessaire de reprendre en main -l'éducation des enfants. La fondation Tuskegee dont Booker T WAshington avait la charge était  mixte et de façon assez remarquable pour l'époque, ne semble pas avoir dispensé un enseignement différent aux garçons et aux filles. Tout élève de Tuskegee devait recevoir une formation professionnelle, "learn some industry" parallèlement à l'enseignement plus traditionnel.[9] Il était particulièrement important de donner une qualification aux élèves afin de leur permettre de trouver un emploi. Booker T.Washington, comme les francs-maçons de Prince Hall, aidait ainsi les Noirs à s'insérer dans le milieu professionnel, et de ce fait à progresser  sur la voie de l'émancipation. Pour ce faire il fallait relever une gageure, celle de réhabiliter la notion de travail.

Paradoxalement, c'est un autre franc-maçon de Prince Hall, William Edward Burghardt Du Bois, qui critiqua le plus vigoureusement les conceptions éducatives de Booker T.Washington. Né libre, au Massachusetts, Du Bois,  contrairement à Booker T.Washington, put bénéficier d'une éducation dans un établissement public et suivre des études universitaires. Diplômé de Harvard, (Washington le fut également, mais en guise de reconnaissance de son expérience professionnelle), Du Bois fut professeur d'histoire, d'économie et de sociologie à l'Université d'Atlanta, et apprit donc lui aussi à bien connaître le Sud des Etats-Unis. Contrairement à Booker T.Washington qui consacra toute sa vie exclusivement à l'éducation, Du Bois fut également un militant politique. Fondateur du NAACP, (National Association for the Advancement of Colored People) , il reprocha à  Booker T.Washington de ne pas assez politiser le débat, de faire trop de concessions aux hommes d'affaires du sud, de ne pas lier suffisamment la lutte pour l'éducation des Noirs à celle pour les droits civiques. Il critiqua surtout le compromis d'Atlanta, par lequel Washington avait accepté de renoncer à certains droits civiques, en particulier au droit de vote, en échange de garanties économiques qui devraient être accordées par les hommes d'affaires du Sud , selon la formule célèbre mais pour le moins ambiguë :

In all things purely social, we can be as seperate as the five fingers, and yet one as the hand in all things essential to mutual progress.

Pour tout ce qui est purement social, nous pouvons être aussi séparés que les cinq doigts de la main, mais pour tout ce qui est essentiel à l'avancement des uns et des autres, nous devons être unis comme la main. [10]

D'autre part, tout en reconnaissant à la fondation Tuskegee des mérites, Du Bois refusait de limiter l'éducation des Noirs à une formation professionnelle. Lui même de formation universitaire, il souhaitait que les jeunes Noirs aient accès à l'enseignement supérieur. Il rejetait ce qu'il considérait comme une éducation au rabais, l'acquisition d'un savoir-faire plutôt que d'un savoir. De façon très moderne, il insistait sur la nécessité de former les enseignants, y compris les enseignants des écoles professionnelles telles que Tuskegee, en leur proposant des savoirs fondamentaux. Le savoir était réellement perçu comme libérateur car  dépourvu d'a-priori racial. Avec humour, Du Bois déclarait :

I sit with Shakespeare and he winces not...

Lorsque je suis en compagnie de Shakespeare, celui-ci n'y voit aucun inconvénient ...[11]

Comme Booker T. Washington, Du Bois condamnait les méfaits de l'esclavage sans pour autant inciter les Noirs à être vindicatifs. S'il croyait au devoir de mémoire, il recommandait aux hommes et aux femmes de son époque de se tourner vers l'avenir plutôt que de se complaire de façon malsaine dans le passé. Comme Washington encore, il pensait que l'éducation devait jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les préjugés raciaux :

When truth shall have come into her own, through the media of education, the color line will be swept into oblivion of a dark and disgraceful past.

Lorsque la vérité aura repris ses droits, grâce à l'éducation, la ligne de partage ente les Blancs et les Noirs sera reléguée dans un passé sombre et honteux. [12]

En bons républicains Washington et Du Bois souscrivaient aux trois valeurs également chères aux francs-maçons : liberté, égalité, fraternité. Que les Grandes Loges de Prince Hall aient choisi de leur conférer à tous deux la qualité de maçon montre bien qu'ils partageaient les mêmes valeurs humanistes, par delà leurs différences.

Plus tard des loges de Prince Hall devaient encourager la formation professionnelle de leurs membres,et donc faciliter leur insertion dans le monde du travail, par des actions spécifiques en faveur des maçons, comme ce fut le cas de la Celestial Lodge n °3 de New York qui fonda une école pour ses membres, la Craftsmens School, active de 1905 à 1947.[13]

De nos jours, plusieurs loges de Prince Hall offrent des bourses d'études pour permettre aux enfants de leurs membres mais parfois aussi à d'autres étudiants de suivre des études universitaires. Citons au moins deux cas précis, celui de la loge de Brooklyn qui remet très officiellement chaque année un chèque à un nouvel étudiant lors de la cérémonie de rentrée universitaire et celui des loges de la Barbade. J'ai eu récemment le plaisir de rencontrer un maçon dont le fils avait bénéficié d'une bourse accordée dans le cadre de l'Austin Belle Junior Memorial Scholarship Fund, association qui existe depuis 1993 et qui octroie régulièrement des bourses universitaires pour une durée de trois ans à des enfants de maçons. A ce jour, quatre bourses ont déjà été accordées. Cette initiative fut prise par Austin Belle et son épouse, à la suite du décès accidentel de leur fils. Toutes les loges de la Barbade alimentent aujourd'hui ce fonds bien que la loge n° l en soit spécifiquement responsable. Ce ne sont là que deux exemples parmi d'autres. De nombreuses loges des Etats-Unis financent des opérations semblables.

3- La valorisation du travail et l'aide à l'insertion professionnelle.

Les loges de Prince Hall ont à coeur d'encourager l'éducation de leurs membres et de leurs proches afin de leur permettre de s'insérer dans le monde professionnel. Il existe également des structures facilitant la circulation d'information pour la recherche d'un emploi ou bien des comités d'aide aux chômeurs. Dans les annales de la Celestial Lodge n °3 de New York, déjà citée, mention est faite pour l'année 1931 d'un versement de $50 .00 de cette loge en faveur d'un comité de soutien aux chômeurs, The Emergency Unemployment Relief Committee.[14] De telles initiatives ne sont cependant pas spécifiques aux loges de Prince Hall, les exemples abondant de par le monde, quelles que soient les obédiences. Cependant les loges de Prince Hall ont toujours porté une attention particulière au domaine de l'éducation , peut être de façon plus marquée que les autres obédiences, même si les comparaisons sont toujours risquées en la matière.

D'autre part les loges de Prince Hall  semblent avoir contribué de façon très significative à la revalorisation du travail dans les mentalités. Cela est dû à la conjonction de deux phénomènes, à savoir le rôle joué historiquement par les maçons de Prince Hall dans la lutte contre l'esclavage et pour l'émancipation des Noirs d'une part, et l'apport philosophique spécifique de la franc-maçonnerie d'autre part.

Parmi tous les méfaits de l'esclavage il faut prendre en compte la connotation négative du travail chez les nouveaux affranchis. Si le travail signifiait déjà un instrument de torture chez les Romains, il fut bien considéré comme synonyme d'oppression par les esclaves. Or, le drame était qu'à la fin de la guerre de Sécession, une fois l'esclavage aboli dans les Etats Unis d'Amérique, le rejet du travail signifiait immanquablement l'exclusion sociale. C'est ce que comprit très bien Booker T.Washington qui entreprit de revaloriser le travail aux yeux de ses élèves. Le travail ne devait plus être conçu comme humiliant pour la personne humaine mais au contraire comme digne. Le travail devait permettre à chacun de regagner confiance en soi :

In our industrial teaching we keep three things in mind : first , that the student shall be so educated that he shall be enabled to meet conditions as they exist now, in the part of the South where he lives - in a word, to be able to do the thing which the world wants done; second, that every student who graduates from the school shall have enough skill, coupled with intelligence and moral character, to enable him to make a living for himself and others; third to send every graduate out feeling and knowing that labour is dignified and beautiful - to make each one labour instead of trying to escape it.

 

Dans notre enseignement professionnel nous avons trois objectifs ; premièrement que l'élève reçoive une éducation qui lui permettra de faire face aux conditions actuelles, dans la partie du Sud des Etats-Unis où il vit, en un mot d'être capable de faire ce dont la société a besoin; deuxièmement, qu' à la sortie de l'école chaque élève ait une qualification qui lui garantira les compétences, l'intelligence et les qualités moralesnécessaires pour qu'il puisse gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa famille; troisièmement, que chaque nouveau diplômé ait le sentiment et la conviction que le travail est digne et beau. Il faut que tous aiment le travail au lieu d'essayer d'y échapper.[15]

 

Or Booker T WAshington pouvait affirmer cet objectif avec d'autant plus de force qu'il était lui-même ancien esclave, qu'il luttait pour l'amélioration du statut des Noirs dans le Sud des Etats-Unis et qu'il était franc-maçon. Booker T. Washington affirmait que la notion de travail devait reprendre tout son sens, et ce non seulement dans la population noire mais également dans la population blanche du sud des Etats-Unis qui avait pris de mauvaises habitudes du temps de l'esclavage et perdu tout esprit d'autonomie.[16]

Plusieurs membres de Prince Hall se sont impliqués dans la lutte pour l'abolition. James J.G.Bias, membre de l'African Lodge n°549 de Philadelphie, appartenait également à la Société pour l'Abolition de l'Esclavage de Pennsylvanie et fut fondateur du Comité de Vigilance de Philadelphie en 1838.[17] Lewis Hayden, le Grand Maître de la Grande Loge de Prince Hall de Pennsylvanie, était l'un des dirigeants du Comité de Vigilance de Boston. Lorsqu'en 1863, Lincoln décida de permettre aux Noirs de s'enrôler dans l'armée, le gouverneur du Massachusetts n'eut donc aucun mal à rassembler des volontaires et à constituer ainsi le premier régiment entièrement noir, le 54è régiment. Deux loges militaires de Prince Hall furent actives pendant la guerre de Sécession.

Plusieurs loges de Prince Hall servirent de relais à ce que l'on appelait alors l'Underground Railroad, c'est à dire qu'elles favorisèrent la fuite des esclaves du Sud vers le Nord.

Alors même que les maçons de Prince Hall luttaient pour l'émancipation, ils adhéraient au discours sur le travail de la franc-­maçonnerie. La franc-maçonnerie glorifiait le travail, reflétant ainsi l'éthique protestante des XVIIIe et XIXe siècles, chère au monde anglo-­saxon. Le fondateur, Prince Hall, avait on le sait des amis anglais . Sans doute vécut-il un certain temps en Grande Bretagne, bien que cela n'ait jamais pu être établi avec précision. Il est certain cependant que Prince Hall n'aurait pas eu l'idée de demander une charte à l'Angleterre s'il n'avait pas eu de point d'attache dans le pays de John Locke, et s'il n'avait pas éprouvé une certaine admiration pour la Grande Loge d'Angleterre. Inversement les maçons anglais n'auraient pas pris le risque d'accorder une patente à un total inconnu, et de discréditer la Grande Loge du Prince de Galles, fût-ce pour contrarier les patriotes américains. Il est donc indéniable que Prince Hall et ses amis furent influencés par la philosophie en vigueur dans les loges anglaises, empreinte de l'éthique protestante du travail. Certes cette éthique était marquée historiquement et géographiquement, mais sans que cela puisse heurter par la suite les maçons de Prince Hall, qui s'attachaient à la valeur symbolique, et donc dans une certaine mesure transhistorique et universelle, de la franc-maçonnerie.

