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Texte libre

 

Cécile Révauger,
Professeur des Universités,
UFR d’anglais,
Université Michel de Montaigne

 

Je suis née à Bordeaux en 1955, j’ai fait mes études secondaires au lycée François Magendie de Bordeaux et supérieures à l’Université de Bordeaux III.  Le concours des IPES qui existait alors (pré-recrutement au métier de professeur dans l’enseignement secondaire) m’a permis de vivre dans un relatif confort mes années d’étudiante. J’ai  été reçue aux concours du CAPES et de l’agrégation  en 1977. Enseignante dans un collège d’Argenteuil, puis dans divers collèges et lycées des régions lyonnaise et grenobloise, j’ai  soutenu une thèse de troisième cycle en 1983  sur le conte oriental en Angleterre, ce qui m’a permis d’être recrutée comme professeur agrégé à l’Université Stendhal-Grenoble III en 1985, puis comme maître de conférences dans cette même université en 1987. Mes recherches sur le XVIIIe siècle anglais m’ont incitée à étudier la franc-maçonnerie, née à l’époque des Lumières, de Locke et de Newton. En 1984, il fallait pour cela relever un triple défi : d’une part il s’agissait d’un domaine  largement inexploré par la communauté universitaire et qui semblait donc un peu ésotérique et suspect, d’autre part les archives maçonniques n’étaient pas aussi disponibles qu’elles le sont aujourd’hui, les Grandes Loges anglo-saxonnes faisant à l’époque preuve d’une certaine réserve à l’égard des recherches ayant un caractère public, enfin le chercheur en question était une femme…une bizarrerie pour la plupart des spécialistes britanniques et américains de la franc-maçonnerie … alors qu’aujourd’hui les bibliothèques maçonniques m’ouvrent largement leurs portes et que  les conservateurs font preuve de la plus grande bienveillance à mon égard, comme à l’égard de tous les chercheurs, pourvu que leur travail soit réellement scientifique.

Une bourse Fulbright de la Commission franco-américaine m’a permis d’effectuer des recherches dans les bibliothèques  de Boston et de Washington DC, sans oublier celle de Cedar Rapids, Iowa. Située au cœur du pays du maïs, elle aida sans nul doute son fondateur à tromper l’ennui et rassemble l’une des plus vastes collection d’archives maçonniques . Je pus ainsi rédiger ma thèse d’Etat, « La franc-maçonnerie en Grande –Bretagne et aux Etats-Unis au XVIIIè siècle : 1717-1813 », soutenue à l’Université de Bordeaux III en 1987, sous la direction de Régis Ritz.  Je publiai une version abrégée de cette thèse aux Editions EDIMAF en 1990. Depuis, j’ai publié de nombreux articles consacrés à la franc-maçonnerie, un ouvrage sur les «  Anciens et les Modernes » (, c'est-à-dire  les deux Grandes Loges rivales d’Angleterre, et un livre sur la franc-maçonnerie noire aux Etats-Unis, « Noirs et francs-maçons » (2003). J’ai écrit cet ouvrage grâce à l’obtention d’une seconde bourse de recherche Fulbright qui m’a permis de travailler sur les archives des Grandes Loges noires de Prince Hall à New York et Washington DC. J’ai été nommé professeur des universités en 1990.

J’ai  mené de front recherche et enseignement, comme la plupart des universitaires français. En bonne dix-huitiémiste, je me suis toujours un peu considérée comme citoyenne du monde, et à défaut de pouvoir le sillonner autant que je désirais, j’ai trouvé beaucoup de vertus à la mobilité universitaire…j’ai donc successivement occupé des postes à l’Université de Grenoble (Stendhal-Grenoble III), de Provence (Aix-Marseille I), des Antilles et de la Guyane (en Martinique) avant de rejoindre mon Université-mère, si je puis dire, l’Université de Bordeaux III. Chaque poste m’a apporté un grand nombre de satisfactions et seul l’impérieux besoin de découvrir de nouveaux  horizons a motivé chaque  départ.  A Grenoble, j’ai occupé un poste dit « double-timbre », à l’époque des premiers IUFM, c'est-à-dire que j’enseignais à l’Université tout en exerçant les fonctions de directrice adjointe de cet IUFM pionnier, ouvert à la collaboration avec les universitaires. Ce fut une expérience enrichissante, qui me permit de lancer un certain nombre de programmes de coopération internationale et de côtoyer des milieux  sociaux variés,  des cultures professionnelles  diverses, enseignants du secondaire, anciens directeurs d’écoles normales, corps d’inspection. J’y ai acquis, je pense, quelques qualités de diplomate, à une époque, bien sûr révolue, où pédagogues fondamentalistes et universitaires récalcitrants s’affrontaient allègrement.

 Aujourd’hui je fais partie du CIBEL de Bordeaux, le Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etudes des Lumières, dirigé par Jean Mondot. Mes recherches actuelles, outre la franc-maçonnerie, sont consacrées aux  Lumières et  à l’historiographie des Lumières,  ainsi qu’à l’histoire de la Caraïbe anglophone,  de l’époque des sociétés de plantation à l’abolition de l’esclavage.  J’anime des séminaires de master, dirige des thèses sur le dix-huitième siècle britannique et sur la Caraïbe anglophone des XVIII  et XIXe siècles.

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Prof. Cécile Révauger

English studies

Michel de Montaigne Bordeaux III University

 

I was born in Bordeaux and was a student at Bordeaux University. I passed the “agregation”  in 1977. I first taught in secondary schools, before registering a thesis on the oriental tale in 18th century . After defending this thesis I started my academic career at Grenoble University. I switched from the oriental tale to Masonic studies as I developed a particular  interest in the 18th century and considered that Masonic lodges could only emerge in the wake of the Enlightenment. At the time studying masonry was a real challenge, first because the academic community was a bit suspicious of the validity of masonry as a scientific field to be explored as it was such an unusual subject, second because Masonic libraries themselves were suspicious and not used to giving public access to their sources, and last but not least because I was a woman, a rarity on Masonic premises  and therefore a strange scholar…Today things have totally changed of course and the curators and staff  of the main Masonic libraries in Britain and the States are extremely helpful. A Fulbright award allowed me to spend a lot of time working on Masonic archives in Boston, Washington DC and Cedar rapids, Iowa: in corn country providing such a huge  collection is  no small feat! The library of the Grand Lodge of Iowa is one of the largest Masonic libraries in the world. I defended my PHd dissertation in 1987, entitled: “ 18th century Freemasonry in and the ”. An abridged version was published  in 1990. I have produced several articles on Freemasonry since. I was appointed “professeur des Universités” in 1990. I obtained a second Fulbright Award in 1999 , which allowed me to work in New York and Washington DC libraries and write a book on black freemasonry in , Noirs et francs-maçons, published in 2003.

As a true 18th century  specialist, I have always considered myself as a “citizen of the world” and although I could not explore the world as much as I wanted to, I did my best and seized all the opportunities to apply for various positions.  This does not mean that I was unhappy with my work but simply wanted to discover a little more each time... This explains why I successively occupied academic positions at Grenoble Unversity, Université de Provence, Université des Antilles et de la Guyane (Martinique) before  coming back to Bordeaux, my home town and university. As most French scholars I have always combined teaching and research activities.

I am now a member of CIBEL (Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etudes des Lumières), the research centre chaired by Jean Mondot at Bordeaux University.  I  teach seminars at master level and I am currently supervising theses on 18th century and in Caribbean studies.

My current research is devoted to freemasonry, the Enlightenment and the historiography of the Enlightenment as well as Caribbean eighteenth and nineteenth century studies.

13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 08:42

Cécile Révauger

Bordeaux University

 

"Anderson's freemasonry, the true daughter of the British Enlightenment".

 

 

 

Just as some historians question the specificity, and even sometimes the real existence of a British Enlightenment, scholars of freemasonry sometimes tend to consider freemasonry as a long tradition, immune to changes. Both attitudes reflect the concern for the long term and tend to underplay the importance of evolutions and revolutions. Asserting the perfect continuity between “operative “ and “speculative” masons amounts to forgetting the fact there was a Glorious Revolution which left its imprint on 18th century institutions, political as well as religious culture. Another pitfall awaits scholars of freemasonry: it is at worst a fallacy and at best wishful thinking to   consider freemasonry as a strong component of radical Enlightenment. For the most part, freemasons have condemned social revolutions and rejected atheism. It will be contended therefore that freemasonry should neither be considered as the offshoot of tradition nor as the spur of social and political change, but that it appeared in the wake of the English as well as the Scottish Enlightenment. First, it will be argued that freemasonry is not simply the heir of operative freemasonry , although it would be ridiculous to claim there was no connection at all, especially in Scotland. Conversely freemasonry should not be portrayed as more radical than it was: this will be the second point raised in this paper. Finally it will be contended that freemasonry is first and foremost the daughter of the Enlightenment and more specifically of the British Enlightenment.

 

1- 18th century freemasonry is a new phenomenon which  owes little to  tradition.

 

The terms “operative” and “speculative” have long prevailed among historians of freemasonry. They are not entirely satisfactory, first because only specialists of freemasonry can have some insight into what they might refer to, second because they seem to classify masons into two distinct categories but in fact do not meet any  historical or scientific criteria. Denying the novelty of the Masonic institution which emerged in 1717 in England and in 1736 in Scotland is equally unsatisfactory.

Of course nobody denies the fact that some form of masonry existed previous to 1717. Yet the situation was different in Scotland from what it was in England. One should not forget that 100 lodges were instrumental to the foundation of the Grand Lodge of Scotland in 1736, against only four in London when the Grand Lodge of England was funded.  The Journeymen Lodge of Edinburgh in particular can claim 17th century roots and a continuous membership of masons by trade, throughout the 18th century. Nevertheless, the Grand Lodge of Scotland very soon endorsed the ideas of the Scottish Enlightenment and started  looking forward rather than backward, providing the city with a significant number of Provosts who were eager to  contribute to the embellishment and development of Edinburgh from an architectural as well as from a social point of view.

Discussing English masonry   before 1717 is yet another matter. Numerous guilds and masons’ companies existed. A special issue of Cahiers de l’Herne was devoted to the study of the Old Charges which prevailed among ancient masons. Elias Ashmole has often been given as an example of a member joining a lodge of masons by trade. It seems that a lodge existed in Warrington in 1646 . Yet evidence is scanty. Contrary to Scottish freemasonry, which besides the Schaw Statutes, could claim structural links and a real continuity between the 17th and 18th centuries, with lodges such as the Journeymen Lodge n°8 , evidence concerning the existence of  English freemasonry previous to 1717  rests mostly on the Old Charges. Yet a close analysis of the Old Charges points at major differences with Anderson’s Constitutions as well as the practices developed in 18th century English lodges.

It is argued here that those differences stem from the historical context. The Glorious Revolution informs the Masonic background as well as the Enlightenment. The differences highlighted by the comparison of the Old Charges and Anderson’s Constitutions are threefold, social, political and religious.

Clearly the Masonic lodges which were regulated by the Old Charges were composed of “apprentices” and “fellowcrafts” working for the benefit of an employer or master.  The masons were given rules of conduct, regulating both their private and professional lives, which were closely related: for instance they were taught that they should neither covet their fellow’s wife, nor gamble nor use coarse language. Anderson only stipulated that members of the lodge should be honest men, neither slave nor woman, but no longer regulated professional relations. Members of different walks of life joined the English lodges, from small artisans, craftsmen and merchants  to aristocrats.

Whereas all the Old Charges required masons to be good Christians, to believe in God, the first article of Anderson’s Constitutions, “Concerning God and religion” is written in the latitudianarian spirit of the time: “’tis now thought more expedient only to oblige them to that religion in which all men agree, leaving their particular opinions to themselves; that is to be good men and true, or Men of Honour and Honesty, by whatever Denominations or Persuasions they may be distinguished; whereby Masonry becomes the centre of Union, and the Means of conciliating true Friendship among Persons that must have remained at a perpetual distance.”