De plus la franc-maçonnerie accordait autant de prestige au travail manuel qu'intellectuel. Or les éducateurs tels que Booker T.Washington avaient à coeur de ne jamais séparer ces deux dimensions. Se mettre au service de la société pouvait prendre une connotation positive dès lors que l'homme acquérait au sein de la loge le respect de lui-même et des autres grâce à son propre travail.

 

Les francs-maçons de Prince Hall sont donc bien des acteurs du champ social. Ceci s'est vérifié au cours de l'histoire et c'est encore le cas aujourd'hui. Il est tout à fait symbolique que la veuve de Martin Luther King, Coretta Scott King, ait accepté de préfacer une biographie de Prince Hall, réalisée en 1991 et intitulée de façon significative, Prince Hall, Social Reformer. [18]

On entend parfois dire que la franc-maçonnerie ressemble au Rotary Club ou au Lyons Club. Il est vrai que ces clubs recrutent parfois plus aisément que ne le font les loges maçonniques. Ces affirmations un peu hâtives ne prennent en compte que l'action charitable, en matière de santé et d'éducation. Certes, les francs-maçons n'ont pas le monopole de la bienfaisance dans ces secteurs. Cependant,  la franc-maçonnerie ne se cantonne pas à ces actions. La différence essentielle entre les loges et les clubs relève de l’histoire des mentalités. En matière d'éducation, les maçons de Prince Hall ne se sont pas contentés de donner une aide financière, certes très précieuse, mais ont incité l'ensemble de la population noire à s'éduquer, dans le respect d'eux-mêmes et des autres, à acquérir des connaissances afin de rattraper le retard dû aux circonstances historiques, à progresser dans la société de leur époque. La conception du travail libérateur n'allait pas de soi chez un peuple opprimé par l'esclavage. Or la philosophie maçonnique a su relever ce défi dans les loges de Prince Hall et redonner ses lettres de noblesse au travail, ce qui était particulièrement important pour lutter contre l'exclusion et pour l'émancipation réelle des Noirs.

Les maçons de Prince Hall se sont battus contre les discriminations, en matière sociale comme dans le domaine des droits civiques, mais toujours en s'inspirant des droits de l'homme, en respectant et en voulant faire respecter les principes égalitaires républicains ou ceux de la démocratie parlementaire. A quelques exceptions près, ils ont généralement préféré la logique de l'intégration à celle de la séparation. La franc-maçonnerie a encouragé des valeurs telles que l'autonomie, le respect de soi et des autres, la valorisation du travail. Elle a donc encouragé ses membres à se battre concrètement contre la discrimination raciste, sans pour autant les pousser dans une logique de séparation.

Paradoxalement le problème de la reconnaissance mutuelle entre les Grandes Loges de Prince Hall et les Grandes Loges blanches est loin d'être réglé. Fort heureusement le passage des Constitutions d'Anderson, qui interdisait l'accès au Temple aux esclaves comme aux femmes ne fait plus force de loi que chez quelques maçons irréductibles. C'est au nom du refus d'initier des esclaves que les maçons ont si longtemps refusé de reconnaître comme "frères" les maçons de Prince Hall. Une évolution considérable a eu lieu depuis quelques années dans les rapports entre les Grandes Loges américaines blanches et noires. Alors qu'en 1997, 21 Grandes loges américaines sur 51 reconnaissaient la franc-maçonnerie noire dans leur Etat, ce chiffre est aujourd'hui de 38 sur 51. Treize Grandes Loges américaines, situées essentiellement dans le Sud des Etats-Unis, considèrent encore les Grandes Loges de Prince Hall comme irrégulières. La Grande Loge du Connecticut a été la première à tisser des liens avec les Grandes Loges de Prince Hall de plusieurs Etats, dès 1989. Récemment, les Grandes Loges blanches du Montana (en 1999), du Nevada (en 1999)  de l'Iowa, le 16 septembre 2000,  du Maryland (2003), de l’Oklahoma (2004) ont reconnu  les Grandes Loges de Prince Hall de leur juridiction, c'est-à-­dire de leur Etat.[19]

Notons que les Grandes Loges américaines reconnaissent les Grandes Loges de Prince Hall individuellement, et non pas dans leur ensemble. Ainsi certaines Grandes Loges n'ont de lien qu'avec la Grande Loge de Prince Hall de leur Etat. D'autres telles que celles du Connecticut ou du Nebraska ont des relations avec les Grandes Loges de Prince Hall dans une dizaine ou même une vingtaine d'Etats. De même la Grande Loge Unie d'Angleterre n'accorde pas une reconnaissance automatique à la franc-maçonnerie noire mais uniquement aux Grandes Loges de Prince Hall qui en  font individuellement la demande. Cela n'est pas sans irriter certains maçons de Prince Hall, qui trouvent cette démarche humiliante et préfèrent se passer de la reconnaissance de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Il suffit d'un simple coup d'oeil sur la carte indiquant les liens de reconnaissance mutuelle entre Grandes Loges blanches et noires pour comprendre qu'en dépit des apparences l'Amérique n'a guère évolué depuis la Guerre de Sécession. Les obédiences du Nord des Etats-Unis traitent les frères noirs en égaux, contrairement à celles de plusieurs  Etats du Sud. Le discours multiculturel n'a pas la même signification au Nord et au Sud. S'il revient à affirmer le respect des communautés dans le Nord, en dépit de quelques bavures, dans le Sud il permet surtout de protéger les WASPs (White Anglo Saxon Protestants) en délimitant clairement le territoire de chaque communauté ethnique et en excluant' dans la pratique les indésirables. Le problème ne se pose donc pas en termes spécifiquement maçonniques. Le racisme, puisqu'il ne faut pas avoir peur des mots, imprègne les moeurs d'un grand nombre d'Américains du Sud, francs­-maçons ou non. Il ne fait aucun doute que les mentalités évoluent, dans un contexte difficile. Chaque année une nouvelle Grande Loge franchit le pas, faisant ainsi reculer un peu plus la ligne Mason-Dixon. Treize Grandes Loges américaines doivent encore faire cette démarche pour que soit enfin achevée la Guerre de Sécession, du moins entre les grandes Loges.[20]

 



[1] La charte a sans doute été accordée dès 1784 mais n'est parvenue à la loge qu'en 1787.Voir à ce sujet, Joseph A.Walkes, Black Square and Compass, 200 Years of Prince Hall Freemasonry (New York: Masonic Supply Co, 1979. rpt 1994

 

[2] Loretta J.Williams, Black Freemasonrv and Middle-Class Realities ( Columbia: Univ. of Missouri Press, 1980) p.38

 

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 18:01

Cécile Révauger

 

 

Peut on parler de laïcité dans les pays anglosaxons?

 

Le terme « laïcité » ne peut se traduire en  en anglais. Secularism est un concept voisin mais non identique , qui distingue tout au plus ce qui est « laïc »de ce qui est « clérical ». La laïcité en tant que telle  correspond à une page d’histoire bien française , à la lutte contre le dogmatisme et la main mise de l’Eglise catholique sur la vie publique, ce qui implique l’affirmation de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et le refus de toute interférence entre les deux champs.

 

Un rappel du contexte historique permettra tout d’abord de montrer la spécificité des pays anglo-saxons. Nous ne pouvons juger les rapports entre églises et Etat avec les mêmes critères, en raison des différences culturelles. En effet la pluralité religieuse et l’implication des églises dans les combats sociaux sont des caractéristiques très nettes du monde anglo-saxon . Chaque religion, conçue comme étroitement liée à une communauté ethnique, est respectée en tant que telle.

Pour autant, la pluralité religieuse, le multiculturalisme, qui semblent être porteurs de l’idée de tolérance sont-ils  garants d’une totale liberté de conscience, et par là-même de laïcité, au sens où on l’entend en France, dans le contexte de la République une et indivisible ?

Un examen, même rapide, du contexte historique et des évolutions récentes en Angleterre et aux Etats Unis devrait nous permettre d’amorcer une réponse à cette question.

 

 Historique : Religion et liberté de conscience n’ont pas été perçues comme antinomiques en Angleterre et aux Etats-Unis depuis le siècle des Lumières.

 

 

Pluralité des religions.

En Angleterre, comme aux Etats-Unis, depuis le début du Siècle des Lumières il n’y a pas eu  de mainmise d’une seule religion, et donc pas de dogmatisme religieux. Cette pluralité  a entraîné une assez grande  tolérance religieuse.

Voltaire admirait l’Angleterre, parce qu’il n’y avait pas une mais des dizaines de religions, donc ne présentant aucun danger:

« Sil n’y avait en Angleterre qu’une Religion, le despotisme serait à craindre, s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge, mais il y en a trente, et elles vivent en paix, heureuses. »[1]

 

Plus de 1500 églises sont aujourd’hui recensées aux USA, sans compter tous les nouveaux cultes  et sectes qui apparaissent chaque année. On ne saurait donc parler de mainmise d’une seule religion sur la société.

 

En Grande-Bretagne, lorsque l’anglicanisme devient religion d’Etat, au tout début du XVIIIe siècle, suite à la Glorieuse Révolution, c’est par réaction contre les excès du catholicisme et contre l’absolutisme du roi Jacques II.  L’Eglise fut  « établie » dans un contexte de progrès parlementaire lors du passage d’une monarchie absolue à une monarchie éclairée, et peu à peu à une monarchie parlementaire. En même temps que l’Eglise anglicane devint « établie », les dissidents de sensibilité protestante  obtinrent la liberté de culte (les Test and Corporation Acts leur octroyait cette liberté, à défaut de droits civiques).

 John Locke, philosophe et conseiller de Guillaume d’Orange, écrivit plusieurs  Lettres sur la Tolérance, en 1689 puis 1690 et 1692 qui firent autorité tout au long du XVIIIe siècle. Sous l’influence de Newton, qui présidait la Royal Society, les dogmes perdirent de leur vigueur au profit d’une  religion latitudinaire, tolérante, par opposition à la « High Church », l’aile la plus élitiste et la plus proche du catholicisme sur le plan théologique.

 

Les Américains sont eux aussi fondamentalement attachés au principe de tolérance religieuse : au XVIIe siècle les premiers immigrants vers les colonies américaines avaient fui le sectarisme religieux britannique, avant la Glorieuse Révolution. Ils se  référèrent au Toleration Act dès sa promulgation en Angleterre en 1789 afin d’éviter des dérives vers l’intolérance sur leur propre sol.  La liberté de culte demeura un droit fondamental pour tout colon américain.

Si la Déclaration d’indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, mentionne Dieu dans son préambule, il s’agit du Dieu des déistes, d’une religion naturelle par opposition aux religions révélées. La Déclaration d’Indépendance fait clairement procéder l’autorité du gouvernement de la souveraineté populaire et non de la souveraineté divine. La même année, Jefferson fait voter une loi en Virginie pour l’institution de la liberté religieuse. Trois ans plus tard en Virginie, l’Etat récupère même les biens des églises établies. Même s’ils n’adoptent pas tous de semblables dispositions, la plupart des Etats spécifient dans leurs déclarations de droits, à la suite de la Déclaration d’Indépendance, le principe de liberté religieuse. Par bien des aspects les déclarations de Pennsylvanie et du Maryland de 1776, pour ne citer que ces deux exemples, nous rappellent l’article des Constitutions d’Anderson : tous les citoyens sont libres de croire au Dieu qu’ils veulent, pourvu qu’ils respectent l’autorité du pays et qu’ils ne se rebellent pas contre l’Etat.

La Constitution américaine, quant à elle, spécifie que l’accès à la sphère publique ne saurait dépendre des croyances d’un individu  et donc qu’aucun test religieux ne sera exigé du personnel de l’Etat fédéral (article VI, Constitution américaine, 1787). Il s’agit bien d’une constitution laïque, du moins dans l’esprit.

 

Implication de certaines Eglises dans les luttes sociales.

En Angleterre les « dissenters » (les protestants qui n’étaient pas dans le giron de l’Eglise d’Angleterre)  se sont investis dans l’industrie, à défaut de pouvoir jouer un rôle politique puisqu’ils n’avaient pas les mêmes droits civiques que les Anglicans. Ils se sont battus pour obtenir ces droits civiques tout au long du XVIIIe siècle. On a parfois surnommé ces « dissenters » les « jacobins britanniques » . En effet Richard Price, Thomas Paine  admiraient   la Révolution Française et les droits de l’homme. A la fin du siècle les méthodistes ont su parler à la classe ouvrière. Dans les pays anglo-saxons les Eglises n’ont pas été systématiquement associées au pouvoir en place, comme ce fut le cas en France en particulier. Aux Etats Unis plusieurs églises  ont appuyé le combat des Noirs pour les droits civiques.

 

 Les rapports Eglise/Etat sont marqués par le multiculturalisme aux XXe et XXIe siècles.

On trouve le même respect pour la diversité des cultes,  lié à la tradition multiculturelle du Royame-Uni et des Etats-Unis. Dans ces deux pays, l’accent est mis non pas sur les droits de l’homme (conception jacobine et égalitaire) mais sur les droits des communautés. Aux USA les différentes vagues d’immigration ont amené une cohorte de religions : la société américaine les a acceptées. D’où une  mosaïque de religions, dans  la logique communautariste.

Il n’y a pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat en Angleterre. En revanche, il y a bien séparation entre l’Etat et les Eglises aux USA. Cependant les rapports diffèrent selon les Etats.

 

 

 

 Une liberté de conscience très limitée aux USA :tolérance à l’égard de toutes les religions, de toutes les sectes, mais intolérance totale envers toute remise en cause des dogmes religieux.

 

 

Alors que les Etats-Unis peuvent se vanter d’un passé relativement tolérant en matière religieuse, exception faite des Puritains de Salem, le clivage Nord Sud, la guerre de Sécession ont réveillé de vieux démons : la réaction ultra conservatrice des Sudistes a également trouvé une expression religieuse, la chasse aux esprits épris de rigueur scientifique, qui osent mettre en doute les dogmes religieux .

 Alors que Darwin n’a finalement pas effrayé les esprits en Grande-Bretagne, il en va bien différemment aux Etats-Unis. Le « procès du singe » pourrait ressembler à un vaste canular.

Depuis la publication de l’ouvrage de Darwin, les évangélistes du Sud des Etats-Unis se sont mobilisés, tels de nouveaux croisés partis défendre la seule vérité selon eux, le récit de la  Genèse. Dans quatre Etats du Sud, le Texas, l’Oklahoma, la Caroline du Nord et la Floride,  ils ont tenté d’étouffer tout débat sur l’évolutionnisme. C’est dans le Tennessee, cependant, en 1925, que la bataille de ces fondamentalistes atteignit le sommet du ridicule. Dans cet Etat une loi fut votée en 1925, la loi Butler, interdisant toute référence aux doctrine évolutionnistes à tous les niveaux d’enseignement, du primaire à l’université. Un propriétaire de mine et un chimiste locaux, avec le soutien de l’American Civil Liberties Union, encouragèrent un enseignant, Scope, à défier la loi et à poursuivre son enseignement scientifique en continuant à présenter à ses élèves les doctrines évolutionnistes. Scope accepta et  fut immédiatement inculpé, l’Amérique entière se passionna pour ce que l’on appela le « procès du singe ». Le procès fut médiatisé à l’extrême. Créationnistes et évolutionnistes s’entredéchirèrent symboliquement. Scope fut condamné, mais la Cour Suprême de l’Etat du Tennessee donna tort à la Cour de Dayton et inversa son jugement. Les scientifiques remportèrent donc la première manche mais la  bataille était loin d’être terminée. Dans les faits l’évolutionnisme resta banni de l’enseignement aux Etats Unis jusque dans les années 60. Dans les années 80 les créationnistes reprirent force et vigueur et font entendre leur voix de nos jours encore, n’hésitant pas à passer parfois aux actes. Ainsi  les créationnistes, actifs dans les groupes « pro-life »  n’ont pas hésité à organiser des commandos anti-avortement ou même à assassiner des médecins pratiquant l’avortement.

 

Revendication du droit à l’athéisme : les athées sont stigmatisés dans la société américaine . Peu importe sa religion, le tout est d’en avoir une,  l’ athéisme reste  très mal vu. L’élection de Bush n’a fait que confirmer cette tendance. Il a fait précéder sa toute première déclaration de président par une prière. Partisan de la peine de mort, Bush s’est très nettement prononcé contre l’avortement, pour des raisons purement religieuses.

Récemment les athées se sont regroupés et « baptisés »’ (!) les Brights aux USA : ils affirment ainsi  une identité collective, se comparent aux « gays », toujours dans une perspective communautariste et non d’égalité à la française. Ils estiment qu’ils sont victimes de discrimination, qu’ils ne peuvent faire une carrière politique par exemple. Ils ont créé un réseau  internet dans le but de s’entraider et de lutter contre la discrimination dont ils s’estiment, à juste titre, victimes.

.

 

 

Conclusion :

Les traditions historiques et culturelles sont totalement différentes en France et dans le monde anglosaxon. D’où l’impossibilité d’utiliser une seule et même grille de lecture.

Le problème de la laïcité est très lié à la problématique de la société égalitaire ou multiculturelle. La conception française  est  jacobine, centralisatrice et égalisatrice, intégratrice.

En matière de droits, la conception anglaise et américaine est communautariste, multiculturelle. Les droits des communautés sont privilégiés, les individus étant perçus comme membres de telle ou telle communauté et n’étant pas forcément tous soumis aux mêmes lois.

La séparation de l’Eglise/ des Eglises et de l’Etat/des Etats, ou bien l’existence d’une Eglise établie, ne sont pas forcément des critères déterminants. Dans les faits, le Royaume Uni s’est toujours montré beaucoup plus tolérant à l’égard des athées que les Etats-Unis. Certes un député est encore aujourd’hui obligé d’accepter  la prière qui est de mise lors de l’ouverture du Parlement britannique, mais de façon assez symbolique. Aux USA, en revanche, la liberté de conscience est aujourd’hui encore sérieusement compromise. Toute secte, la plus folle soit elle, est tolérée, alors que les athées sont  stigmatisés.

La pluralité religieuse, qui implique la tolérance des religions entre elles, la juxtaposition des communautés,  ne signifie donc pas pour autant une totale liberté de conscience pour tous les citoyens.

Sans être trop chauvin, il semble raisonnable d’affirmer que seule une laïcité à la française, qui garantit la parfaite étanchéité entre vie privée et vie publique,  est en mesure d’assurer pleinement la liberté de conscience à tous les citoyens.

 

 

 

 

 



[1] Voltaire, Lettre VI, in Lettres Philosophiques/ Letters concerning the English Nation », 1733, cité par Charles Porset, in Voltaire Humaniste (Paris : EDIMAF, 2003), p.38-39.

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 17:51

Cécile Révauger, Université des Antilles et de la Guyane.

 

Franc-maçonnerie et référentiels conceptuels dans le monde anglo-saxon et en France : approche comparée.

 

L’objet de cette communication est d’examiner un certain nombre de concepts fondamentaux de la franc-maçonnerie et de comparer  leur portée  et leur évolution en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et en France. Ce travail sera essentiellement axé sur le XVIIIè siècle, mais tiendra également compte de la transition entre franc-maçonnerie opérative et spéculative, ainsi que de quelques développements récents.

 Certains concepts, tels que la sociabilité, la fraternité, la charité, le respect du pouvoir civil, sont à la fois univoques et universels. Ils constituent le substrat de la plupart des Grandes Loges modernes et ils sont à l’origine de leur fondation, quelle que soit l’aire géographique, à quelques nuances près.

 En revanche, d’autres concepts, tels que la laïcité ou le secret , sont à géométrie variable. Ainsi le concept de laïcité, central aux yeux des francs-maçons français, a un sens tout à fait spécifique aux Etats-Unis, où il se limite à un anti-catholicisme très ciblé dans le temps et dans l’espace, et n’en a quasiment aucun en Angleterre et en Ecosse où les Grandes Loges sont extrêmement liées à la monarchie et donc à la religion d’Etat De même , la notion de secret revêt un sens totalement différent dans l’Angleterre du XVIIIe siècle et dans l’Angleterre d’aujourd’hui, et a eu de tout temps une signification extrêmement limitée  aux Etats-Unis.

Enfin, on pourrait inscrire dans une  troisième catégorie les notions

 de  régularité maçonnique, de l’obligation de croire en Dieu, ou encore de l’initiation des femmes et des Noirs, c’est à dire des concepts que l’on qualifiera de polémiques tant ils ont suscité et suscitent encore des interprétations diverses et antagoniques. Ainsi on s’interrogera sur la présence de  quelques femmes chez les maçons opératifs , sur leur totale exclusion dans l’Angleterre du XVIIIè siècle, sur leur  présence dans les loges d’adoption françaises de la même époque, et sur les interdits qui pèsent aujourd’hui, en un mot sur les méandres d’une  histoire qui défie toute  logique. On s’attachera également à la question  de la « reconnaissance  maçonnique », très contestée par l’obédience noire de Prince Hall , et qui a justifié une exclusion de la franc-maçonnerie noire de la part des Grandes Loges blanches américaines tout au long du XIXe siècle.

Les  concepts de la franc-maçonnerie ont  beau reposer sur un substrat commun, ils se sont forgés au cours de l’histoire de chaque pays, et sont donc en constante évolution.

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 17:48

Cécile Révauger

 

 

 

Franc-maçonnes, les Américaines de l’Eastern Star ?

 

Eastern Star, Amarante, Héroines de Jéricho…

 

 

Les Américaines travaillent-elles entre l’équerre et le compas ? Hormis les femmes appartenant aux  rares loges mixtes, affiliées au Droit Humain, ou bien  à l’American Federation of Human Rights ou bien encore aux loges féminines rattachées à la Grande Loge Féminine Belge  (la GLFF a longtemps été présente à New York mais ne l’est plus), aucune Américaine n’osera se proclamer franc-maçonne. Ce serait faire une véritable déclaration de guerre aux Grandes Loges américaines, qui refusent catégoriquement de considérer la femme comme initiable. Cependant, les Américaines sont fières de revendiquer leur appartenance à l’Eastern Star, « l’organisation fraternelle la plus grande du monde »[1], mégalomanie US oblige.

Si les Américaines de l’Eastern Star n’ont pas le titre de franc-maçonnes, peut être en ont-elles les caractéristiques ? Un rapide examen de leur histoire et de leurs activités montre qu’il n’en est rien. Malgré le caractère tout à fait estimable et respectable de cette association, l’Eastern Star ne ressemble aucunement aux obédiences féminines ou mixtes telles que nous les connaissons en France et dans certains pays d’Europe.

 

1-     Historique : une organisation pensée par les hommes et pour les hommes.