Whereas allegiance to the King was specifically required from operative masons, Anderson’s Constitutions only made it necessary for masons to respect the laws of their country. More, a lodge could not exclude one of its members simply for rebelling against the State if “convicted of no other crime” and providing the lodge did not “countenance his Rebellion”.  Contrary to the Dumfries MSS which demanded that any mason hearing about a plot should immediately report it  to the King, Anderson’s  Constitutions did not even impose the eviction of a rebellious member…the answer to this quiz is probably to be found in the Whig views of the time which discarded the Tory theories of “passive obedience ” and “non resistance”. On the contrary Locke had shown that the people was entitled to rebel against the King if the latter had misbehaved, i.e. placed himself in a “state of war” against his people and therefore made himself guilty of a breach of contract. Anderson and his companions did not urge “passive obedience” from subjects and clearly endorsed Locke’s views, taking care not to be associated to tory theories.

 

Nevertheless the claim to inherit modern practises from ancient masonry was made by Anderson himself. Nobody today can seriously deny that the pseudo historical account is entirely mythical. The new institution needed legitimacy and in the days of the Battle of the Books, claiming filiations with Solomon and the ancients was more prestigious than quoting “modern” philosophers such as Locke or Newton. The need to refer to tradition, in spite of the novelty of the institution accounts for the moderation of the founders of modern freemasonry. It would be just as inaccurate to pretend that Anderson’s freemasonry  was typical of the radical Enlightement as to assume it was a pure product of tradition and to claim there was a perfect continuity between the XVIIth and XVIIIth centuries .

 

2- English masonry is not indebted to radical Enlightenment either, with a few exceptions.

There is not a single definition of the concept of Enlightenment. For Gertrude Himmelfard, only the English and American peoples were enlightened and the French Jacobins betrayed the good intentions of Montesquieu, thus giving up  the values of the Enlightenment. For Eric Hobsbawm the Enlightenment amounted to a conspiracy led by white aristocrats.

We owe the concept of “radical Enlightenment” essentially to Jonathan Israel and Margaret Jacob although Margaret Jacob quite rightly disagrees with Israel’s focalization on Spinoza: Israel has granted paramount importance to Spinoza’s thought and consequently considered as “radical” all the thinkers  who have been influenced by his ideas. Thus Toland and Collins are considered as true figures of the “radical Englightenment”   while Locke is deemed more banal. Margaret Jacob’s approach is more political as she examines the influence of the Dutch republic and societies which were close to freemasonry such as the Knights of Jubilation. She quite rightly thinks that the Glorious Revolution, the Dutch Republic and the birth of modern freemasonry were related. She is quite right to point at the constitutional habit of freemasons: because they developed an interest in writing rules and regulations, therefore in behaving in a more democratic way than most of their contemporaries, masons influenced political life as they encouraged democratic habits in their own spheres of influence.

This was certainly the case during the American Revolution, when a number of masons took part in the writing of the Articles of Constitution, in the Declaration of Independence and in the writing of the constitutions of each new state.

Yet when it comes to studying English masonry as a whole during the 18th century one has to admit that those who really supported radicalism were a minority, whether one takes the concept of “radical Enlightement” in reference to  religious convictions  as Israel, or in a more political sense as Margaret Jacob. Very few masons condoned Toland’s pantheism or Collins’ freethought. Needless to quote again the famous article written by Anderson and his followers concerning the impossibility for a mason to be an “atheist” or an “irreligious libertine”.  Not all dissenters were welcomed :  Anderson himself wrote a pamphlet condemning Anti-Trinitarians. His religious tolerance did not extend to those who refused to acknowledge the Holy Trinity and were therefore considered with great suspicion by the Church of England and the political authorities.  Few masons at the time acclaimed Newton, even though his most unorthodox writings were not yet known to the public. The Grand Lodges had their own Grand Chaplain, most of the time a member of the Church of England or Scotland. The only writing on freemasonry which can be considered as an offshoot of radical Enlightenment was produced by Thomas Paine, the friend of Nicolas de Bonneville, a French mason who supported the French revolution and condemned the influence of the Jesuits in freemasonry. In his De l’Origine de la franc-maçonnerie, Paine was telling the masons that they were wrong to claim allegiance to the Christian dogma,  that they should look back to the Druids and draw their inspiration from their symbolism rather than advocate the Bible. Yet Paine was probably never a mason…How could he have been one in England or America? Neither were the British masons typical of the radical Enlightenment from a political point of view. There were exceptions such as the Sheffield Masons who supported the Sheffield radicals,  the Journeymen Masons of Edinburgh who lent their premises to the Friends of the People (but were rebuked by the Grand Lodge of Scotland for doing so), some Irish Lodges which seem to have condoned the United Irishmen (but were likewise  severely criticized by the Grand Lodge of Ireland), masons who were friends of John Wilkes and joined the Society for the Bill of Rights.

Generally speaking however the lodges and Grand Lodges were eager to please the authorities. This can be seen both in the Masonic press and in the official declarations of the Grand Lodges; several articles were devoted to the French revolution, all pointing at the horror of Jacobinism. I have already studied at some length the articles published in the Sentimental and Masonic Magazine or in the Freemasons’ Magazine. From 1793 onwards the English, Scottish and Irish Grand Lodges made official declarations to support the government and, more or less implicitly to condemn the French revolution and the spirit of reform. No wonder the British freemasons were the only associations to be allowed to pursue their activities under the seditious Meetings Act. Provided they submitted the lists of members and did not create new lodges, their meetings were tolerated.

In 1800 the Grand Lodge of Moderns officially expressed its concern for the King after the murder attempt. The Grand Secretary apologized for the delay of the letter addressed to the Prince of Wales: the Freemasons, he explained, were discreet people who hated to interfere with politics. However they deemed it necessary to express their support of the monarchy under the circumstances.

It seems therefore difficult to consider British freemasonry as a strong component of radical Enlightenment. However it is perfectly representative of the English Enlightenment such as Roy Porter defined it or of the Scottish Enlightenment and the Moderates of the Church of Scotland.

 

3- Freemasonry is the daughter of the English/Scottish Enlightenment

 

Neither James Boswell, nor Sir William Forbes of Pitsligo, the Grand Master and friend of Johnson’s biographer, nor Dugald Stewart, nor at the end of the century Robert Burns  are considered as radicals. Yet those freemasons are fairly typical of the Scottish Enlightenment. None of them advocated radical political change, none of them was influenced by Spinoza’s pantheism or freethought or even deism. Yet they all advocated religious tolerance, bewaring of the rigidity of religious dogma and strongly believed in man’s potentiality to improve himself and discover the world. Roy Porter pointed at an important difference in the English and French approaches of the Enlightenment. When one speaks of the Enlightenment in France, Montesquieu, Rousseau, Voltaire ,  Diderot and a few big names immediately come to mind. The British summon  Locke and Hume, and sometimes even Hobbes,  but according to Porter  the English Enlightenment does not point at a few philosophers only but encompasses politics, science, and society at large. Rather than speaking of The Enlightenment, he preferred to call his major work “Enlightenment”, pointing at a general spirit rather than specific theories, preferring an empirical approach and studying the impact of Enlightenment in all walks of life.

Coordinating the biographical dictionary of 18th century freemasons has been very fruitful as so many entries point at the involvement of so many men in the major religious, cultural and political evolutions of their time. Several masons have been forgotten today yet they played their part quite convincingly and contributed to the Enlightenment, such as Porter defined it. They were not necessarily great philosophers or politicians but they were representative of the major evolutions of their time in politics, religion, access to education and science. In France, although lodges almost disappeared during the Revolution and masons gave up their Masonic activities, individuals went on playing a major role in the revolutionary institutions. In England freemasons endorsed the prevailing latitudinarian views on religion, supported the new balance of powers  and later condoned  colonial  expansion.  18th century freemasons embraced the values of the Enlightenment: sociability, religious tolerance, and thirst for knowledge.

English people were clubbable and the first lodges were essentially convivial places enabling men to meet and spend a pleasant evening together. Although the social mix was rare, and birds of a feather tended to flock together, the emerging middle-class also found the possibility to encounter aristocrats, at a time when the landed elite was becoming a little more open and to a certain extent encouraging the middle class to mimic the aristocrats. The emergence of the Grand Lodge of Antients in the 1750s allowed a significant number of Irish immigrants like Dermott to join the lodges along with local artisans and men of lower extraction than members of the Moderns.

John Locke vindicated the Glorious Revolution and paved the way for a more secular society, in so far as he made a distinction between the interest of the Church and the interest of the State and considered freedom of worship as a natural right.  After the Glorious Revolution, religious quarrels were avoided as much as possible and theological dispute lost its power of attraction. Most philosophers insisted on the beneficent effect of religion but were indifferent to religious dogma as such. Similarly English freemasons referred to the Creator or to a general guiding principle gradually making way for the term “Grand Architect of the Universe” which was vague enough to unite men of different religious persuasions. Most masons endorsed Shaftesbury’s or Goldsmith’s views, advocating  religious tolerance and being on the whole quite indifferent to theological issues. “Brother” Hogarth perfectly reflected the views of masons when he engraved his famous “Enthusiasm delineated” (1760) and “Credulity, superstition, fanaticism” (1762). There was no need for the British masons to be as anticlerical as their brother Voltaire as the Church of England itself endorsed the values of the Enlightenment; perhaps Hogarth was a little more conservative than the majority of masons as rejecting “enthusiasm” allowed him to make fun of dissenters and the Methodists in particular.

It is a well known fact among scholars of freemasonry that the early Grand Lodge and the Royal Society were closely connected. The friendship between Newton and Desaguliers largely accounts for the links between the two institutions. Newton had invited his friend Desaguliers to join the Royal Society while he was presiding it, in 1714. Desaguliers became Grand Master in 1719. Desaguliers was probably instrumental to the aura of freemasonry among members of the Royal Society. It seems that many members of the Royal Society started joining lodges, while a few masons were also admitted within the Royal Society. From 1719 to 1741 thirteen Grand Masters out of 22   belonged to the Royal Society, an enormous proportion which tends to prove that the Royal Society granted admission to members on honorific as much as scientific criteria at the time…The important fact however is that, even though they were not great scholars themselves, Grand Masters should have felt honoured to belong to the Royal Society and eager to promote scientific discovery : in that respect they contributed to “the marriage of science and Enlightenment”, to the “culture of science” so well described by Roy Porter.

Masons were also eager to take part in cultural life. They contributed to the prologues of many plays. Thus, actor Garrick befriended Boswell, the deputy Grand Master of Scotland, better known as Johnson’s biographer.  A great number of musicians were masons, as Andrew Pink has shown: Bach, Angel, Geminiani… They were all typical of the Enlightenment in so much as they allowed culture to extend to other sectors of the population than the traditional landed elite. Hogarth’s work is significant of a new approach of culture, more popular than aristocratic. He promoted an academy at  St Martin in the Fields’ which was meant to protect and encourage poor artists and to some extent counter the weight of aristocratic patronage.

Freemasons were involved in the press. Thus biographical entries of the dictionary will be devoted to Franklin, but also to John Dunlap, a publisher in Philadelphia and to Osmand, a much less famous publisher in Barbados who thanks to his association  with Dunlap launched a newspaper in Port of Spain. Several masons contributed to the development and freedom of the press.

With hindsight, the Enlightenment has been stigmatized for its contribution to colonization.  Indeed the thirst for knowledge and discovery combined harmoniously with economic and military interests.  It is pointless either to idealize or stigmatize the Enlightenment. It was a period full of contradictions but it represented a significant departure from what has been called the “Ancien regime” in England as well, a static society totally in the hands of the landed elite ruled by Church and King. Quite significantly masons were also eager to discover the world, and like their compatriots took part in colonization. They were extremely present in the American colonies among the first governors.   A great number of officers and governors who conquered the West Indies and India were also masons : to quote but a few among those who will be in the dictionary : general Ralph Abercromby who colonized Trinidad, Commissioner Fullerton, also in Trinidad and an abolitionist as well, General Wolfe, Governor Hastings in India… Military lodges often accompanied those men who seldom joined the local lodges who appeared in the wake of colonial expansion.