 

Ce ne sont pas les femmes, mais les hommes qui prirent l’initiative de créer l’Eastern Star. Trois maçons marquent son histoire, Rob Morris, Robert Macoy et William D.Eagle. Directeur du Kentucky Freemason, et auteur d’ouvrages sur la franc-maçonnerie, Rob Morris crée l’ordre de l’Eastern Star en 1854. Charité bien ordonnée exige, il commence par initier sa femme et ses deux filles au nouveau rite, inspiré d’un rituel  d’adoption français du XVIIIe siècle. En 1854, il affirmait avoir admis plus de trois mille femmes aux mystères de l’Eastern Star. Certains ont nié l’origine française du rituel, et tenté de lui trouver une filiation purement américaine, mais sans preuve.[2] Lorsque Morris décida d’effectuer un pèlerinage en Egypte sur les traces du roi Salomon, il passa la main à  Macoy qui prit la tête de l’Eastern Star et créa trois degrés distincts, l’Eastern Star, le Queen of the South et l’Amaranth.[3] C’est à lui que l’on doit l’organisation en « chapitres ». Enfin, Willis D.Eagle fonda en 1876 le Grand Chapitre National, donnant ainsi un caractère fédéral à l’Eastern Star. Engle était un ecclésiastique, membre de l’Eglise épiscopalienne, sans doute l’Eglise protestante la plus élitiste aux Etats-Unis.

C’est Rob Morris qui choisit le symbole de l’Etoile d’Orient et qui l’explicita ainsi, dans un ouvrage qu’il avait publié en 1865, The Rosary of the Eastern Star :

 

« [4]La théorie de l’ensemble de ce sujet est exposée succinctement dans mon Rosaire de l’Etoile d’Orient, publié en 1865 : je voulus choisir parmi les anciens écrits cinq femmes de premier plan, illustrant chacune une vertu maçonnique, et les adopter au principes de la maçonnerie :

-1- La fille de Jephté, illustre le respect à la force du vœu qui lie ceux qui le prononcent,

-2-Ruth illustre la dévotion aux principes religieux,

-3- Esther illustre la fidélité aux parents et aux amis,

-4-Marthe, illustre la foi inébranlable à l’heure des épreuves,

-5-Electa, illustre la patience et la soumission dans l’adversité. »

 

Albert Pike, le célèbre maçon blanc américain, plus tolérant envers les femmes qu’envers les Noirs[5], mais fort condescendant,  définissait ainsi les objectifs de l’Eastern Star :

 

« Nos frères, nos sœurs, nos épouses et nos filles ne peuvent pas, il est vrai, être admises à partager les grands mystères de la franc-maçonnerie, mais il n’y a aucune raison qu’il n’existe pas une maçonnerie pour elles, qui ne leur permette pas seulement de se faire connaître des maçons et donc d’obtenir assistance et protection, mais également, en agissant de concert, en se reconnaissant des obligations mutuelles, de participer dans une certaine mesure aux grands travaux de maçonnerie par leur œuvre charitable et leur travail pour faire progresser l’humanité . »[6]

 

 

Le Grand Chapitre National de l’Eastern Star est dirigé par un Grand Patron et une Grand Matron. Notons une légère évolution : du temps de Macoy le Grand Patron détenait la première place dans la hiérarchie des Grands Officiers, à partir de 1884, ce sera la Grand Matron. Chaque Etat est doté d’un Grand Chapitre, organisé selon le même mode. Ce mode d’organisation ressemble fort à celui des loges d’adoption à la française, au XVIIIe siècle : les sœurs ne pouvaient se réunir en dehors de la présence des frères, et la loge avait une direction mixte. Cependant, les loges d’adoption avaient au moins pour but de permettre aux femmes d’accéder aux secrets de la franc-maçonnerie, même si le rituel était spécifique. En revanche, les loges de l’Eastern Star semblent bien avoir été créées pour augmenter le rayonnement des frères, leur permettre de mieux exercer la charité et  faire connaître leur action auprès du grand public.

L’Eastern Star n’est pas perçue comme une organisation maçonnique mais comme une association « fraternelle ». Ne peuvent en faire partie que les maçons, et leurs proches  parentes : au départ, uniquement les épouses, mères et filles. Aujourd’hui, la liste est un peu plus longue : outre ces dernières on trouve les petites filles, arrière petites filles,  nièces, petites nièces, et même les belles mères ! Bien entendu, cela reste une affaire de famille. Tant pis pour la femme qui de sa propre initiative voudrait rejoindre  cette association « fraternelle ». Fraternelle oui, mais au sens purement familial, toujours par rapport à l’homme.

 Sur son  site internet, l’association revendique un million de membres dans le monde, dont neuf cent mille environ aux Etats-Unis. Ce chiffre semble pourtant un peu optimiste. En effet les maçons américains blancs  sont aujourd’hui moins de deux millions ( trois cent mille environ pour les maçons noirs de Prince Hall). Les effectifs les plus importants se trouvent dans les Etats du Sud, c’est à dire dans les Etats les plus conservateurs, et aussi les plus racistes : 536 chapitres au Texas contre 9 dans le District of Columbia (celui de Washington, qui est majoritairement une ville noire). L’Eastern Star compte également quelques chapitres en dehors des Etats-Unis : 118.

 

L’organisation de l’Amarante est très semblable. Au départ, elle avait été conçue par Macoy comme un degré supérieur, un troisième degré, après le Queen of the South, qui quant à lui disparut totalement au début du XXe siècle. Il était donc nécessaire d’appartenir à l’Eastern Star pour prétendre accéder au degré supérieur de l’Amarante. Depuis 1921, l’Amarante est devenue une organisation autonome, considérée comme plus prestigieuse que l’Eastern Star. On ignore tout de ses effectifs et de son importance réelle. En revanche, ces remarques ne s’appliquent qu’aux organisations blanches car l’Eastern Star « noire » a gardé un lien structurel avec l’Amarante, noire également.

Les membres de l’Eastern Star ont calqué leur attitude sur celles des Grandes Loges américaines blanches. Tout au long du XIXe siècle et durant la majeure partie du XXe, les francs-maçons américains blancs ont refusé de considérer les Noirs comme initiables. Jusqu’en 1989 aucune Grande Loge blanche ne reconnaissait la franc-maçonnerie noire de Prince Hall, malgré quelques tentatives isolées et vite réprimées. Aujourd’hui, 36 des 51 Grandes Loges blanches reconnaissent la Grande Loge de Prince Hall de leur Etat.  De même, les hommes et les femmes de l’Eastern Star se sont regroupés dans des associations identiques mais séparées. Aujourd’hui encore il y a deux Eastern Star, la blanche et la noire. Dans certains Etats, les chapitres blancs de l’Eastern Star reconnaissent leurs homologues noirs, dans d’autres non. Généralement les chapitres de l’Eastern Star adoptent exactement la même attitude que les Grandes Loges de leur Etat en matière de diplomatie et donc de reconnaissance.

Les Héros et Héroines de Jericho ont une structure et un comportement semblables : il s’agit d’une organisation mixte, réservée à des  maçons de hauts grades, ceux du Royal Arch, ainsi qu’à leurs épouses et qu’à leurs filles. Cette association , qui ne souffre évidemment aucune comparaison avec l’Eastern Star d’un point de vue numérique, existe également chez les Noirs, mais demeure là encore bien distincte.

 

 

2-      Des chantiers au service des frères.

 

Qu’ils soient blancs ou noirs, les chapitres de l’Eastern Star ont des activités très semblables. Au début du XXe siècle  il se mettent souvent au service d’une loge en particulier, pour aider les frères, organiser des repas, des kermesses, rendre visite à des institutions charitables.

Pendant la première guerre mondiale, le président du  Comforts Committee, un comité d’aide aux soldats, lui même membre de l’Eastern Star de New York,  envoie de la part de la Grand Matron une lettre à tous les officiers et membres de l’Eastern Star, pour leur demander de soutenir l’effort de guerre, de venir en aide aux soldats et marins et  d’envoyer des dons. Il   renvoie les sœurs à leurs aiguilles :

 

«  Tricotez ! Tricotez ! tricotez !

Toujours et partout en toute saison, pendant les vacances alors que le thermomètre indique plus de 30°, afin que nos fils puissent avoir chaud quand il fera moins de zéro. On a besoin d’ouvrières et de fonds. Formez un cercle de tricoteuses dans votre chapitre avec les membres et les sympathisants. On vous fournira la laine. Versez votre contribution, petite ou grande, au Fonds pour la Laine. Les époux des membres du cercle, et celles qui ne tricotent pas pourront payer la laine pour celles qui tricotent. »[7]

 

Cela était fort bien  organisé : les sœurs devaient toutes se mettre au tricot.  Celles qui seraient vraiment incompétentes pourraient verser leur obole pour payer la laine. Il en irait de même pour les membres masculins.

 

 

Bien que la branche noire de l’Eastern Star et des Héroïnes de Jéricho soit généralement très semblable aux organisations blanches équivalentes, on note quelques exceptions. Les associations noires ont parfois adopté une démarche militante, et témoigné une volonté d’aider les Noirs  dans leur lutte contre les discriminations dont ils étaient victimes dans la société américaine. Ainsi, pour qui sait lire entre les lignes, au-delà de son aspect un peu grandiloquent et comique, cette chanson des Héroines de Jéricho laisse entrevoir le combat mené par les membres de l’association  dans les années 1920. Bien que les enjeux du combat ne soient pas explicites, il est clair qu’il s’agit d’aider les femmes de cette association à prendre leur place dans la société malgré les difficultés du contexte, en particulier dans le Sud. L’auteur de la chanson insiste bien sur le nombre impressionnant de femmes actives dans le Texas, l’un des Etats les plus racistes, de nos jours encore. De même que pour les loges de Prince Hall, c’est dans ces Etats du Sud que les effectifs sont les plus importants. Il semblerait que l’existence d’associations maçonniques ou dans la mouvance maçonnique, corresponde à un besoin réel d’affirmer une présence effective et de soutenir ainsi les Noirs américains:

 

« Nous sommes les Héroïnes de Jéricho

Les femmes parents de maçons, savez-vous,

Nous sommes les Héroïnes de Jéricho,

Nous sommes inébranlables.

 

Refrain :

Nous sommes, nous sommes inébranlables,

Nous sommes, nous sommes inébranlables

Tels le rocher de Gibraltar,

Nous sommes inébranlables.

 

En voyageant à travers notre pays,

Nous formons des bandes loyales ;

Nous sommes les Héroïnes de Jéricho,

Nous sommes inébranlables.

 

A plus de quatre mille sur le sol texan,

Nous déploierons la bannière de la justice,

Nous sommes les Héroïnes de Jéricho,

Nous sommes inébranlables.

 

Si votre idéal moral est juste ,

Venez nous aider dans ce combat,

Nous sommes les Héroïnes de Jéricho,

Nous sommes inébranlables…[8] »

A la même époque, une Grand Matron  de l’Eastern Star noire, Joe Brown, dans son discours de 1924 à l’intention des Grandes Officières, appelle les femmes à se mobiliser en tant qu’électrices pour faire adopter la loi contre le lynchage:

 

« Loin de moi l’idée de faire entrer notre Ordre sur la scène politique, mais aujourd’hui il faut inciter les femmes à utiliser partout où elles le peuvent leur droit de vote et lorsqu’elles votent à faire élire des hommes et des femmes qui protègeront les intérêts de notre groupe et ceux du public en général dans les assemblées législatives locales et fédérales et ainsi nous pourrons mettre un terme à la situation actuelle, le Congrès fédéral n’étant pas parvenu lors des deux dernières sessions parlementaires à faire voter la loi Dyer contre le lynchage car, comme l’ont déclaré eux-mêmes les Sénateurs, il n’y a eu aucune mobilisation pour cette loi chez les électeurs.[9] »

 

On a du mal à croire que le lynchage était encore une pratique assez courante dans les Etats du Sud, bien après l’abolition de l’ esclavage, et c’était pourtant le cas. Les femmes noires ont joué un rôle appréciable dans leur communauté, tout comme les maçons de l’Eastern Star. Les chapitres de l’Eastern Star, comme les Grandes Loges noires de Prince Hall ont eu des liens privilégiés avec le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) fondé par le franc-maçon Du Bois . Cette  association  s’est battue pour les droits civiques des Noirs américains et  existe de nos jours encore.

Ces quelques exemples sont cependant isolés. Dans l’ensemble, les membres de l’Eastern Star sont restés très discrets et n’ont pas réellement  pris part aux combats de société. Les femmes, blanches ou noires, dans leurs organisations respectives, ont surtout aidé les frères dans leur action charitable, en oeuvrant pour des hôpitaux ou des maisons de retraite, par exemple.

 

3-      Evolutions récentes.

 

Proportionnellement l’Eastern Star noire semble avoir moins souffert de la chute d’effectifs que son homologue blanc. En 1999, selon la Grand Matron de  New York, le chapitre noir  de l’Eastern Star de cet Etat comptait approximativement 3000 membres, pour environ 5000 frères de Prince Hall.[10] Cela signifie que la plupart des frères de Prince Hall sollicitaient un membre de leur famille pour l’Eastern Star. Williamson, officier de Prince Hall, et collectionneur qui a rassemblé un fonds d’archives très vaste sur Prince Hall, s’est toujours refusé à considérer l’Eastern Star comme une organisation maçonnique. Sa position a prévalu ; elle est toujours considérée comme une association amie, fournissant un travail complémentaire à celui des frères, mais en aucune façon maçonnique .

Il en est de même pour tous les chapitres de l’Eastern Star, quelle que soit leur couleur. Aujourd’hui l’Eastern Star, qui a établi son quartier général à Washington DC,  dispose d’un site internet, qui propose aux personnes intéressées de se faire connaître, à condition bien entendu qu’elles soient parentes de francs-maçons. Le but de l’Ordre est ainsi défini : « un Ordre dédié à la charité, la vérité et l’amour du prochain. »

Le Grand Chapitre proclame son  patriotisme :

 

« L’Ordre est t il patriote et démocratique ?

Oui, les membres doivent s’engager à œuvrer pour le bien de leur pays.[11] »

 

Il accepte toutes les religions mais exige une croyance en un « Etre Suprême ». Comme toutes les Grandes Loges américaines, il tolère toutes les sectes et religions, mais  exclut les athées, ce qui compromet sérieusement la liberté de conscience.

 

Toutes les organisations acceptant des femmes et  reconnues par les Grandes Loges américaines sont donc considérées comme des associations fraternelles et charitables, mais jamais comme maçonniques. Elles sont de toute façon encore réservées aux parentes, plus ou moins proches, des francs-maçons. Ainsi, le recrutement est indirectement mais entièrement contrôlé par les Grandes Loges masculines. De loin les plus importantes numériquement, elles donnent l’image d’institutions charitables,  placées au service de ces Grandes Loges.

En terme d’effectifs, les loges mixtes ou strictement féminines ne peuvent soutenir la comparaison. Elles sont considérées comme irrégulières par les maçons américains. La franc-maçonnerie mixte semble elle-même fort divisée aujourd’hui, entre d’une part le Droit Humain , dont le siège est aujourd’hui en Californie, et d’autre part l’American Federation of Human Rights, dont le siège est à Larksbur, au Colorado. Un procès a même opposé les deux branches de la franc-maçonnerie mixte au sujet de la propriété des prestigieux locaux situés à Larksbur.

La  loge Universalis de New York, affiliée à la Grande Loge Féminine belge, adopte les mêmes principes que ceux de la Grande Loge Féminine de France. Les travaux ont lieu en anglais et en français, ce qui permet aux sœurs françaises et américaines une parfaite communication. Elle représente un îlot de liberté au sein d’une société qui aujourd’hui encore nie totalement aux femmes la possibilité de devenir francs-maçonnes.



[1] Voir site de l’Eastern Star, www.easternstar.org, page d’introduction, descriptif de l’organisation.

[2] Voir l’article de Paul Rich, qui fait le point sur cette question des origines du rituel: “ Recovering a Rite : the Amaranth, Queen of the Star and the Eastern Star”, in Heredom, The Transactions of the Scottish Rite Research Society, vol.6, 1997, p.219-234

[3] Le second semble avoir disparu assez rapidement du paysage maçonnique, sauf dans la branche de l’Eastern Star rattachée aux Grandes Loges de Prince Hall. En effet, cette dernière est demeurée autonome et a conservé la distinction originellement établie par Macoy.

 

[4] Rob Morris, cité par Albert Mackey, Revised Encyclopedia of Freemasonry( 1946;  Macoy, 9th ed 1966),I,308.Lire également Andrée Buisine, La Franc-Maçonnerie anglosaxonne et les femmes (Paris: Trédaniel, 1995) p.182-201

[5] On sait qu’Albert Pike, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du Sud du Rite Ecossais,  appartint au Ku Klux Klan et milita toute sa vie contre la reconnaissance des francs-maçons noirs. Voir Cécile Révauger, Noirs et Francs-maçons, EDIMAF, 2003.

[6] Albert Pike, cité  par  Albert Mackey, in  Revised Encyclopedia of Freemasonry, p.203.

[7] Circulaire du 11 février 1918, adressée à tous les chapitres de l’Eastern Star de l’Etat de New York, Williamson Fund, (Schomburg Centre) : KNIT, KNIT, KNIT at all times, in all places, in all seasons, in vacation time while the mercury is in the nineties,  that our boys may be warm in a temperature below zero. Workers and funds are required. Form a Knitting Circle in your Chapter of its members and their friends. Wool will be supplied. Contribute to the Wool Fund, be it much or little. The male relatives of members and those who do not knit may pay for the wool for those who do.

[8] Heroines of Jericho.

We are the Heroines of Jericho,

The female relatives of Masons, you know;

We are the Heroines of Jericho,

We shall not be moved.

 

Chorus:

We shall, we shall not be moved,

We shall, we shall not be moved,

Like the rock of Gibraltar,

We shall not be moved.

 

More than fourteen thousand on Texas soil,

The banner for rights we will unfurl,

We are the Heroines of Jericho,

We shall not be moved…

Fonds Henry Albro Williamson, 1831-1965, chanson non datée, probablement des années vingt, Schomburg Center, NY.

 

 

[9] Joe Brown , citée par E.L.Davies, The Story of the Illinois Federation of Colored Women’s Club, Iowa, The Bystander Press, 1925, p.174

[10] Ce chiffre m’a été donné oralement lors de ma visite au temple de Harlem en avril 1999.

[11]  Is the Order patriotic and democratic ? – Yes, Members are taught an allegiance to preserve the good of their country. Site web de l’Eastern Star : www.easternstar.org

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Published by Cecile Revauger - dans revaugercecile
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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 17:45

Cécile Révauger, Université de Bordeaux III

 

Masonic universalism  and national boundaries : the case of the French revolution.

 

 

Paradoxically Freemasonry has not been an academic subject for very long. For many years  Freemasonry was considered as a more or less secret subject which only Masonic historians were entitled to study. Fortunately, Masonic historiography has evolved a lot and as several questions can now be raised by scholars,  several interpretations come to the fore .

Among them, although not often so bluntly expressed, is the issue of the political commitment of Freemasonry. Is Freemasonry dedicated to human progress, to social transformation or rather to conservative values? In that respect the French revolution is certainly a case in point. French and British freemasons had different attitudes. Both the facts and the interpretations should be taken into account, and they do not necessarily coincide.

Besides, caricature is not easily  avoided. Masonic historiography has often been tinted with a flavour of anti-Masonry. Since  scholars specializing in  Masonry were not very numerous, the interpretations forcefully put forward by two fierce critics of Masonry   Abbé Barruel and Professor Robison, both in 1797[1],  carried much weight, simply because nobody bothered to counter them from a scientific point of view until quite recently. Barruel and Robison have popularised the conspiracy theory according to which the French revolution was hatched in Masonic lodges and contamination was a real danger for the rest of Europe as    French invasion was perceived as a real threat,  metaphorically as well as from a military point of view. Yet Barruel and Robison  rested their case on what, with hindsight,  we can only consider as fallacies: according to them freemasonry derived its main force from its cosmopolitanism. The lodges constituted a significant worldwide network targeting the destruction of law and order, if such a neologism may be allowed. Hence, according to them,  Masonic lodges aimed at the same goals in , and marginally in the while the revolutionary theories extolled by the German Illuminati influenced the whole of Europe. Such allegations do not withstand a close analysis, as we shall see. They proceed from the assumption that Freemasonry endorses cosmopolitanism  and  is committed to  universal values. On the contrary,  history proves that Masonic lodges are closely related to the national political and cultural contexts. Universal values do not withstand the pressure of nationalism. The second fallacy on which most  authors hostile to masonry  rest their case is that individuals are bound by a secret oath within a very tight network and therefore never part company, never beg to disagree, which will not resist any serious study of Masonic lodges in the 18th century.

In the wake of Barruel and Robison, although not with the same viewpoint, some rather naïve or romantic commentators have considered Freemasonry as committed to intrinsic values, irrespective of the political context, while such prestigious  historians as François Furet  persisted to give credit to the conspiracy theory.

What is contended in this paper is that national boundaries cannot be overlooked and that in practice they tend to undermine  universalism. French lodges cannot compare with British or German ones, contrary to what Barruel tried to prove. The attitudes of the Freemasons during the French revolution are particularly worth studying both sides of the Channel, once facts and interpretations have been carefully dissociated.

 

 

The conspiracy theory and the French side.

 

The conspiracy theory was put forward by a  number of  more or less obscure authors such as Tissot[2], but more forcefully by Barruel and a Scottish professor, John Robison[3].  It seems that information travelled fast between and at the time, especially among opponents to the French revolution. Contrary to what the latter claimed , the masonic lodges were certainly not the only network in existence, and counterrevolutionaries kept one another well-informed against the common enemy, so great was the fear of  French contamination.  Barruel and Robison wrote very similar works, although Barruel’s Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme seems to have acquired more notoriety. Abbé Barruel, a Jesuit,  was probably a mason at some time, although evidence is lacking. Robison, a member of the Scottish Royal Society, an academic,  claims to have been a Mason and to have been familiar with several European lodges. Barruel mentions Robison’s work and agrees with most of his theories, although  he denies being in the least influenced by the Scottish professor. Both described at great length the German Illuminati, headed by Weishaupt, Knigge and Bode and accused them of spreading Jacobin ideas throughout Europe thanks to their lodges.

 Barruel  disagrees with  Robison’s analysis of the Jesuitical conspiracy in masonry. Indeed as a Jesuit himself, Barruel denied the existence of a  Jesuitical conspiracy, a theory put forward by the Illuminati, which  claimed that the Jesuits had entered Masonic lodges by  the back door and were now controlling the lodges, and therefore that true Masons should haste to join the Illuminati’s lodges which alone were safe from the Jesuits’ influence. Robison on the contrary gave credit to the theory, besides assuming a link between Masonic lodges and  the Stuarts. [4]

Apart from this, Barruel’s  and Robison’s analyses concurred. They claimed that Masonry was a dangerous network , extolling cosmopolitanism and the abolition of patriotism, and encouraging men to rebel against the established order. The French revolutionaries, who according to Barruel were all masons to a man,  had used the lodges to test their theories and give momentum to the Jacobin cause. Similarly Robison declared:

 

There is surely no natural connection between Freemasonry and Jacobinism – but we see the link: Illuminatism…

In short, we may assert with confidence, that the Masons lodges in France were the hot-beds where the seeds were sown, and tenderly reared, of all the pernicious doctrines which soon after choked every moral or religious cultivation, and have made the society worse than a waste, have made it a noisome marsh of human corruption, filled with every rank and poisonous weed.[5]

 

 Barruel speaks of a threefold plot: the plot against the Church, monarchy and society at large.  Barruel and Robison  blame the Illuminati and all the Freemasons in their wake for what they consider as fundamental evils, their cosmopolitanism, the destruction of property and their irreligious attitude.