 

            Denying the novelty of 18th century freemasonry partakes of the same attitude which consists in denying the existence of a British Enlightenment , whether in the wake of historians such as JCD Clark who consider the long 18th century and prefer to speak in terms of continuity with the Ancien regime or whether in the wake of those who consider 18th century  Britons were aristocrats and racist colonialists  who did not promote any significant social change. Awarding grades to the Enlightenment seems equally ridiculous: thus Gertrude Himmelfarb prefers the English and American Enlightenment because religion was never really challenged and violent revolutions never urged contrary to what the nasty French Jacobins  did.  Although the Enlightenment promoted universal values such as religious tolerance and the end of despotism, yet the cultural specificities of each country remained. In that respect the French Enlightenment differed slightly from the English one or the Scottish one. French freemasonry likewise differed from English and Scottish masonry because the contexts were different.

Claiming that freemasonry was radical enough to bring about significant social and political changes is not valid either. At best it turns the masons into early revolutionaries, ingratiating  the wishful thinking of XIX  century well-meaning historians   such as Louis Amiable in France, at worst it allows the emergence of the ridiculous conspiracy theories put forward by Barruel and Robison.  Masonic lodges disappeared from revolutionary France, with a few exceptions, and masons remained active individually, either supporting the nobility, the clergy or the Third Estate.

In Britain Freemasonry was typical of the English and Scottish Enlightenment, with its strong points and foibles, no more, no less.

 

 

La Franc-maçonnerie: documents fondateurs. Cahier dirigé par Frédérick Tristan (Paris,  Éditions de l’Herne, 1992).

“ The testimony of Ashmole establishes beyond cavil that, in a certain year (1646) at the town of Warrington, there was in existence a lodge of freemasons, presided over by a warden and largely if not entirely composed of speculative or no operative members”, (Robert Freke Gould, History of Freemasonry, revised by Dudley Wright,  London, Caxton&Co, 1884-87, II, 10)

Daniel Ligou, ed., Anderson’s Constitutions (Paris, Lauzeray International, 1978)

Anderson’s Constitutions , Article I, “Concerning God and Religion ».

GertrudeHimmelfarb, The Roads to Modernity. The British, French and American Enlightenment (New York, Alfred A.Knopf, 2004).

Eric Hobsbawm, On History, 1997 quoted by Roy Porter in  Enlightenment ; Britain and the Creation of the Modern World (Londres: Allen Lane, The Penguin Press, 2000)

Margaret Jacob, The Radical Enlightenment : Pantheists, Freemasons and Republicans (London, G.Allen&Unwin, 1985) ; Jonathan Israel, Radical Enlightenment ; Philosophy and the making of Modernity 1650-1750 (NY and Oxford, OUP, 2001) 

 

Ronald Heaton Masonic Membership of the Signers of the Constitution of the United States,Washington DC : The Masonic Service Association, 1972, Masonic Membership of the Signers of the Articles of Association Washington DC, The Masonic Service Association, 1961, Masonic Membership of the Signers of the Articles of Confederation,Washington DC, The Masonic Service Association, 1962. Steven C.Bullock, Revolutionary Brotherhood, Freemasonry and the Transformation of the American Social Order, 1730-1840,  The University of North Carolina Press, 1996.

 

- Cécile Révauger, « Le deiste Paine et la franc-maçonnerie », postface de De l’Origine de la franc-maçonnerie, ouvrage posthume de Thomas Paine, Editions de l’Orient, Paris, 2007.

Andrew Prescott,  “Freemasonry and radicalism in Yorkshire, 1780-1830”, in  “Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques”, edited by Cécle Révauger in Lumières n°7 (Bordeaux, PUB, 2006)

Petri Mirala, Freemasonry in Ulster, 1733-1813 (Dublin, Four Courts Press, 2007)

Cécile Révauger, « La franc-maçonnerie en Grande-Bretagne et dans l’Amérique révolutionnaire, 1717-1813. » (Thèse de Doctorat d’Etat soutenue à l’Université de Bordeaux III le 26 juin 1987) and Le Fait Maçonnique au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (Paris : EDIMAF, 1990)

Letter to the Prince of Wales, signed by William White, Grand Secretary of the Grand Lodge of Moderns, 3 June 1800, in Proceedings of the Grand Lodge of England (Moderns) 1770-1813 : “ The Law, by permitting , under certain regulations, the meetings of Freemasons, has defined the existence of the Society; binding, at the same time, the members of it, by a new obligation of gratitude for the confidence extended towards them to labour, as far as their feeble powers may apply, in inculcating loyalty to the King and reverence to the inestimable fabric of the British Constitution… As a veil of secrecy conceals the transactions of our meetings, our Fellow Subjects have no assurance that there may not be an association or tendency injurious to their interests, other than the general tenor of our conduct, and the notoriety that the door of Freemasonry is not closed against any class, profession, or Sect, provided the Individual desiring admission be unstained in moral character. To remove, therefore, as far as possible, any ground for suspicion, it has been from time immemorial, a fundamental rule, most rigidly maintained, that no political topic shall, on any pretence, be mentioned in a Lodge. The singular Juncture to which we have alluded seemed to call for some positive Declaration which might distinctly exhibit our Opinions; we thence ventured to protest to Your Majesty the Loyalty with which the Freemasons of England glowed towards your Royal Person, and their unalterable attachment to the present happy Form of Government in this Country. But, as no foresight could devise a Motive of equal Importance with that which then actuated us, the recent Occurrence being of a Nature too horrid to be in Supposition as a Possibility, it was strongly declared that  no Precedent should be drawn from that step; and that on no future occasion should the Grand Lodge exercise an Advertence to Events which might entail upon Freemasonry the charge of assuming the privilege to deliberate as a Body upon public affairs. Hence, Sire, our present address has not been so early as our individual anxiety would have dictated; for it was requisite that a general concurrence should sanction the Grand Lodge, in a second relaxation of its rules, before we could jointly express that which we severally felt in the most ardent Manner on the solemn Subject.”

Roy Porter,   Enlightenment ; Britain and the Creation of the Modern World (Londres: Allen Lane, The Penguin Press, 2000)

 

Idem.

Cécile Révauger and Charles Porset are currently editing “Le Monde maçonnique au XVIIIe siècle”, a biographical dictionary to be published by Éditions Champion. This involves about a hundred scholars of freemasonry.

Joseph R.Clarke, « The Royal Society and early Grand Lodge Freemasonry », Ars Quatuor Coronatorum 80 (1967) : 110-119.

Roy Porter , Enlightenment, London, Penguin Books, 2000, p.132.

Andrew Pink ‘s entries for the biographical dictionary to be published by editions Champion, directed  by Charles Porset and  Cécile Révauger.

Louis Amiable tried to describe freemasonry as revolutionary ; his work has been reassessed by Charles Porset : Louis Amiable, Une Loge maçonnique d’avant 1789, La Loge des Neuf Soeurs. Augmenté d’un commentaire et de notes critiques de Charles Porset (Paris, EDIMAF, 1989)

Barruel and Robison launched the conspiracy theory. Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme ( Hambourg : Fauché, 1797-1798. Rpt edition of 1818,  Vouillé Editions de Chiré, Diffusion de la Pensée Française, 1973) ; John Robison, Proofs of a Conspiracy, Londres & Edimbourg, 1797.

 

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 08:35
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27 mars 2007 2 27 /03 /mars /2007 11:10

Nouveauté 2007

 

De l’Origine de la Franc-Maçonnerie

Thomas Paine

traduction de Nicolas de Bonneville

Dossier historique de Cécile Révauger :

“ Le déiste Paine et la Franc-Maçonnerie

 

« Les Francs-Maçons ont un secret qu’ils cachent soigneusement ; on a toujours été d’accord là-dessus. » Ainsi débute l’étonnant livre de Thomas Paine, l’un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique, grand révolutionnaire.

 

Dans une langue claire et vigoureuse, il poursuit sa divulgation : ce secret, c’est celui de leur origine, que bien souvent les maçons ignorent eux-mêmes. Et cette origine ne doit pas être recherchée dans la Bible ou dans les Évangiles, mais dans la religion des anciens druides, dans l’ancien culte du Soleil. Ainsi la maçonnerie serait-elle le conservatoire de la religion des druides qui s’y mirent à couvert des persécutions de l’Église chrétienne triomphante…

 

Les éditions A l'Orient publie aujourd'hui le texte original et sa traduction faite par Nicolas de Bonneville, accompagné d'un dossier historique écrit par l'historienne dix-huitièmiste, Cécile Révauger qui permet de replacer l'ouvrage dans son époque.

 

Cet ouvrage est le troisième titre de la nouvelle collection Trait d’Union des éditions A l’Orient. Cette collection publie des textes courts, rares ou inédits et pourtant essentiels. Un soin tout particulier est apporté leur forme en les enrichissant d’illustrations de qualités et/ou de dossiers permettant de replacer les textes dans leur contexte et un format 10x15 en adéquation avec cette famille de pensée qui souvent produit des textes courts.

 

 

L’auteur :

Thomas Paine (1737 - 1809)

Né en Angleterre, il fut l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique et député de la Convention en France.

Il est l’auteur de Common Sense (1775) et de Rights of Man (1791-92)

 

 

Informations Pratiques :

Collection : Trait d'Union

Série : Archives

ISBN : 978-2-912591-41-8

Format : 100x150 mm

96 pages

Prix : 6 €

 

Diffusion/distribution en librairies :

DG DIFFUSION

Vente en ligne : www.alorient.com

 

 

Contact :

Editions A l’Orient

Valentine Drouet

mail : valentine@gaelyvan.com

tél. +33 (0)2.38.52.02.54

fax : +33 (0)2.38.62.07.69

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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 08:57



  FRANC-MACONNERIE ET RELIGIONS DANS L'EUROPE DES LUMIERES
  

La condamnation de la maçonnerie par Rome en 1738, puis en 1754, surplombe l'histoire de l'Ordre au XVIIIe siècle ; or, moins paradoxalement qu'il n'y paraît, celle-ci fut pratiquement sans effet dans la plupart des pays européens, sauf là où l'Inquisition régnait en maître. Le présent recueil offre pour la première fois un état des lieux des rapports entre Franc maçonnerie et reli gions, pays par pays ; il permet de comprendre que ce que redoutait l'Église catholique était moins le caractère secret d'une association à laquelle appartenaient d'ailleurs de nombreux réguliers ou séculiers, que sa référence à une religion naturelle, libérée des dogmes et, finalement, assez proche de l'idéologie protestante.              

Disponible: OUI
Prix EUR TTC: 8.00



 

CHAMPION CLASSIQUES LIEU D'EDITION: PARIS PARUTION: 19.10.06

COLLECTION: ESSAIS FORMAT: 12,5X19

224 pages   Broché 1 volume(s)

N° SERIE: ISBN: EAN:
0005 2745314734 9782745314734

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 08:33

 

Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques. Lumières, n°7. Presses Universitaires de Bordeaux, 2006, 279p, 12 illustrations, summaries in French and English.

 

 

This special issue of Lumières focuses on the role of freemasonry in the major social and political changes promoted by the Enlightenment. Although masonic lodges and Grand Lodges were generally not directly involved in radical activities and revolutions, they nevertheless provided an opportunity for their members, away from prying eyes, to exchange ideas and sometimes take an active part in political developments. Many of those who joined masonic lodges reflected Enlightenment values in their advocacy of religious tolerance and social improvement. The articles in this number of Lumières survey many of the leading personalities and masonic lodges the eighteenth century, covering England, France, Belgium and the Netherlands, Italy, Sweden, Bavaria, Russia, North America and the Caribbean. The essays form in effect a tour of the late Enlightenment masonic world, taking us from the radical town of Sheffield in northern to Franklin’s and Toussaint Louverture’s . The conspiracy theories concerning the role of freemasonry in the French Revolution are reassessed.  It is well-known that, despite their tolerance, freemasons took a lively interest in religion. It is contended here that they also cared about politics.