Cosmopolitanism was very negatively connoted by opponents to the French revolution.  The concept was associated with the possible contamination of virtuous European countries by the disreputable French Jacobins. Robison put it very clearly, universalism sounded the death knoll of patriotism and therefore of  monarchy. He referred to the mental manipulation of the members of the Illuminati in an Orwellian manner, or just as  adepts of modern sects are described nowadays :

 

After the mind of the pupil has been warmed by the pictures of universal happiness, and convicted that it is a possible thing to  unite all the inhabitants of the earth in one great society; and after it has been made out that a great addition to happiness would be gained by the abolition of national distinctions and animosities, it may frequently be not hard talk to make him think that patriotism is a narrow-minded monopolizing sentiment, and even incompatible with the more enlarged views of the Order. Namely, the uniting the whole human race into one great and happy society. Princes are a chief feature of national distinction. Princes, therefore, may now be safely represented as unnecessary.[6]

 

Robison’s analysis could only shock the British Masons who were so closely linked to the monarchy. At the time their Grand Master was the Prince on himself! Yet Robison totally ignored the fact and blindly assimilated the Illuminati to all European Masons, as if the British masons were also committed to universalism, a point to be discussed later. Weishaupt’s words, quoted by Abbé Barruel , were indeed very unlikely to cut  ice with the British masons:

 

Be equal and free and you will be cosmopolitan or citizens of the world. Learn to appreciate equality and liberty and you will no longer fear to see Rome, Vienna, Paris, Rome and Constantinople, and all those very ordinary cities, town and villages which you call your homeland suddenly catch fire.[7]

 

The second evil was the abolition of property : in fact this was a caricature of the forfeiture of the ecclesiastical land. The Jacobins were presented as people having completely abolished the notion of property, and the Levellers were brought back to the minds of the English people by Robison. Robison explains that the Illuminati have convinced Mirabeau :

 

…in another discourse delivered by Mirabeau in the Loge des Chevaliers Bienfaisants at Paris, we have a great deal of the levelling principles, and cosmopolitism, which he thundered from the tribunes of the National Assembly.[8]

 

This is an interesting connection between cosmopolitanism and the abolition of property: since citizens were no longer  attached to their homeland they did not care for property either. Thus we see that universalism was really perceived as endangering the very foundation of the Realm, the notion of property which was so essential to the British nation. Barruel also insisted on the notion of property, but not in such an abstract way, rather in relation to the Church. As a member of the Church, he was deeply impressed by the forfeiture of ecclesiastical property.

 The third attack is closely related to the preceding one, it concerns the irreligious attitude of the revolutionaries, rather quickly identified as atheism. Barruel does not care for the intricacies of Robespierre’s Cult of the Supreme Being. For him all Jacobins are potential atheists. He was probably  indebted to his friend Edmund Burke, who in spite of his strong Church of England feelings and probably because of his own origins,  was himself quite sympathetic to the French  Catholics and organized relief for the French priests in exile. In order to fight the Jacobins, Barruel even advocates a tactical union between all the religious denominations in order to crush the bugbear of atheism. Besides, he explains that the religious origins of the revolutionaries are irrelevant, that some of them like Thomas Paine were Quakers, while others like Weishaupt used to be good Catholics and of course that there is no reason to believe that the Jesuits infiltrated Freemasonry. The point is that all Jacobins now work against the Church in the lodges and therefore plot against the established order.

 The English masons criticized Barruel and Robison although they were relatively spared by both[9] because they sensed the danger of their attacks: as they insisted on the cosmopolitan  values of Freemasonry, all masons felt threatened by  the universal dimension of such anti-Masonry. Therefore the Earl of Moira, then Acting Grand Master of England, took the trouble to answer back at some length.[10] Quite recently François Furet took up the theory of the conspiracy, although in a more elegant way, by referring to Cochin who drew inspiration from Barruel. Thus he gave  undue importance to the “sociétés de pensée” and Masonic lodges which according to him prepared the French revolution.

 

Yet facts speak for themselves : very few French lodges survived during the revolution, some ten lodges all in all. The French Freemasons have never been as hostile to the French Revolution  as their British counterparts, but remained very cautious and  kept a low profile.  Of course some exceptions confirm the rule: on the one hand, Joseph de Maistre, a Mason involved with Martines de Pasqually and Claude de St Martin, who sought exile in Switzerland and Russia and who supported the counter revolution, and on the other hand the Loge des Philalethes which expressed its commitment to the ideas of the French Enlightenment. The resignation of the Duke of  Orleans, “Citoyen Egalité” from the Grand Mastership of the Grand Orient on January 24th 1793 is particularly significant. The Duke, who was clearly supporting the Jacobins, thought that his involvement with Freemasonry was highly suspicious because the new republic could not accept secret societies and, more significantly because the Masonic lodges being open to aristocrats could not partake of the revolutionary spirit. Indeed the French freemasons were poles apart from their British counterparts, not because they took a particularly revolutionary stance, but because they tended to remain in the background.

 

The British side.

 

British Freemasons were overtly hostile to the French Revolution and were influenced by Burke. The facts are so obvious that nobody seriously questioned the anti-Jacobinism of the British freemasons and that even  Barruel and Robison made an exception for the British.[11]. Unlike the French situation, the English Masonic scene is quite easy to depict and interpretations cannot possibly part  from plain facts.

Barruel actually thanks Burke for his hospitality at the beginning of his Memoirs. Apparently Burke welcomed the Abbot when he had to flee . The Masonic membership of Burke cannot be proved, although some historians claimed that he was a member of Jerusalem Lodge n°44.[12] The fact that some people claimed that he was a mason is quite significant. Obviously Burke could never have belonged to a French lodge, but he could easily have been an English member, given the anti-revolutionary stance of all the English lodges. The Scientific Magazine and Freemasons’Repository devoted several pages to his biography. Yet the interest shown by this Masonic magazine does not prove that he was a mason since it devoted articles to the main figures of the day. 

The anti-Jacobinism of the Masons clearly appears both in their  press and in the official declarations made by the British Grand Lodges.

The Sentimental and Masonic Magazine gave a full report of the trials of the Royal Family in a very pathetic style. The titles of the articles are quite significant: “An account of the Temple, the prison of Louis XVI”, “Account of the trial and death of the last unfortunate monarch of France, Louis XVI”, “Account of the Dauphin of France”, “Memoirs of Louis XVI, late King of France, with a representation of the unfortunate monarch just before his execution”, “Some account of the democratic rage, or Louis the Unfortunate”, “Reflections on the melancholy situation of the ci-devant Princess Royal of France…”[13]A drawing even represented Louis XVI at the scaffold looking very grand and performing what could be interpreted by Masons as the fellowship sign.[14] The author of the article obviously implied that Louis XVI was a true mason at heart, as opposed to his Jacobin executioners. The final comment is worth quoting:

 

         Arrived at the square, Louis XVI, the ci-devant monarch, ascended the scaffold, amidst the noise of drums and trumpets, and made a sign that he had something to say; the beating of the drums and the clamour of the trumpets instantly ceased, some officer having exclaimed “no harangue”, and the drums again began to beat and trumpets to sound. Notwithstanding the clamour, these words were distinctly heard, “I recommend my soul to God. I pardon my enemies. I die innocent.[15]

 

The words are carefully chosen, the phrase “arrived at the square” having a symbolical meaning for freemasons: perfection has been reached by the king, as if the king really detained divine authority. Quite amusingly, the author of the article laments the fact Louis XVI was not a freemason: had he been one, and had he protected Freemasonry in ,  he would never have been executed! In saying this he analyses French freemasonry with English eyes and totally forgets the significance of the revolutionary context. As British lodges were closely linked to the Establishment, nothing bad could possibly happen to any English mason.[16]

The Scientific Magazine and Freemason’s Repository published a very dramatic poem entitled “La Sainte Guillotine” in December 1797 meant to summon  British patriotism and to warn against the invasion threat:

 

From the blood-bedewed valleys and mountains of ,

See the genius of Gallic invasion advance!

Old ocean shall waft her, unruffled by storm,

While our shores are all lined with the Friends of Reform.

Confiscation an murder attend in her trains

With meek-eyed sedition, the daughter of Paine,

While her sportive Poissardes with light footsteps are seen

To dance in a ring round the gay Guillotine.[17]

 

The parody  takes up the favourite clichés of the time, the invasion threat, the vulgar French women also depicted by Burke, Paine’s treason and finally the guillotine. The fact Dr Guillotin was a mason was of course to remain the skeleton in the cupboard.

An anonymous  play entitled The Rights of Man and meant to be a parody of Thomas Paine’ famous work, was also published in the Sentimental and Masonic Magazine. The hero Sir Peregrine is taught a lesson about the danger of the Rights of Man  doctrine extolled by the French Jacobins, in the simplistic and dogmatic style familiar to Hannah More. 

Besides the Masonic press, the British  lodges and Grand Lodges committed themselves to the support of the Establishment, in spite of their Constitutions which recommended that Masons should keep away from politics.[18]

One lodge actually decided to set up an association of volunteers to fight back a French invasion: the project of the lodge which met in Red Lion Street at Wapping may never have materialized but the fact it was mentioned in the minutes  is significant of the “brothers”’ mood.[19]

A greater number of lodges in the wake of Unanimity Lodge (Wakefield, Yorkshire) decided to make a financial contribution to the war effort and to support the government against the French threat. In 1805 the minutes of the Grand Lodge of Antients mention the opening of a fund to help English families in time of war.[20]

From 1793 onwards the English, Scottish and Irish Grand Lodges made official declarations to support the government and, more or less implicitly to condemn the French revolution and the spirit of reform.

No wonder the British freemasons were the only associations requiring an oath from their members to be allowed to pursue their activities under the Combination Act. Provided they submitted the lists of members and did not create new lodges, their meetings were tolerated.

In 18OO the Grand Lodge of Moderns officially expressed its concern for the King after the murder attempt. The Grand Secretary apologized for the delay of the letter addressed to the Prince of Wales: the Freemasons, he explained, were discreet people who hated to interfere with politics. However they deemed it necessary to express their support of the monarchy under the circumstances:

 

The Law, by permitting , under certain regulations, the meetings of Freemasons, has defined the existence of the Society; binding, at the same time, the members of it, by a new obligation of gratitude for the confidence extended towards them to labour, as far as their feeble powers may apply, in inculcating loyalty to the King and reverence to the inestimable fabric of the British Constitution… As a veil of secrecy conceals the transactions of our meetings, our Fellow Subjects have no assurance that there may not be an association or tendency injurious to their interests, other than the general tenor of our conduct, and the notoriety that the door of Freemasonry is not closed against any class, profession, or Sect, provided the Individual desiring admission be unstained in moral character. To remove, therefore, as far as possible, any ground for suspicion, it has been from time immemorial, a fundamental rule, most rigidly maintained, that no political topic shall, on any pretence, be mentioned in a Lodge.