 

This special issue of Lumières, no. 7, is based on papers delivered at an international conference at the Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, in November 2005, and is a joint enterprise, published under the aegis of CIBEL (Centre Interuniversitaire Bordelais d’Etudes des Lumières), CELFF (Centre d’Etude de la Langue et de la Literature Française des XVIIe et XVIIIe siècles, CNRS Paris) and the Centre for Research into Freemasonry (University of Sheffield).

 

 

 

Editor: Cécile Révauger

Avant-propos, Cécile REVAUGER

1-Franc-maçonnerie, Lumières et révolutions.

 -Franc-maçonnerie, Lumières et Révolutions. De la Révolution d’Amérique à la Révolution française.  Cécile REVAUGER

 - Le binôme franc-maçonnerie-révolution à l’époque des Lumières entre l’histoire et la mythification.  José Ferrer BENIMELI

- Benjamin Franklin, pionnier de la franc-maçonnerie transatlantique. Christian LERAT 

-Like moths to a flame : British radicals and the American revolution.Susan SOMERS

-Le parcours initiatique d’Armand Gaborria au temps de la Révolution ou la réciprocité des influences.  Eric SAUNIER

-Franc-Maçonnerie entre idéaux et régénération sociale et culturelle.  Elisabeth LIRIS

- Jacobites et francs-maçons à Toulouse : autour de la famille de Barnewall.  Georges LAMOINE

2-Franc-maçonnerie, mouvements sociaux et réformes.

- Freemasonry and radicalism in Yorkshire, 1780-1830 . Andrew PRESCOTT

- William Hutchinson(1732-1814): a hitherto unknown 18th century English radical Masonic dramatist. Trevor STEWART

- La franc-maçonnerie et la légitimation des réformes en Italie au XVIIIe siècle. Sandro LANDI

-Aspects de la sensibilité libérale dans les loges belges pendant les premières décennies du XIXe siècle.  Jeffrey TYSSENS

- Swedish freemasonry and its transnational connections during the Age of Enlightenment. Andreas ONNERFORS

- Endorsement and Condemnation of Political Radicalism and reform in 18th century Russian freemasonry : the state of debate and its implications.  Yuri STOYANOV

3-Les thèses du complot.

- «Fauteurs de la Révolution  : Illuminés , Jacobins et Kantiens vus par l’Abbé Augustin Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme.  Alain RUIZ 

- Les Illuminés de Bavière : suite et fin ?  Jean MONDOT

- A propos du « complot judéo-maçonnique », « Le Nouveau Judaïsme ,  Jacques LEMAIRE

- Autour de la thèse du complot : franc-maçonnerie, révolution  et contre-révolution à St Domingue, 1789-1791 , Jacques DE CAUNA

- Franc-maçonnerie et Révolution : un dossier revisité.  Charles PORSET

Conclusions,  Charles PORSET

La prosopographie historique : une nouvelle voie pour l’étude de la franc-maçonnerie. Eric SAUNIER

 

 

Orders should be sent to :

 

 

Presses Universitaires de Bordeaux 3

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

Domaine Universitaire

33607 Pessac Cedex

France

 

Cost : 22E + 4,30E  (postal cost) Cheques / or international orders should be addressed to  “M. L’Agent Comptable de l’Université de Bordeaux 3”

 

 

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 08:28

Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques. Lumières, n°7

 

Les Lumières ont permis l’éclosion  d’une société nouvelle, en modifiant profondément les rapports sociaux et les structures politiques. Si les loges et Grandes Loges se sont rarement impliquées de façon institutionnelle dans les révolutions,  elles ont cependant offert à leurs membres un cadre privilégié, une structure à l’abri des regards des curieux, propice à l’échange d’idées et  à la prise de parole, les incitant ainsi à prendre une part active à la vie de la Cité. Justement parce qu’elles apparurent  dans le sillage des Lumières, les loges attirèrent des hommes épris de progrès social et de tolérance religieuse. Pour traiter de l’engagement politique de la franc-maçonnerie à l’époque des Lumières, il fallait à la fois tenter  une vision panoramique et braquer la caméra sur  quelques personnalités marquantes,  ainsi que sur certaines loges en particulier. Le lecteur est invité à parcourir le Monde Maçonnique, en passant par  l’Angleterre,  la France,  l’Italie,  la Belgique,  la Suède, la Bavière, la Russie pour gagner les rives américaines du temps de Franklin et rejoindre le Saint Domingue de Toussaint Louverture.  Les thèses du complot, souvent évoquées, sont ici revisitées. Ni religion,  ni politique ?  On savait que la religion n’avait jamais laissé les francs-maçons indifférents, on soupçonnait qu’il en allait de même en politique. Nous en avons désormais la preuve.

 

Ce numéro est publié sous l’égide du CIBEL(Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etude des Lumières),  de l’Université de Bordeaux III, du Conseil Régional d’Aquitaine, du CELFF  (Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles,  UMR 8599 CNRS)  et du  Centre for Research into Freemasonry,  Université de Sheffield.

379 pages,  12 illustrations,  résumés en anglais et en français de tous les articles .

 

Direction du numéro: Cécile Révauger

 

Sommaire :

Avant-propos, Cécile REVAUGER

1-Franc-maçonnerie, Lumières et révolutions.

 -Franc-maçonnerie, Lumières et Révolutions. De la Révolution d’Amérique à la Révolution française.  Cécile REVAUGER

 - Le binôme franc-maçonnerie-révolution à l’époque des Lumières entre l’histoire et la mythification.  José Ferrer BENIMELI

- Benjamin Franklin, pionnier de la franc-maçonnerie transatlantique. Christian LERAT 

-Like moths to a flame : British radicals and the American revolution.Susan SOMERS

-Le parcours initiatique d’Armand Gaborria au temps de la Révolution ou la réciprocité des influences.  Eric SAUNIER

-Franc-Maçonnerie entre idéaux et régénération sociale et culturelle.  Elisabeth LIRIS

- Jacobites et francs-maçons à Toulouse : autour de la famille de Barnewall.  Georges LAMOINE

2-Franc-maçonnerie, mouvements sociaux et réformes.

- Freemasonry and radicalism in Yorkshire, 1780-1830 . Andrew PRESCOTT

- William Hutchinson(1732-1814): a hitherto unknown 18th century English radical Masonic dramatist. Trevor STEWART

- La franc-maçonnerie et la légitimation des réformes en Italie au XVIIIe siècle. Sandro LANDI

-Aspects de la sensibilité libérale dans les loges belges pendant les premières décennies du XIXe siècle.  Jeffrey TYSSENS

- Swedish freemasonry and its transnational connections during the Age of Enlightenment. Andreas ONNERFORS

- Endorsement and Condemnation of Political Radicalism and reform in 18th century Russian freemasonry : the state of debate and its implications.  Yuri STOYANOV

3-Les thèses du complot.

- «Fauteurs de la Révolution  : Illuminés , Jacobins et Kantiens vus par l’Abbé Augustin Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme.  Alain RUIZ 

- Les Illuminés de Bavière : suite et fin ?  Jean MONDOT

- A propos du « complot judéo-maçonnique », « Le Nouveau Judaïsme ,  Jacques LEMAIRE

- Autour de la thèse du complot : franc-maçonnerie, révolution  et contre-révolution à St Domingue, 1789-1791 , Jacques DE CAUNA

- Franc-maçonnerie et Révolution : un dossier revisité.  Charles PORSET

Conclusions,  Charles PORSET

La prosopographie historique : une nouvelle voie pour l’étude de la franc-maçonnerie. Eric SAUNIER

Résumés des articles en français et en anglais.

Présentation des auteurs.

Forum, par Jean Mondot.

RECENSIONS

Par Jean-François Baillon, Tristan Coignard, Cécile Révauger.

 

Commandes à adresser à:

 

 

Presses Universitaires de Bordeaux 3

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

Domaine Universitaire

33607 Pessac Cedex

France

 

Coût: 22E + 4,30E  (frais postaux) .Chèques a libeller à l’ ordre de  “M. L’Agent Comptable de l’Université de Bordeaux 3”

 

 

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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 16:59

Liste des travaux et publications de M.Cécile REVAUGER

 

Travaux :

 

Thèse de IIIe cycle : « La tyrannie du désir dans le conte oriental du XVIIIe siècle ». Soutenue à l’Université de Bordeaux le 20 mars 1982. Sous la direction de M.Régis Ritz, mention TB.

 

Thèse de Doctorat d’Etat : « La franc-maçonnerie en Grande-Bretagne et dans l’Amérique révolutionnaire, 1717-1813. » Soutenue à l’Université de Bordeaux III le 26 juin 1987. Sous la direction de M. Régis Ritz. Mention TH à l’unanimité.

 

 

Communications (les communications qui ont été publiées figurent sous la rubrique « articles »):

 

1-« Les échos de la Révolution française dans la franc-maçonnerie britannique. » Colloque international  Franc-maçonnerie et Lumières au seuil de la Révolution française , Paris, 1989, CNRS et IDERM (Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques).

 

2- « 1688 et 1789 dans les Reflections on the Revolution in France d’Edmund Burke ». Colloque Révolutions et Contre-révolutions en Angleterre et aux USA . Aspects de la théorisation. CREA, juin 1989, Université de Grenoble III.

 

3-« Franc-maçonnerie et anti-maçonnisme pendant la Révolution française ». Colloque international organisé par la Société Portugaise d’Etudes du XVIIIe siècle à Lisbonne : La franc-maçonnerie et les mouvements d’opinion, novembre 1993.

 

4-« Le sublime et le beau dans l’œuvre d’Edmund Burke : de l’esthétique au politique ». Communication présentée lors du colloque Le Sublime et ses avatars, XVIIIe-XXe siècles, mars 1998, Université de Provence.

 

5-« Sensibilisation aux courants historiographiques : le débat des historiens à propos du XVIIe siècle », communication présentée lors de la journée du CRECIB organisée par Jacques Carré, Paris IV Sorbonne, novembre 1997 : L’Histoire dans les Etudes Britanniques.

 

6-« The rift between Antients and Moderns in 18th century freemasonry, » communication présentée au colloque organisé par le Canonbury Masonic Research Centre à Londres, novembre 1999 : The Historiography and Methodology of Freemasonry.

 

7-“Les Anglaises exclues du travail maçonnique”, communication présentée lors du colloque que j’ai co-organisé avec Jacques Carré et Isabelle Baudino à Paris IV Sorbonne, mars 2000 : Les femmes et le travail au XVIIIe siècle.

 

8- « Etats-Unis et Caraïbes : la franc-maçonnerie en questions. » Communication présentée au CELCAA (Centre d’Etudes des langues et Cultures de l’Amérique Anglophone) à l’Université des Antilles et de la Guyane, février 2001.

 

9- « Masonic universalism and national boundaries. The case of the French revolution.” Communication présentée au colloque organise par le Department of Politics de l’Université d’Oxford, juin 2003: The Invasion of Britain: 1793-1815. A conference, exhibition and concert exploring French plans to invade and the British response.

 

 

10- « Freemasonry and religion in 18th century ”. Communication présentée au colloque international organisé par le Canonbury Research Centre , à Londres, les 6 et 7 novembre 2004: “Freemasonry and Religion, 6th International Conference.”

 

11- « Prince Hall Freemasonry in  : from  work ethic to civil rights”. Communication présentée au colloque international organisé par le Centre for Research into Freemasonry, le Friendly Societies Research Group et le Centre for Gender Studies in Europe, à l’Université de Sheffield, les 18-20 novembre 2004: “Freemasonry and radical movements, 1700-2000.”

 

Articles:

 

1-“L’unique et le multiple dans le Vathek de William Beckford. Folie du mimétisme. » Colloque de la Société d’Etudes Anglo-Américaine des XVIIe et XVIIIe siècles, octobre 1982. Publié dans les Actes du colloque de 1982 (Centre Aixois de Recherches Anglaises, 1984) p.71-80.