The singular Juncture to which we have alluded seemed to call for some positive Declaration which might distinctly exhibit our Opinions; we thence ventured to protest to Your Majesty the Loyalty with which the Freemasons of England glowed towards your Royal Person, and their unalterable attachment to the present happy Form of Government in this Country. But, as no foresight could devise a Motive of equal Importance with that which then actuated us, the recent Occurrence being of a Nature too horrid to be in Supposition as a Possibility, it was strongly declared that  no Precedent should be drawn from that step; and that on no future occasion should the Grand Lodge exercise an Advertence to Events which might entail upon Freemasonry the charge of assuming the privilege to deliberate as a Body upon public affairs. Hence, Sire, our present address has not been so early as our individual anxiety would have dictated; for it was requisite that a general concurrence should sanction the Grand Lodge, in a second relaxation of its rules, before we could jointly express that which we severally felt in the most ardent Manner on the solemn Subject.[21]

 

The Grand Secretary was walking on slippery ground: the patriotism of the Grand Lodge had to be asserted while Freemasonry had to claim its total independence from politics. The Freemasons had always behaved in that way: when the Grand Lodge of England was created in 1717, it took care to adopt Anderson’s Constitutions forbidding masons to discuss politics and religion. In 1799, the Freemasons took up the same argument to show how innocent their activities were. Yet in 18OO the Grand Lodge was taking no risk at all since the Grand Master was…the Prince of Wales himself! This was almost a case of schizophrenia, the Grand Lodge paying a compliment to itself while addressing its own Grand Master and paying allegiance to the Royal family at the same time!

Rumours that the United Irishmen tried to use the Irish lodges as convenient frameworks for their activities worried the Grand Lodge of Ireland, which very clearly expressed its disapproval.[22]The Grand Lodge of Scotland rebuked the Journeymen’s Lodge in Edinburgh after it had allowed meetings of the Friends of the People on its premises.[23]As to Thomas Paine, who was a close friend of the French freemason Bonneville, and the author of “Origins of Freemasonry” he probably was not a Mason himself, which is not surprising concerning the prevailing attitude of the British masons towards the French revolution.

 

 

 

Freemasonry and national commitments.

 

This quick survey of the Masonic French and  British scenes during the French revolution allows us to draw  two closely interwoven conclusions, first that masons rarely try to counter the main evolutions of their country, and secondly that there is no trespassing of national boundaries in times of crises, when universalism is  on the wane.

The differences in  behaviour of the English and French masons can be accounted for by the historical context and should not be attributed to any  nice subtleties such as rites or symbols. Of course, there is always the exception which confirms the rule: Joseph de Maistre, a Mason who was very keen on the Christian and mystic character of freemasonry, was in fact very close to the English masons and fled revolutionary while supporting the counter-revolution. Yet most French freemasons kept a low profile during the French revolution. They neither committed themselves to the Jacobin cause nor opposed it as freemasons. The main figures of the French Revolution,  Saint Just, Danton or Robespierre were not freemasons, contrary to what has sometimes been alleged. Although  Mirabeau was one,  he was probably not very active from that  point of view at the time. As to the Grand Master, Philippe Egalité, he preferred to divest himself of his Masonic label. French freemasonry avoided the political turmoil and revived under Bonaparte, who, although not a mason himself,  allowed it to thrive. Ironically French Freemasonry was to become as close to the Emperor as the British freemasons to their King.

The  Illuminati completely differed from other Freemasons in their commitment to the French revolution. Yet they were not considered as full-fledged masons by the Grand Lodges of the time.

The British freemasons, who had parental links with the monarchy, openly supported the Establishment and condemned  reformist ideas. As several aristocrats and the Prince of Wales himself were masons, Freemasonry was a pillar of the Realm.

Therefore Freemasonry is neither conservative nor revolutionary in itself: it tends to support the main evolutions, to legitimise the established order. It does not resist crises and can only thrive in times of social peace. During the American revolution the number of lodges doubled because the prevailing issue was not social warfare, and therefore freemasonry fitted in the general pattern of independence. Freemasonry never seems to be at variance with the prevailing social forces and the main political evolutions. This is due to at least two factors.

The social composition of the lodges is the first one. Precisely because social hierarchy is supposed to be irrelevant in Masonic lodges, the social composition of lodges tends to be homogenous. Class divisions are avoided, precisely because in practice aristocrats do not mix with shopkeepers and vice versa. The members of each lodge generally share the same economic interests and are not likely to plot against the established order. The feeling of brotherhood is boosted by mutual interest.

The religious factor is the second one. The Freemasons’ attitude towards the Church or churches is also linked to the national context. In , 18th century Freemasons were ostracized by the Catholic church, following Pope Clement’s Bull of 1738, renewed in 1751. The French freemasons made several attempts not to antagonize the authorities  and simply aspired to be tolerated. They tried to assert their respectability. In , the freemasons endowed their Grand Lodges with chaplains, who were members of the Church of England. They made sure to be considered as faithful and pious subjects of His Majesty. Contrary to the French freemasons, they never felt concerned by the Pope’s Bull and never perceived any contradiction with the Christian faith, on the contrary.

 

The second conclusion is that Freemasons seem to be more committed to national values  than to universalism. National boundaries have always prevailed over universalism. The idea of the social network extending beyond national boundaries is largely a fallacy. In practice, freemasons have behaved very differently, not because of disagreement about rituals, but because they belonged to different political contexts. Just as freemasonry does not resist political turmoil at home, it does not ignore international conflicts. Bearing in mind that the only significant  links which existed between the French and the English at the time concerned the counter-revolution, the French and English freemasons, who tried to keep away from the political debate, had nothing to say to one another. The two peoples were at war, and the Freemasons remained within the national boundaries. There was no question of enforcing universalism in spite of the Masonic tenets. On the contrary, universalism was assimilated to cosmopolitanism. In times of war the concept was very close to high treason. To John Bull, cosmopolitanism meant the end of true patriotism, the loss of loyalty to the King and Church, hence the emergence of the notorious Church and King Clubs at the end of the century for instance. The fear of a French invasion, of the contamination of ideas, exemplified in Burke’s works,  prevailed in British freemasonry as in other British institutions. British freemasons did their best to support the war effort. In 1805 the  Athol Grand Lodge contributed one hundred guineas to the “patriotic fund at Lloyd’s coffee-house for the relief of the widows and families of those brave men who have fallen or may suffer in their country’s cause during the war.”[24] Quite significantly the two English Grand Lodges, known as the Moderns and the Antients, employed the time of war to prepare the national masonic union of 1813, which gave birth to the current United Grand Lodge of England.

. History proves that the British  freemason has always enforced Anderson’s tenet, i.e. has always been “ a peaceful subject to the Civil Powers, wherever he resides or works, and is never to be concerned in Plots and Conspiracies against the Peace and Welfare of the Nation”[25] And so has the French freemason. Universal masonic brotherhood is only effective in times of peace and prosperity and tends to remain an ideal. Two centuries ago French and British freemasons were patriots eager to please the new Emperor and the King, and equally forgetful of universalism.

 



[1]  Abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme( Hambourg : Fauche, 1797-1798, 5vol. Rpt Editions de Chiré, 1974).

John Robison,  Proofs of a Conspiracy against all the Religions and Governments of Europe, carried on the secret meetings of Freemasons, Illuminati, and Reading Societies, collected from good authorities ( London: for Mr Robison, 1797. Edinburgh:T.Cadell &W.Davies, 1797).

[2] Dr Samuel Auguste Andre David Tissot, The Life of M.Zimmerman, first physician to the king of at Hanover… (London : 1797. Published at Lausanne, translated from the French of Tissot).

[3] See note 1.

[4] If the  Stuarts’connection with freemasonry seems totally unlikely, the theory of the Jesuistic plot cannot be discarded so easily. Bonneville, a friend of Thomas Paine wrote a significant essay, Les Jésuites chasses de la franc-maçonnerie(1788). See  Charles Porset , “Jésuites et francs-maçons. Un dossier revisité », in Esotérisme, gnoses et imaginaire symbolique : Mélanges offerts à Antoine Faivre (Peeters 2001), p.459-469.

[5]  Robison, 402-3 and 51

[6] Robison, 99-100.

[7] « Soyez égaux et libres, et vous serez cosmopolites ou citoyens du monde ; sachez apprécier l’égalité, la liberté et vous ne craindrez pas de voir brûler Rome, Vienne, Paris, Londres, Constantinople, et ces villes quelconques, ces bourgs et ces villages que vous appelez votre patrie. », Weishaupt, quoted by Barruel, p.197.

[8] Robison, 41.

[9] For instance Robison wrote: “While the Freemasonry of the Continent was perverted to the most profligate and impious purposes, it retained in its original form, simple and unadorned, and the Lodges remained the scenes of innocent merriment or meetings of charity and beneficence. Robison, 2nd edition, quoted by Gould, III, 71.

[10] “Certain modern publications have been holding forth to the world the Society of Masons as a league against constituted authorities ; an imputation the more secure because the known constitutions of our fellowship make it certain that no answer can be published. It is not to be disputed, that in countries where impolitic prohibitions restrict the communication of sentiments, the activity of human mind may, among other means of baffling the control, have resorted to the artifice of borrowing the denomination of Freemasonry, to cover meetings for seditious purposes, just an any other description might be assumed for the same object. But, in the first place, it is the invaluable distinction of this free country that such a just intercourse of opinions exists without restraint, as cannot leave to any numbers of men the desire of frequenting those disguised societies where dangerous dispositions may be imbibed. AND secondly, the profligate doctrines , which may have been nurtured in any self-established assemblies, could never have been tolerated for a moment in any lodge meeting under regular authority..” Declaration of the Earl of Moira  to the Grand Lodge of Moderns, June 3,  1800, quoted by Preston, William, in Illustrations of Masonry( London: J. Williams, 1772 Rpt  The 13th edition, 1821) 313-314.

[11] Although of course this statement should be qualified. Barruel mentions a hostile review of his book by the Monthly Magazine and claims that some attempts were made by the Illuminati  at infiltrating the English lodges, in Mémoires, II, 511-522.

[12] After checking the minutes of the lodge, I could only find the family name “Burke” once and with no first name. There is no other mention of this “Burke” member throughout the minutes of the lodge. Obviously this is not sufficient evidence.

[13] The Sentimental and Masonic Magazine, (Dublin: John Jones, Jul.1792 to Aug 1795, 7 vol.) Jan. to August 1793.

[14] « Some account of the democratic rage, or Louis the Unfortunate », in The Sentimental and Masonic Magazine, June 1793,  515-516.

[15] Idem,p.200.

[16] “ To our Masonic readers” , in The Sentimental and Masonic Magazine, Dec.1793, p.520.

[17] « La Sainte Guillotine, a new song attempted from the French. Tune, “O’er the vine-covered hills and gay regions of ”, in The Scientific Magazine and Freemason’s Repository, Nov. 1797, p.398.

[18] Anderson’s Constitutions, « Of the Civil

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 17:42

 

Cécile Révauger

 

Les  divulgations des rituels dans l’ Angleterre du XVIIIe siècle : une opération idéologique ou commerciale ?

 

On a souvent tendance à confondre divulgations du rituel, -en anglais, exposures- et anti-maçonnisme. Or, il convient de nuancer le propos. S’il est vrai que  les divulgations ont parfois été le prélude  à l’anti-maçonnisme, il ne faut pas généraliser. Les écrits anti-maçonniques ont généralement recours à des divulgations de rituel mais toutes les divulgations n’ont pas un caractère anti-maçonnique. Pour la plupart, les exposures semblent  avoir eu un but lucratif pour leurs auteurs. C’est l’étude du contexte qui nous permet d’expliquer le caractère idéologique de certains écrits. Nous distinguerons donc trois époques, le tout début du siècle, la période intermédiaire, qui est la plus longue, et les trois dernières décennies. Au début et à la fin du siècle,  qui représentent des périodes politiquement agitées pour l’Angleterre, les divulgations de rituel ne sont pas anodines. Pendant la majeure partie du siècle cependant, elles le sont.

 

La création de la Grande Loge d’Angleterre correspond à un moment d’apaisement : à la suite de la Glorieuse Révolution et du Bill of Rights, les dissidents de l’Eglise d’Angleterre, de sensibilité protestante, ont obtenu la liberté de culte, tout en restant privés de leurs droits civiques. Les loges leur offrent une structure d’accueil, un lieu de tolérance et de convivialité. Cela n’est pas du goût de tous, et en particulier de certains catholiques, qui ne jouissent pas du même statut que les dissidents protestants, et qui se sentiront bientôt justifiés dans leur campagne anti-maçonnique par la bulle papale de 1738. La Grande Maîtrise du catholique Lord Petre est l’exception qui confirme la règle. Au début du siècle, il ne s’agit pas de divulgation de rituels mais tout simplement de parodie. Ainsi la Société des Gormogons, peinte par le franc-maçon Hogarth, fut elle probablement créée par l’ancien Grand Maître le Duc de Wharton, dans un souci de revanche sur la Grande Loge d’Angleterre. En effet, cette dernière n’avait guère apprécié son excentricité et surtout ses sympathies pro-jacobites, donc catholiques. Tombé en disgrâce, le duc avait sans doute voulu se venger en faisant mine de créer une société qui ridiculisait les maçons. Pour devenir membre des Gormogons, il fallait tout d’abord renoncer à la franc-maçonnerie et adopter un rituel d’un syncrétisme douteux, alliant orientalisme et papisme. Il s’agissait bien d’un canular…A la même époque, les Lettres de Verus Commodus accusent les francs-maçons de manquer de religion et de s’inspirer de cultes païens. On  ignore la religion de l’auteur. Il pourrait s’agir d’un anglican, moins latitudinaire que d’autres, peut être nostalgique de la High Church[1]. Sans doute ces attaques contre la franc-maçonnerie anglaise donnèrent – elles à certains l’idée de publier quelques détails croustillants sur l’ordre. Tout en prétendant mettre en garde les bons sujets de Sa Majesté contre une association aussi dangereuse, ils espéraient  retirer quelque profit d’une bonne opération commerciale.

 

Ceci peut expliquer  l’abondance de publications entre 1723 et 1730 Afin de marquer les esprits, les auteurs attirent tous l’attention de leurs lecteurs sur le serment maçonnique, et chaque fois que faire se peut, en divulguent la teneur. Traditionnellement, en Angleterre, on ne porte serment de fidélité qu’au roi. Tout autre serment est un acte hautement  répréhensible. Knoop et Jones ont recensé huit divulgations de rituels, ou « catéchismes », entre  1723 et 1730 :

-un catéchisme sans titre, nommé « A Mason’s Examination » par l’historien  Gould , paru le 11-13 avril 1723 dans The Flying Post,

un pamphlet anonyme, The Grand Mystery of Freemasons Discovered, publié en 1724 puis en1725,

-un document aujourd’hui perdu paru dans The Post-Boy en 1724 ou 1725,

-The Whole Institution of Freemasons opened,  1725

-The Grand Mystery Laid Open, 1726

-The Mystery of Freemasonry, paru en 1730 séparément et dans un journal, The Daily Journal, ainsi que sous d’autres titres, The Mystery and Motives of Freemasonry Discovered et The Puerile Signs and Wonders of a Freemason.

-Masonry Dissected, de Samuel Prichard,  1730[2]

 

The Mystery of Freemasonry connut un succès considérable, sans doute parce qu’il donnait les termes du fameux serment maçonnique : il fut publié à plusieurs reprises. Le serment parut également dans The Grand Mystery of Freemasons Discovered et dans The Mystery of Freemasonry. A quelques variantes près, il s’agit du même serment, assorti de la même menace en cas de violation de ce serment, toujours aussi effrayante pour ceux qui la prendraient au pied de la lettre. Les catéchismes d’apprentis sont amplement divulgués . L’authenticité de ces révélations a parfois été mise en cause. Or, il est certain que leurs auteurs avaient tout intérêt  à publier les informations les plus exactes possible  s’ils voulaient être crédibles. Tous les textes des divulgations sont effectivement très proches. Il suffit de comparer quelques répliques concernant le secret :

 

The Grand Mystery of Freemasons (1724) :

Avez vous la clef de la loge?

Oui.

Quelle est sa vertu ?

Elle permet d’ouvrir et de fermer, de fermer et d’ouvrir.

Où la gardez vous ?

Dans une boite en ivoire, entre la langue et les dents, ou bien dans mon cœur, où tous les secrets sont gardés.

 

The Mystery of Freemasonry(1730) :

Existe- t-il une clef de votre loge ?

Oui.

Où est-elle gardée ?

Dans une boite en ivoire, entre la langue et les dents, ou bien entre les deux lobes de mon foie, où les secrets de mon cœur sont préservés.

 

Masonry Dissected (1730) :

Possedez vous la clef de ces secrets ?

Oui.

Où la gardez-vous ?

Dans une boite en os qui ne s ‘ouvre et se referme qu’avec des clefs en ivoire.[3]

 

 

On notera la métaphore des organes du corps humain, poussée avec plus ou moins de bonheur selon les auteurs des divulgations. Paradoxalement, la divulgation des rituels eut son utilité pour les frères de l’époque. Les rituels n’étant jamais consignés par écrit, les maçons se devaient de l’apprendre par cœur. Les révélations de Prichard et de quelques autres auteurs mal-intentionnés étaient ainsi de précieux aide-mémoire…Sans doute contribuèrent-elles même à une harmonisation du rituel. En effet, les variantes constatées entre les différentes révélations ne sont pas forcément révélatrices de la fantaisie de leurs auteurs mais correspondent sans doute à des différences réelles entre les divers rituels pratiqués de tête par les frères des différentes loges de l’époque.

La Grande Loge d’Angleterre prit très au sérieux les révélations de Samuel Prichard en particulier. On peut raisonnablement supposer qu’elle en tira prétexte pour inverser les mots de passe du premier et du second degré, officiellement pour faire échec au Masonry Dissected de  Prichard, mais sans doute également  afin de dérouter les immigrés irlandais et écossais qui frappaient à la porte des loges. Ces derniers créeraient leur propre Grande Loge, dite des Antients, vers 1751. Il est certain que la Grande Loge des Modernes traversa une période difficile vers 1740. Cependant le désintérêt  des Grands Maîtres, le mépris affiché de la Grande Loge d’Angleterre pour la Grande Loge d’Ecosse et la Grande Loge d’Irlande, qu’elles se refusait à reconnaître officiellement, l’arrivée d’immigrants irlandais et écossais, considérée comme une menace pour le prestige social des maçons anglais, furent des facteurs certainement bien plus déterminants que la simple divulgation des rituels.

La seconde vague de divulgations touche les années 1760 à 1769. ACF Jackson en a recensé neuf :

-A Master Key to Freemasonry, 1760

-Three Distinct Knocks, 1760

Jachin and Boaz, 1762

Hiram, or the Grand Master Key to the Door of both Ancient and Modern Freemasonry 1764

Mystery of Freemasonry Explained, 1765

Shibboleth, 1765

Mahhabone, 1766

Solomon in all his Glory, 1766

The Free-Mason Stripped Naked, 1769.[4]

 

Ces révélations concernent à la fois le rituel des Anciens et des Modernes. Elles semblent cependant plus fantaisistes que dans les années 1720-1730. Hiram or the Grand Master Key… évoque des degrés mystérieux tels que “the minor’s degree” ou encore “the major’s degree”. Les officiers de loges sont affublés de noms, « Belus » pour le vénérable, « Eviles » et « Sabathes » pour les deux surveillants….On prétend même que les frères vérifient le sexe du nouvel initié, un peu à la mode papale : chaque profane est parait-il déshabillé entièrement avant sa réception dans l’Ordre… Ce thème est repris par l’auteur du très explicite  The Freemason Stripped Naked .[5]Cette série de divulgations n’a aucune visée idéologique, on le voit bien. Tout au plus ces écrits sont ils un peu voyeurs. Ils ont essentiellement pour but de rapporter de l’argent à leurs auteurs.

 

Cependant à partir de 1770, les divulgations perdent ce caractère relativement innocent. Plutôt que de révélations, il  s’agit désormais de condamnations. Le regard du curieux va céder la place au jugement hargneux. Ainsi l’auteur de Freemasonry, the Hignway to Hell (1768) menace de damnation tous les francs-maçons et réclame aux pouvoirs publics une répression sérieuse contre tous ces « hérétiques », accusés de pratiquer la nécromancie…L’auteur, visiblement catholique, s’abrite derrière les bulles papales de 1738 et 1751. Un certain Isaac Wood rédige une réponse,   A Confrontation of a Pamphlet entitled Masonry the Way to Hell. Malheureusement,  la sottise de la réponse vaut celle de l’attaque. L’auteur se montre tout aussi sectaire envers les catholiques que le pamphlétaire papiste envers le protestantisme et le judaïsme. Cette controverse, qui a des relents de guerres de religions, annonce la pièce maîtresse de l’anti-maçonnisme britannique, Proofs of a Conspiracy , ouvrage dû à la plume du professeur écossais John Robison, contemporain de l’Abbé Barruel. Les deux hommes nieront avoir été influencés l’un par l’autre. Tous deux sont à l’origine, on le sait, de la fameuse thèse aujourd’hui ridiculisée du complot maçonnique. L’heure n’est plus aux simples divulgations des rituels maçonniques. Dans le contexte de la Révolution française, les attaques contre la franc-maçonnerie prennent un caractère idéologique. Pourtant les Grandes Loges britanniques prennent soin de se démarquer des révolutionnaires français, de tous les réformateurs et de Illuminés de Bavière tant critiqués par Barruel et Robison. Elle se sentent suffisamment menacées par les écrits de ces derniers, pour prendre officiellement position, pour entrer dans l’arène politique malgré leurs principes,  proclamer leur soutien à l’ordre établi, à la monarchie, et adresser des messages de sympathie au roi à la suite  de l’attentat manqué contre ce dernier.

 

L’histoire prouve que les attaques à caractère idéologique ne se produisent que lorsque le contexte s’y prête : au début du siècle, lorsque les Stuarts laissent la place aux Hanovre et que les  Jacobites tentent de se rebeller, à la fin du siècle lorsque la peur de la contamination par la France renforce le conservatisme et le nationalisme britannique, et que la franc-maçonnerie est perçue par certains comme trop universelle, trop cosmopolite. En dehors de ces périodes, la plupart des divulgations de rituels ont représenté une bonne opération commerciale.

 

 

 

 

 

 



[1] L’Eglise d’Angleterre était de plus en plus latitudinaire, c’est à dire tolérante. La High Church représentait la partie la plus élitiste, la plus proche de l’Eglise catholique d’un point de vue théologique.

[2] Knoop&Jones, The Genesis of Freemasonry, Quatuor Coronati Circle, 1978, p.314-315

[3] The Grand Mystery of Freemasons(1724)

Have you the key of the Lodge,

Yes, I have.

What is its virtue?

To open and shut, and shut and open.

Where do you keep it?

In an ivory box, between my tongue and my teeth, or within my heart, where all my secrets are kept.

The Mystery of Freemasonry(1730):

Is there a key for your lodge?

Yes, there is.

Where is it kept?

In an ivory box, between my tongue and my teeth or under the lap of my liver, where the secrets of my heart are.

Masonry Dissected (1730):

Have you any key to those secrets?

Yes.

Where do you keep it?

In a bone box that neither opens no shuts but with ivory keys.

[4] ACF Jackson, English Masonic Exposures, 1760-1769, London, Lewis Masonic, 1986.

[5] « Le Franc Maçon entièrement déshabillé ».

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