 

2-« Robert Burns, franc-maçon écossais. Suivi de traductions », in La Nouvelle Tour de Feu

( Paris, printemps 1983, n°7) p.22-37.

 

3-« La franc-maçonnerie dans la Révolution américaine : rites et idéologie », in Essai sur L’Idéologie, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère (CRTF et CREA, Publications de l’Université de Grenoble III, 1985, N°1), p.213-242.

 

4-« Le franc-maçon citoyen du monde : genèse de la Révolution américaine », in Franc-maçonnerie et Lumières au seuil de la Révolution française , (publication du CNRS et de l’IDERM , Institut d’Etudes et de Recherches maçonniques, Paris, EDIMAF, 1985) p.131-141.

 

5-« Franc-maçonnerie et orientalisme en Grande-Bretagne », in Dix-Huitième Siècle (1987, N°19), p.21-32.

 

6-« D’Edmund Burke à l’Abbé Barruel : révolution et contre-révolution », in Franco-British Studies, numéro spécial pour le Bicentenaire de la Révolution française (Institut Britannique de Paris, 1988, n°6) p.71-86

 

7-« Le mythe écossais en franc-maçonnerie, de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis », in Idéologies dans le Monde Anglo-Saxon, ouvrage collectif  présenté par André Muraire (CREA, Publications de Grenoble III, 1990, N°1) p.43-59.

 

8-« De la Révolution américaine à la Révolution française : le franc-maçon dans la Cité ». Colloque de l’AFEA à Chantilly, atelier de Claude Fohlen. Publié in L’Amérique et la France : Deux Révolutions, textes réunis par Elise Marienstras (paris : Publications de la Sorbonne, 1990) p.17-30.

 

9-« Le cheminement politique d’Edmund Burke : ombres et lumières », in Enlightenment, revue dirigée par Pierre Morère et Cécile Révauger (Grenoble, Publications de Grenoble III, 1991, N°1), p.43-59.

 

10- « Historicité et symbolisme dans le Talisman de Water Scott », in Ecosse, Littérature et Civilisation, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère ((Grenoble, Publications de Grenoble III, 1991, N°11), p.21-34.

 

11- « Les Ages de la Vie, pour le franc-maçon britannique du XVIIIe siècle ». Colloque international « Les Ages de la Vie », organisé par le Centre d’Etudes Anglaises du XVIIIe siècle (P.G.Boucé et S.Halimi), Paris, décembre 1990. Publié in Les Ages de la Vie en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, sous la direction de Serge Soupel (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1995) p.77-88.

 

12- « 18th century Scottish Freemasons : builders of the British Nation ? » Congrès International d’Etudes Ecossaises Grenoble, mars 1991. Publié in Etudes Ecossaises (GRD Etudes Ecossaises, n°1, 1992) p.11-122.

 

13-« James Mackintosh et la Révolution française », SAES 1991, atelier Etudes Ecossaises. Publié in Ecosse, Littérature et Civilisation, ouvrage collectif présenté par Pierre Morère (Grenoble, Publications de Grenoble III, 1992, N°12), p.41-52.

 

14-« Edmund Burke : la pauvreté n’est pas une affaire d’Etat.. », in Les Cahiers de l’Observatoire (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1991, n°4), p.43-57.

 

15-« Old Hats and Revisionists, the Scylla and Charybdis of 18th century modern historiography ». Conference on the Methodology of Civilization Studies, organisé par L’Observatoire de la Société Britannique, 1992, Université Stendhal-GrenobleIII. In  Les Cahiers de l’Observatoire (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1993,n°6) p.113-126.

 

16-« Natural law, natural rights and Rights of Man ». Colloque international organisé par Pierre Morère et Cécile Révauger, Nature and Nurture in 18th century Britain, à l’Université Stendhal Grenoble III, mars 1992. Publié dans Enlightenment, n°2 (Grenoble : Publications de Grenoble III, 1992), p.113-126

 

17-« Le franc-maçon britannique au XVIIIe siècle : John Bull ou citoyen du monde ? », in Goldoni et l’Europe, ouvrage collectif sous la direction de Gérard Luciani, in Filigrana, numéro spécial, 1995 (Hurbi, Humanisme, Renaissance et Baroque Italien. Publication de Grenoble III) p.27-35

 

18- « Les élites foncières ou « l’aristocratie naturelle », selon Edmund Burke, in Q.WE.R.T.Y, textes réunis par Bertrand Rougé (Publications de l’Université de Pau, octobre 1994) p-357-362.

 

19-« Ecosse et franc-maçonnerie ». Chapitre rédigé en collaboration avec David Stevenson (Université de St Andrew’s, Ecosse) pour l’ouvrage collectif dirigé par Pierre Morère : Ecosse et Lumières. Le XVIIIe siècle autrement (Presses Universitaires de Grenoble, ELLUG, 1997) p.229-242.

 

20- « Entre utopie et réalité : la culture populaire de Thomas Spence. » Colloque  « Culture populaire et culture aristocratique », Sorbonne, 1997. In XVII-XVIII, Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles,( N°46, juin 1998) p.135-144.

 

21-« La Journeymen Lodge d’Edimbourg : la « mentalité opérative », in Studia Latomorum&Historica, Mélanges Offerts à Daniel Ligou, colligés par Charles Porset (Paris : Honoré Champion, 1998)p.387-411.

 

22-« William Hogarth et la franc-maçonnerie. Jeux de Lumière », in Vie, formes et Lumière(s) ; Hommage à Paul Denizot, ouvrage collectif dirigé par Guyonne Leduc, in XVII-XVIII, Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles,

(numéro spécial, sept. 1999) p.277-292.

 

23- Rédaction de plusieurs articles de l’Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie , sous la direction d’Eric Saunier (Paris, Hachette, 2000)..

 

24-“De la franc-maçonnerie opérative à la franc-maçonnerie spéculative: ruptures, continuité, évolutions en Angleterre et en Ecosse”, in Bulletin de la Société d’Etudes Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, n°52, juin 2001, p.21-34.

 

25-“Jonathan Swift, un Tory iconoclaste”, in Gulliver’s Travels, Jonathan Swift, ouvrage dirigé par Pierre Morère (Paris: Ellipses, 2001) p.145-154.

 

26-“Le patrimoine culturel de la franc-maçonnerie noire: tradition orale et tradition écrite”, in Portulan, Questions d’Identité aux Caraïbes, n°V, Vents d’Ailleurs, 2002, p.121-134.

 

27-« Franc-maçonnerie et référentiels conceptuels en France et dans le monde anglo-saxon: approche comparée », in Franc-Maçonnerie et Histoire, Bilan et perspectives. Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2003, p.363-378.

 

28-“Edmund Burke et la franc-maçonnerie”, in Moreralia, Mélanges offerts à Pierre Morère, juin 2004, Presses Universitaires de Grenoble III, p.9-26.

 

29-« Le deiste Paine et la franc-maçonnerie », postface de De l’Origine de la franc-maçonnerie, ouvrage posthume de Thomas Paine, à paraître aux Editions de l’Orient, Paris, 1er semestre 2005.

 

30- « Le Conte Oriental à l’épreuve des Lumières », in Fééries, n°2, février 2005, revue publiée par l’UMR Lire n°5611, Université de Grenoble III.

 

Ouvrages individuels :

 

1-Le Fait Maçonnique au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (Paris : EDIMAF, 1990) 229p.

 

2- La Querelle des Anciens et des Modernes : le premier siècle de la maçonnerie anglaise (Paris : EDIMAF, 1999) 126p.

 

3- Noirs et francs-maçons aux Etats-Unis (Paris : EDIMAF, 2003) 352p.

 

 

Ouvrages collectifs:

1- En collaboration avec Charles Porset : Franc-maçonnerie et religions dans l’Europe des Lumières (Paris : Honoré Champion, 1998) 216p.

 

2- En collaboration avec Paul Denizot : Pauvreté et assistance en Grande-Bretagne, 1688-1834 (Aix en Provence, P.U.P., 1999) 285p.

 

3- En collaboration avec Andrée Shepherd et Jean-Paul Révauger : Le Mémoire de civilisation britannique en maîtrise et en DEA (Bordeaux, P.U.B., 2000) 70p.

 

4-En collaboration avec Jacques Carré et Isabelle Baudino : The Invisible Woman : Aspects of Women’s Work in 18th century Britain.(Londres, Ashgate, 2005)

 

 

 

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31 décembre 2005 6 31 /12 /décembre /2005 18:40

Les francs-maçons de Prince Hall

 des acteurs du champ social

Cécile Révauger,

Université Michel Montaigne (Bordeaux III)

 

Je voudrais ici m'attacher aux obédiences spécifiquement noires, dites Grandes Loges de Prince Hall, qui prirent leur essor aux Etats Unis à la fin du XVIIIe siècle. Ceci ne signifie pas que ces obédiences soient exclusivement réservées aux frères noirs, mais qu'elles se sont créées dans un contexte de ségrégation raciale et qu'elles continuent à revendiquer leur identité afro-américaine de nos jours encore. La première loge de Prince Hall à la Caraïbe fut créée à la Barbade en 1965. Aujourd’hui il existe des loges de Prince Hall au Guyana, à Ste Lucie, à Antigue, à St Martin, et en Martinique, la loge Fraternité des Caraïbes, toutes regroupées au sein de la Grande Loge de Prince Hall des Caraïbes , créée en 1993, et qui regroupe environ 350 maçons.

A titre purement indicatif, les francs-maçons de Prince Hall (américains et antillais) seraient environ 300 000 aujourd’hui, ceux des Grandes Loges blanches environ deux millions et demi, contre quatre millions dans les années quatre-vingt. La franc-maçonnerie noire américaine a subi la même baisse d'effectifs que les autres Grands Loges américaines. Cependant la franc-maçonnerie joue encore un rôle important dans la communauté noire américaine, et en particulier dans les classes moyennes.

Ce n'est pas à un historique des Grandes Loges de Prince Hall qu’il convient de se livrer ici car ce serait beaucoup trop long et peut être aussi un peu fastidieux. Beaucoup d'encre a déjà coulé,    de nombreuses polémiques ont déjà eu cours au sujet des origines précises de Prince Hall, le père fondateur, en particulier à propos de sa date et de son lieu de naissance ainsi qu'à propos de la parfaite régularité ou non de la première loge, African Lodge , qui  a vu le jour vers 1775 à Boston. Encore faudrait il s'entendre sur le concept de régularité, qui semble bien subjectif et qui en nous semble pas essentiel.  De fait, une charte a bien été accordée à l'African Lodge par la Grande Loge d'Angleterre en 1787[1] . Depuis ce jour les loges n'ont cessé de se développer, et les francs-maçons qui en ont font partie ont joué un rôle actif dans la société de leur époque. C'est bien cet aspect qui sera étudié dans le cadre de la présente  étude, car les francs-maçons de Prince Hall sont bien des acteurs du champ social.

Le symbolisme et la pratique du rituel constituent certes une part importante des travaux des maçons, mais ce n'est pas ce volet qui sera étudié ici, car les maçons de Prince Hall en particulier ne se sont jamais contentés d'un cheminement intérieur mais ont toujours joué un rôle dans la société, bien que de façon discrète.

Ce n'est pas uniquement en termes de charité, mais également de solidarité qu’il convient de raisonner, ce n'est pas non plus exclusivement en termes d'aide financière, mais également en termes de conceptions morales et philosophiques. C'est pourquoi l'implication des Grandes Loges de Prince Hall dans le champ social sera examinée dans trois domaines,  la santé,  l'éducation et  le travail. Naturellement toutes les aires géographiques ne pourront être couvertes.  Seront privilégiés les  Etats-Unis et, dans une plus faible mesure,  la Barbade.

1- Action menée dans le secteur de la santé.

A une époque où aucune couverture médicale n'existait, pas plus aux Etats Unis qu'en Europe, toute entraide dans le domaine de la santé s'avérait précieuse. On sait qu'en Ecosse au XVIIIe siècle, plusieurs loges de maçons opératifs s'étaient dotées d'une structure spéciale, les.friendlv societies, ou sociétés d'entraide mutuelle, chargées d'apporter une aide aux frères en cas de maladie ou de perte subite d'emploi, et à leurs veuves en cas de décès. Les francs-maçons de Prince Hall ont adopté une démarche semblable au XIXe siècle, soit en venant directement en aide à leurs membres grâce au tronc de bienfaisance de leur loge, soit en encourageant des sociétés d'entraide mutuelle, qui n'avaient pas un caractère strictement maçonnique mais qui regroupaient de nombreux frères, tels que les Oddfellows, une structure mixte qui comptait à la fois des Blancs et des Noirs. Certaines loges, telles que la Celestial Lodge n° °3 de New York active de 1826 à 1951, s'étaient dotées de structures spécifiques, véritables sociétés de type mutualiste pour leurs membres.

L'action des loges de Prince Hall n'est pas exclusivement tournée vers les membres de l'obédience. Ainsi en 1793 on trouve un exemple précis de solidarité étendue à l'ensemble de la population. En Pennsylvanie, le Grand Maître Absalom Jones et quelques uns de ses frères, des Noirs libres, s'occupèrent des patients atteints de fièvre jaune lors de l'épidémie qui frappa leur région et plusieurs loges noires firent de même.[2]

Les maçons de Prince Hall ont toujours fait preuve de générosité à l'égard de populations sinistrées. Ainsi en 1923 les archives de la Celestial Lodge n °3        de New York mentionnent un don de $10, somme qui à l'époque était significative, aux habitants du Japon à la suite d'un tremblement de terre. Plus récemment, à la Barbade, en 1996, le Grand Maître de la Grande loge de Prince Hall  présenta un chèque de $3000 au ministre de l'agriculture pour venir en aide aux victimes des inondations de Weston.[3]

Dans les Etats où les loges ont été suffisamment nombreuses, les maçons ont créé leurs propres institutions de santé. C'est surtout vrai des loges blanches, généralement plus riches financièrement. C'est également vrai à notre époque de la Grande Loge Prince Hall de New York qui a fondé sa propre maison de retraite à coté de son Temple, au coeur de Harlem.

Le plus souvent cependant les loges apportent leur soutien à des organismes de santé existants, faisant ainsi bénéficier de leur aide l'ensemble de la population, et non les seuls francs-maçons ou leurs proches. Les quatre loges actuelles de la Barbade prennent régulièrement en charge des enfants d'un orphelinat et d'un centre pour handicapés, en organisant des sorties, des goûters de Noël, des remises de cadeaux et autres activités. De plus la Grande Loge de la Caraïbe effectue régulièrement des dons à l'intention des deux hôpitaux de la Barbade, et des orphelinats. Enfin elle s'occupe même de prévention puisqu'elle organise une fois par an une Health Fair, exposition gratuite ouverte au public barbadien, où sont invités tous les professionnels de la santé, des organismes tels que la Croix Rouge et des conférenciers, et où des stands informent le public de la prévention en matière de santé, des questions de diététique ...etc. L'exposition la plus récente a été organisée en 1999. Dans le secteur de la santé on peut donc affirmer que charité bien ordonnée commence par soi-même certes, mais que les francs-maçons de Prince Hall sortent très facilement des enceintes de leurs loges.

2- L'éducation, au coeur des préoccupations des maçons de Prince Hall.

L'éducation a toujours été au coeur des préoccupations des maçons de Prince Hall. Elle est centrale dans les textes que l'on peut considérer comme fondateurs, les deux discours de Prince Hall de 1792 et de 1797, prononcés en tant que vénérable à l'intention de ses frères d'African Lodge. Le maçon a pour devoir de s'éduquer et d'éduquer les autres. Prince Hall part d'un constat : au Massachusetts et dans les autres Etats les Noirs n'ont pas eu accès à l'éducation. Cependant il recommande aux maçons de sa loge de résister, et ce dans un premier temps à travers la réflexion :

Although you are deprived of the means of éducation, yet you are not deprived of the means of meditation...

Bien que vous soyez privés de l'accès à l'éducation, vous n'êtes pas privés de l'accès à la meditation...[4]

Les maçons ont le devoir d'assurer à leurs enfants l'éducation qu'ils n'ont pas eue personnellement et d'encourager la création d'écoles pour les Noirs. Il cite l'exemple de Philadelphie où une école spécifique a vu le jour:

But in the mean time, let us lay by our recreations, and all superfluities, so that we may have that to educate our rising generation, which was spent in those follies. Make you this beginning , and who knows but God may raise up some friend or body of friends, as he did in Philadelphia, to open a school for the blacks here, as that friendly city has done there....

En attendant, sachons renoncer à tous nos divertissements, à tout ce qui est superflu, afin que nous ayons le loisir d'éduquer la génération montante, au lieu de gaspiller notre temps et le sien. Prenez cette initiative et qui sait si Dieu ne trouvera pas un ami ou un groupe d'amis, comme il l'a fait à Philadelphie, pour ouvrir une école pour les Noirs, comme cette ville sympathique a su le faire ...[5]

Prince Hall ne se contenta pas de bonnes paroles. Dès 1796 il saisissait les autorités de Boston d'une demande de création d'école à l'intention des enfants noirs. Cette école vit effectivement le jour sous son impulsion en 1800 à Boston.

Prince Hall fit école, si l'on peut dire, puisqu' à sa suite, plusieurs francs-maçons de Prince Hall jouèrent un rôle de premier plan dans le secteur éducatif. Prince Saunders, également membre d'African Lodge, la loge même de Prince Hall, fonda la "Belles Lettres Society" et, après avoir rencontré le célèbre antiesclavagiste anglais, Wilberforce, mit en place un système éducatif à Haïti. Citons également John Peterson, qui fut le premier instituteur noir à New York et qui officia dans une école pour enfants noirs, entre 1855 et 1858, ou encore Don Carlos Bassett, qui dirigea l'Institute for Colored Youth in Philadelphia, en 1869 et exerça ensuite les fonctions de consul de Haïti, sans oublier des éducateurs dans les Etats du Sud, tel que le Grand Maître Norris Wright Cuney, au Texas.[6] Les deux maçons de Prince Hall les plus célèbres dans le secteur éducatif sont sans nul doute Booker T.Washington et William Edward Du Bois, qui ont d'ailleurs eu quelques désaccords. Booker T Washington et William Edward Du Bois furent tous deux créés maçons au vu de leur action "profane", "made Freemasons on sight ", ce qui est significatif. Les francs-maçons de Prince Hall furent sensibles à leur action dans la Cité et leur accordèrent ainsi une reconnaissance spontanée. Ils les prièrent de rejoindre leurs rangs, un peu comme la célèbre Loge des Neuf Sœurs avait sollicité Voltaire en son temps au vu de ses écrits philosophiques. Le Premier Ministre de la Barbade, Errol Wallon Barrow, fut lui aussi créé maçon au vu de son action politique, "mason on sight", par la Grande Loge de Prince Hall de la Caraïbe. Le fait que Booker T. Washington et William Edward Du Bois aient été sollicités par les Grandes Loges est particulièrement significatif. Il montre l'importance accordée à l'éducation par les maçons de Prince Hall.

La carrière de Booker T.Washington mérite que l'on s'y attarde car elle est révélatrice de la conception des pionniers de l'éducation et, à mon sens également, de celle des maçons de Prince Hall qui voulurent reconnaître ses mérites en lui conférant l'appartenance à leur obédience. Nous connaissons mieux la pensée et l'action de cet homme grâce à son autobiographie, Up from Slavery, publiée en 1901, qui est  un récit de sa carrière d'éducateur.[7]

 

Booker T.Washington, né esclave sur une plantation de Virginie, affranchi à la fin de la guerre de Sécession, à l'âge de neuf ans, explique que les enfants de son âge ont pu soudain "accéder au paradis", pour citer son expression et être enfin scolarisés, du moins en théorie. La scolarisation des enfants noirs était d'autant plus essentielle qu'aucun parent de cette génération ne savait lire ni écrire et n'était donc en mesure de les aider. Le désir d'éducation était si fort que les enfants acceptaient de travailler le jour et de suivre des cours le soir. Booker T.Washington raconte que pour se faire admettre à l'Institut Agricole de Hampton en Virginie, institut créé à l'intention des Noirs les plus pauvres, il accepta de balayer l'établissement puis de servir de portier, afin d'être dispensé des frais de pensionnat. Si Booker T.Washington ne faisait sans doute pas figure d'exception dans sa soif d'études, il joua cependant un rôle assez exceptionnel en tant qu'éducateur. Après s'être lui-même éduqué à grand peine, il décida de consacrer sa vie à l'éducation des Noirs. Pour ce faire il eut l'ambition de créer un établissement qui aurait un tel renom que le président des Etats Unis en personne lui rendrait hommage. C'est ce qui se produisit en effet, lorsqu'en 1898 le président McKinley rendit visite à Tuskegee, l'établissement fondé par Booker T.Washington dix sept ans plus tôt. Il se trouve que le président Mc Kinley était franc-maçon, tout comme Booker T.Washington. Un an plus tard ce président devait prononcer un discours à l'intention des maçons blancs pour fêter le centenaire d'un autre président maçon, qui en d'autres temps et d'autres lieux avait employé un grand nombre d'esclaves sur sa plantation, George Washington. Le président Mc Kinley sut reconnaître le travail de son frère, Booker T.Washington et l'encouragea à plusieurs reprises à prendre la parole devant des assemblées d'hommes d'affaires blancs. Si l'on songe à l'importance que Prince Hall lui même accordait à l'éducation des enfants noirs, on comprend la véritable mission dont se sentait investi Booker T.Washington. Que la franc-maçonnerie ait influencé ses conceptions éducatives, ou que ses conceptions éducatives aient plu aux maçons à tel point que ceux ci voulurent exprimer leur gratitude en conférant à Booker T.Washington la qualité de maçon, est dans le fond indifférent. Ce qui importe est le point de convergence entre les conceptions de ce pédagogue militant et celle des francs-maçons de Prince Hall. L'éducation ne devait pas se limiter à un enseignement livresque, mais devait être totale, "education of the hand, head and heart" ("éducation de la main, de la tête et du coeur"). [8] Education manuelle et intellectuelle devaient aller de pair. Dans le contexte post esclavagiste, il était nécessaire de reprendre en main -l'éducation des enfants. La fondation Tuskegee dont Booker T WAshington avait la charge était  mixte et de façon assez remarquable pour l'époque, ne semble pas avoir dispensé un enseignement différent aux garçons et aux filles. Tout élève de Tuskegee devait recevoir une formation professionnelle, "learn some industry" parallèlement à l'enseignement plus traditionnel.[9] Il était particulièrement important de donner une qualification aux élèves afin de leur permettre de trouver un emploi. Booker T.Washington, comme les francs-maçons de Prince Hall, aidait ainsi les Noirs à s'insérer dans le milieu professionnel, et de ce fait à progresser  sur la voie de l'émancipation. Pour ce faire il fallait relever une gageure, celle de réhabiliter la notion de travail.

Paradoxalement, c'est un autre franc-maçon de Prince Hall, William Edward Burghardt Du Bois, qui critiqua le plus vigoureusement les conceptions éducatives de Booker T.Washington. Né libre, au Massachusetts, Du Bois,  contrairement à Booker T.Washington, put bénéficier d'une éducation dans un établissement public et suivre des études universitaires. Diplômé de Harvard, (Washington le fut également, mais en guise de reconnaissance de son expérience professionnelle), Du Bois fut professeur d'histoire, d'économie et de sociologie à l'Université d'Atlanta, et apprit donc lui aussi à bien connaître le Sud des Etats-Unis. Contrairement à Booker T.Washington qui consacra toute sa vie exclusivement à l'éducation, Du Bois fut également un militant politique. Fondateur du NAACP, (National Association for the Advancement of Colored People) , il reprocha à  Booker T.Washington de ne pas assez politiser le débat, de faire trop de concessions aux hommes d'affaires du sud, de ne pas lier suffisamment la lutte pour l'éducation des Noirs à celle pour les droits civiques. Il critiqua surtout le compromis d'Atlanta, par lequel Washington avait accepté de renoncer à certains droits civiques, en particulier au droit de vote, en échange de garanties économiques qui devraient être accordées par les hommes d'affaires du Sud , selon la formule célèbre mais pour le moins ambiguë :

In all things purely social, we can be as seperate as the five fingers, and yet one as the hand in all things essential to mutual progress.

Pour tout ce qui est purement social, nous pouvons être aussi séparés que les cinq doigts de la main, mais pour tout ce qui est essentiel à l'avancement des uns et des autres, nous devons être unis comme la main. [10]

D'autre part, tout en reconnaissant à la fondation Tuskegee des mérites, Du Bois refusait de limiter l'éducation des Noirs à une formation professionnelle. Lui même de formation universitaire, il souhaitait que les jeunes Noirs aient accès à l'enseignement supérieur. Il rejetait ce qu'il considérait comme une éducation au rabais, l'acquisition d'un savoir-faire plutôt que d'un savoir. De façon très moderne, il insistait sur la nécessité de former les enseignants, y compris les enseignants des écoles professionnelles telles que Tuskegee, en leur proposant des savoirs fondamentaux. Le savoir était réellement perçu comme libérateur car  dépourvu d'a-priori racial. Avec humour, Du Bois déclarait :

I sit with Shakespeare and he winces not...

Lorsque je suis en compagnie de Shakespeare, celui-ci n'y voit aucun inconvénient ...[11]

Comme Booker T. Washington, Du Bois condamnait les méfaits de l'esclavage sans pour autant inciter les Noirs à être vindicatifs. S'il croyait au devoir de mémoire, il recommandait aux hommes et aux femmes de son époque de se tourner vers l'avenir plutôt que de se complaire de façon malsaine dans le passé. Comme Washington encore, il pensait que l'éducation devait jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les préjugés raciaux :

When truth shall have come into her own, through the media of education, the color line will be swept into oblivion of a dark and disgraceful past.

Lorsque la vérité aura repris ses droits, grâce à l'éducation, la ligne de partage ente les Blancs et les Noirs sera reléguée dans un passé sombre et honteux. [12]

En bons républicains Washington et Du Bois souscrivaient aux trois valeurs également chères aux francs-maçons : liberté, égalité, fraternité. Que les Grandes Loges de Prince Hall aient choisi de leur conférer à tous deux la qualité de maçon montre bien qu'ils partageaient les mêmes valeurs humanistes, par delà leurs différences.

Plus tard des loges de Prince Hall devaient encourager la formation professionnelle de leurs membres,et donc faciliter leur insertion dans le monde du travail, par des actions spécifiques en faveur des maçons, comme ce fut le cas de la Celestial Lodge n °3 de New York qui fonda une école pour ses membres, la Craftsmens School, active de 1905 à 1947.[13]

De nos jours, plusieurs loges de Prince Hall offrent des bourses d'études pour permettre aux enfants de leurs membres mais parfois aussi à d'autres étudiants de suivre des études universitaires. Citons au moins deux cas précis, celui de la loge de Brooklyn qui remet très officiellement chaque année un chèque à un nouvel étudiant lors de la cérémonie de rentrée universitaire et celui des loges de la Barbade. J'ai eu récemment le plaisir de rencontrer un maçon dont le fils avait bénéficié d'une bourse accordée dans le cadre de l'Austin Belle Junior Memorial Scholarship Fund, association qui existe depuis 1993 et qui octroie régulièrement des bourses universitaires pour une durée de trois ans à des enfants de maçons. A ce jour, quatre bourses ont déjà été accordées. Cette initiative fut prise par Austin Belle et son épouse, à la suite du décès accidentel de leur fils. Toutes les loges de la Barbade alimentent aujourd'hui ce fonds bien que la loge n° l en soit spécifiquement responsable. Ce ne sont là que deux exemples parmi d'autres. De nombreuses loges des Etats-Unis financent des opérations semblables.

3- La valorisation du travail et l'aide à l'insertion professionnelle.

Les loges de Prince Hall ont à coeur d'encourager l'éducation de leurs membres et de leurs proches afin de leur permettre de s'insérer dans le monde professionnel. Il existe également des structures facilitant la circulation d'information pour la recherche d'un emploi ou bien des comités d'aide aux chômeurs. Dans les annales de la Celestial Lodge n °3 de New York, déjà citée, mention est faite pour l'année 1931 d'un versement de $50 .00 de cette loge en faveur d'un comité de soutien aux chômeurs, The Emergency Unemployment Relief Committee.[14] De telles initiatives ne sont cependant pas spécifiques aux loges de Prince Hall, les exemples abondant de par le monde, quelles que soient les obédiences. Cependant les loges de Prince Hall ont toujours porté une attention particulière au domaine de l'éducation , peut être de façon plus marquée que les autres obédiences, même si les comparaisons sont toujours risquées en la matière.

D'autre part les loges de Prince Hall  semblent avoir contribué de façon très significative à la revalorisation du travail dans les mentalités. Cela est dû à la conjonction de deux phénomènes, à savoir le rôle joué historiquement par les maçons de Prince Hall dans la lutte contre l'esclavage et pour l'émancipation des Noirs d'une part, et l'apport philosophique spécifique de la franc-maçonnerie d'autre part.

Parmi tous les méfaits de l'esclavage il faut prendre en compte la connotation négative du travail chez les nouveaux affranchis. Si le travail signifiait déjà un instrument de torture chez les Romains, il fut bien considéré comme synonyme d'oppression par les esclaves. Or, le drame était qu'à la fin de la guerre de Sécession, une fois l'esclavage aboli dans les Etats Unis d'Amérique, le rejet du travail signifiait immanquablement l'exclusion sociale. C'est ce que comprit très bien Booker T.Washington qui entreprit de revaloriser le travail aux yeux de ses élèves. Le travail ne devait plus être conçu comme humiliant pour la personne humaine mais au contraire comme digne. Le travail devait permettre à chacun de regagner confiance en soi :

In our industrial teaching we keep three things in mind : first , that the student shall be so educated that he shall be enabled to meet conditions as they exist now, in the part of the South where he lives - in a word, to be able to do the thing which the world wants done; second, that every student who graduates from the school shall have enough skill, coupled with intelligence and moral character, to enable him to make a living for himself and others; third to send every graduate out feeling and knowing that labour is dignified and beautiful - to make each one labour instead of trying to escape it.

 

Dans notre enseignement professionnel nous avons trois objectifs ; premièrement que l'élève reçoive une éducation qui lui permettra de faire face aux conditions actuelles, dans la partie du Sud des Etats-Unis où il vit, en un mot d'être capable de faire ce dont la société a besoin; deuxièmement, qu' à la sortie de l'école chaque élève ait une qualification qui lui garantira les compétences, l'intelligence et les qualités moralesnécessaires pour qu'il puisse gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa famille; troisièmement, que chaque nouveau diplômé ait le sentiment et la conviction que le travail est digne et beau. Il faut que tous aiment le travail au lieu d'essayer d'y échapper.[15]

 

Or Booker T WAshington pouvait affirmer cet objectif avec d'autant plus de force qu'il était lui-même ancien esclave, qu'il luttait pour l'amélioration du statut des Noirs dans le Sud des Etats-Unis et qu'il était franc-maçon. Booker T. Washington affirmait que la notion de travail devait reprendre tout son sens, et ce non seulement dans la population noire mais également dans la population blanche du sud des Etats-Unis qui avait pris de mauvaises habitudes du temps de l'esclavage et perdu tout esprit d'autonomie.[16]

Plusieurs membres de Prince Hall se sont impliqués dans la lutte pour l'abolition. James J.G.Bias, membre de l'African Lodge n°549 de Philadelphie, appartenait également à la Société pour l'Abolition de l'Esclavage de Pennsylvanie et fut fondateur du Comité de Vigilance de Philadelphie en 1838.[17] Lewis Hayden, le Grand Maître de la Grande Loge de Prince Hall de Pennsylvanie, était l'un des dirigeants du Comité de Vigilance de Boston. Lorsqu'en 1863, Lincoln décida de permettre aux Noirs de s'enrôler dans l'armée, le gouverneur du Massachusetts n'eut donc aucun mal à rassembler des volontaires et à constituer ainsi le premier régiment entièrement noir, le 54è régiment. Deux loges militaires de Prince Hall furent actives pendant la guerre de Sécession.

Plusieurs loges de Prince Hall servirent de relais à ce que l'on appelait alors l'Underground Railroad, c'est à dire qu'elles favorisèrent la fuite des esclaves du Sud vers le Nord.

Alors même que les maçons de Prince Hall luttaient pour l'émancipation, ils adhéraient au discours sur le travail de la franc-­maçonnerie. La franc-maçonnerie glorifiait le travail, reflétant ainsi l'éthique protestante des XVIIIe et XIXe siècles, chère au monde anglo-­saxon. Le fondateur, Prince Hall, avait on le sait des amis anglais . Sans doute vécut-il un certain temps en Grande Bretagne, bien que cela n'ait jamais pu être établi avec précision. Il est certain cependant que Prince Hall n'aurait pas eu l'idée de demander une charte à l'Angleterre s'il n'avait pas eu de point d'attache dans le pays de John Locke, et s'il n'avait pas éprouvé une certaine admiration pour la Grande Loge d'Angleterre. Inversement les maçons anglais n'auraient pas pris le risque d'accorder une patente à un total inconnu, et de discréditer la Grande Loge du Prince de Galles, fût-ce pour contrarier les patriotes américains. Il est donc indéniable que Prince Hall et ses amis furent influencés par la philosophie en vigueur dans les loges anglaises, empreinte de l'éthique protestante du travail. Certes cette éthique était marquée historiquement et géographiquement, mais sans que cela puisse heurter par la suite les maçons de Prince Hall, qui s'attachaient à la valeur symbolique, et donc dans une certaine mesure transhistorique et universelle, de la franc-maçonnerie.

De plus la franc-maçonnerie accordait autant de prestige au travail manuel qu'intellectuel. Or les éducateurs tels que Booker T.Washington avaient à coeur de ne jamais séparer ces deux dimensions. Se mettre au service de la société pouvait prendre une connotation positive dès lors que l'homme acquérait au sein de la loge le respect de lui-même et des autres grâce à son propre travail.

 

Les francs-maçons de Prince Hall sont donc bien des acteurs du champ social. Ceci s'est vérifié au cours de l'histoire et c'est encore le cas aujourd'hui. Il est tout à fait symbolique que la veuve de Martin Luther King, Coretta Scott King, ait accepté de préfacer une biographie de Prince Hall, réalisée en 1991 et intitulée de façon significative, Prince Hall, Social Reformer. [18]

On entend parfois dire que la franc-maçonnerie ressemble au Rotary Club ou au Lyons Club. Il est vrai que ces clubs recrutent parfois plus aisément que ne le font les loges maçonniques. Ces affirmations un peu hâtives ne prennent en compte que l'action charitable, en matière de santé et d'éducation. Certes, les francs-maçons n'ont pas le monopole de la bienfaisance dans ces secteurs. Cependant,  la franc-maçonnerie ne se cantonne pas à ces actions. La différence essentielle entre les loges et les clubs relève de l’histoire des mentalités. En matière d'éducation, les maçons de Prince Hall ne se sont pas contentés de donner une aide financière, certes très précieuse, mais ont incité l'ensemble de la population noire à s'éduquer, dans le respect d'eux-mêmes et des autres, à acquérir des connaissances afin de rattraper le retard dû aux circonstances historiques, à progresser dans la société de leur époque. La conception du travail libérateur n'allait pas de soi chez un peuple opprimé par l'esclavage. Or la philosophie maçonnique a su relever ce défi dans les loges de Prince Hall et redonner ses lettres de noblesse au travail, ce qui était particulièrement important pour lutter contre l'exclusion et pour l'émancipation réelle des Noirs.

Les maçons de Prince Hall se sont battus contre les discriminations, en matière sociale comme dans le domaine des droits civiques, mais toujours en s'inspirant des droits de l'homme, en respectant et en voulant faire respecter les principes égalitaires républicains ou ceux de la démocratie parlementaire. A quelques exceptions près, ils ont généralement préféré la logique de l'intégration à celle de la séparation. La franc-maçonnerie a encouragé des valeurs telles que l'autonomie, le respect de soi et des autres, la valorisation du travail. Elle a donc encouragé ses membres à se battre concrètement contre la discrimination raciste, sans pour autant les pousser dans une logique de séparation.

Paradoxalement le problème de la reconnaissance mutuelle entre les Grandes Loges de Prince Hall et les Grandes Loges blanches est loin d'être réglé. Fort heureusement le passage des Constitutions d'Anderson, qui interdisait l'accès au Temple aux esclaves comme aux femmes ne fait plus force de loi que chez quelques maçons irréductibles. C'est au nom du refus d'initier des esclaves que les maçons ont si longtemps refusé de reconnaître comme "frères" les maçons de Prince Hall. Une évolution considérable a eu lieu depuis quelques années dans les rapports entre les Grandes Loges américaines blanches et noires. Alors qu'en 1997, 21 Grandes loges américaines sur 51 reconnaissaient la franc-maçonnerie noire dans leur Etat, ce chiffre est aujourd'hui de 38 sur 51. Treize Grandes Loges américaines, situées essentiellement dans le Sud des Etats-Unis, considèrent encore les Grandes Loges de Prince Hall comme irrégulières. La Grande Loge du Connecticut a été la première à tisser des liens avec les Grandes Loges de Prince Hall de plusieurs Etats, dès 1989. Récemment, les Grandes Loges blanches du Montana (en 1999), du Nevada (en 1999)  de l'Iowa, le 16 septembre 2000,  du Maryland (2003), de l’Oklahoma (2004) ont reconnu  les Grandes Loges de Prince Hall de leur juridiction, c'est-à-­dire de leur Etat.[19]

Notons que les Grandes Loges américaines reconnaissent les Grandes Loges de Prince Hall individuellement, et non pas dans leur ensemble. Ainsi certaines Grandes Loges n'ont de lien qu'avec la Grande Loge de Prince Hall de leur Etat. D'autres telles que celles du Connecticut ou du Nebraska ont des relations avec les Grandes Loges de Prince Hall dans une dizaine ou même une vingtaine d'Etats. De même la Grande Loge Unie d'Angleterre n'accorde pas une reconnaissance automatique à la franc-maçonnerie noire mais uniquement aux Grandes Loges de Prince Hall qui en  font individuellement la demande. Cela n'est pas sans irriter certains maçons de Prince Hall, qui trouvent cette démarche humiliante et préfèrent se passer de la reconnaissance de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Il suffit d'un simple coup d'oeil sur la carte indiquant les liens de reconnaissance mutuelle entre Grandes Loges blanches et noires pour comprendre qu'en dépit des apparences l'Amérique n'a guère évolué depuis la Guerre de Sécession. Les obédiences du Nord des Etats-Unis traitent les frères noirs en égaux, contrairement à celles de plusieurs  Etats du Sud. Le discours multiculturel n'a pas la même signification au Nord et au Sud. S'il revient à affirmer le respect des communautés dans le Nord, en dépit de quelques bavures, dans le Sud il permet surtout de protéger les WASPs (White Anglo Saxon Protestants) en délimitant clairement le territoire de chaque communauté ethnique et en excluant' dans la pratique les indésirables. Le problème ne se pose donc pas en termes spécifiquement maçonniques. Le racisme, puisqu'il ne faut pas avoir peur des mots, imprègne les moeurs d'un grand nombre d'Américains du Sud, francs­-maçons ou non. Il ne fait aucun doute que les mentalités évoluent, dans un contexte difficile. Chaque année une nouvelle Grande Loge franchit le pas, faisant ainsi reculer un peu plus la ligne Mason-Dixon. Treize Grandes Loges américaines doivent encore faire cette démarche pour que soit enfin achevée la Guerre de Sécession, du moins entre les grandes Loges.[20]

 



[1] La charte a sans doute été accordée dès 1784 mais n'est parvenue à la loge qu'en 1787.Voir à ce sujet, Joseph A.Walkes, Black Square and Compass, 200 Years of Prince Hall Freemasonry (New York: Masonic Supply Co, 1979. rpt 1994

 

[2] Loretta J.Williams, Black Freemasonrv and Middle-Class Realities ( Columbia: Univ. of Missouri Press, 1980) p.38

 

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Published by Cecile Revauger - dans revaugercecile
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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 18:01

Cécile Révauger

 

 

Peut on parler de laïcité dans les pays anglosaxons?

 

Le terme « laïcité » ne peut se traduire en  en anglais. Secularism est un concept voisin mais non identique , qui distingue tout au plus ce qui est « laïc »de ce qui est « clérical ». La laïcité en tant que telle  correspond à une page d’histoire bien française , à la lutte contre le dogmatisme et la main mise de l’Eglise catholique sur la vie publique, ce qui implique l’affirmation de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et le refus de toute interférence entre les deux champs.

 

Un rappel du contexte historique permettra tout d’abord de montrer la spécificité des pays anglo-saxons. Nous ne pouvons juger les rapports entre églises et Etat avec les mêmes critères, en raison des différences culturelles. En effet la pluralité religieuse et l’implication des églises dans les combats sociaux sont des caractéristiques très nettes du monde anglo-saxon . Chaque religion, conçue comme étroitement liée à une communauté ethnique, est respectée en tant que telle.

Pour autant, la pluralité religieuse, le multiculturalisme, qui semblent être porteurs de l’idée de tolérance sont-ils  garants d’une totale liberté de conscience, et par là-même de laïcité, au sens où on l’entend en France, dans le contexte de la République une et indivisible ?

Un examen, même rapide, du contexte historique et des évolutions récentes en Angleterre et aux Etats Unis devrait nous permettre d’amorcer une réponse à cette question.

 

 Historique : Religion et liberté de conscience n’ont pas été perçues comme antinomiques en Angleterre et aux Etats-Unis depuis le siècle des Lumières.

 

 

Pluralité des religions.

En Angleterre, comme aux Etats-Unis, depuis le début du Siècle des Lumières il n’y a pas eu  de mainmise d’une seule religion, et donc pas de dogmatisme religieux. Cette pluralité  a entraîné une assez grande  tolérance religieuse.

Voltaire admirait l’Angleterre, parce qu’il n’y avait pas une mais des dizaines de religions, donc ne présentant aucun danger:

« Sil n’y avait en Angleterre qu’une Religion, le despotisme serait à craindre, s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge, mais il y en a trente, et elles vivent en paix, heureuses. »[1]

 

Plus de 1500 églises sont aujourd’hui recensées aux USA, sans compter tous les nouveaux cultes  et sectes qui apparaissent chaque année. On ne saurait donc parler de mainmise d’une seule religion sur la société.

 

En Grande-Bretagne, lorsque l’anglicanisme devient religion d’Etat, au tout début du XVIIIe siècle, suite à la Glorieuse Révolution, c’est par réaction contre les excès du catholicisme et contre l’absolutisme du roi Jacques II.  L’Eglise fut  « établie » dans un contexte de progrès parlementaire lors du passage d’une monarchie absolue à une monarchie éclairée, et peu à peu à une monarchie parlementaire. En même temps que l’Eglise anglicane devint « établie », les dissidents de sensibilité protestante  obtinrent la liberté de culte (les Test and Corporation Acts leur octroyait cette liberté, à défaut de droits civiques).

 John Locke, philosophe et conseiller de Guillaume d’Orange, écrivit plusieurs  Lettres sur la Tolérance, en 1689 puis 1690 et 1692 qui firent autorité tout au long du XVIIIe siècle. Sous l’influence de Newton, qui présidait la Royal Society, les dogmes perdirent de leur vigueur au profit d’une  religion latitudinaire, tolérante, par opposition à la « High Church », l’aile la plus élitiste et la plus proche du catholicisme sur le plan théologique.

 

Les Américains sont eux aussi fondamentalement attachés au principe de tolérance religieuse : au XVIIe siècle les premiers immigrants vers les colonies américaines avaient fui le sectarisme religieux britannique, avant la Glorieuse Révolution. Ils se  référèrent au Toleration Act dès sa promulgation en Angleterre en 1789 afin d’éviter des dérives vers l’intolérance sur leur propre sol.  La liberté de culte demeura un droit fondamental pour tout colon américain.

Si la Déclaration d’indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, mentionne Dieu dans son préambule, il s’agit du Dieu des déistes, d’une religion naturelle par opposition aux religions révélées. La Déclaration d’Indépendance fait clairement procéder l’autorité du gouvernement de la souveraineté populaire et non de la souveraineté divine. La même année, Jefferson fait voter une loi en Virginie pour l’institution de la liberté religieuse. Trois ans plus tard en Virginie, l’Etat récupère même les biens des églises établies. Même s’ils n’adoptent pas tous de semblables dispositions, la plupart des Etats spécifient dans leurs déclarations de droits, à la suite de la Déclaration d’Indépendance, le principe de liberté religieuse. Par bien des aspects les déclarations de Pennsylvanie et du Maryland de 1776, pour ne citer que ces deux exemples, nous rappellent l’article des Constitutions d’Anderson : tous les citoyens sont libres de croire au Dieu qu’ils veulent, pourvu qu’ils respectent l’autorité du pays et qu’ils ne se rebellent pas contre l’Etat.

La Constitution américaine, quant à elle, spécifie que l’accès à la sphère publique ne saurait dépendre des croyances d’un individu  et donc qu’aucun test religieux ne sera exigé du personnel de l’Etat fédéral (article VI, Constitution américaine, 1787). Il s’agit bien d’une constitution laïque, du moins dans l’esprit.

 

Implication de certaines Eglises dans les luttes sociales.

En Angleterre les « dissenters » (les protestants qui n’étaient pas dans le giron de l’Eglise d’Angleterre)  se sont investis dans l’industrie, à défaut de pouvoir jouer un rôle politique puisqu’ils n’avaient pas les mêmes droits civiques que les Anglicans. Ils se sont battus pour obtenir ces droits civiques tout au long du XVIIIe siècle. On a parfois surnommé ces « dissenters » les « jacobins britanniques » . En effet Richard Price, Thomas Paine  admiraient   la Révolution Française et les droits de l’homme. A la fin du siècle les méthodistes ont su parler à la classe ouvrière. Dans les pays anglo-saxons les Eglises n’ont pas été systématiquement associées au pouvoir en place, comme ce fut le cas en France en particulier. Aux Etats Unis plusieurs églises  ont appuyé le combat des Noirs pour les droits civiques.

 

 Les rapports Eglise/Etat sont marqués par le multiculturalisme aux XXe et XXIe siècles.

On trouve le même respect pour la diversité des cultes,  lié à la tradition multiculturelle du Royame-Uni et des Etats-Unis. Dans ces deux pays, l’accent est mis non pas sur les droits de l’homme (conception jacobine et égalitaire) mais sur les droits des communautés. Aux USA les différentes vagues d’immigration ont amené une cohorte de religions : la société américaine les a acceptées. D’où une  mosaïque de religions, dans  la logique communautariste.

Il n’y a pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat en Angleterre. En revanche, il y a bien séparation entre l’Etat et les Eglises aux USA. Cependant les rapports diffèrent selon les Etats.

 

 

 

 Une liberté de conscience très limitée aux USA :tolérance à l’égard de toutes les religions, de toutes les sectes, mais intolérance totale envers toute remise en cause des dogmes religieux.

 

 

Alors que les Etats-Unis peuvent se vanter d’un passé relativement tolérant en matière religieuse, exception faite des Puritains de Salem, le clivage Nord Sud, la guerre de Sécession ont réveillé de vieux démons : la réaction ultra conservatrice des Sudistes a également trouvé une expression religieuse, la chasse aux esprits épris de rigueur scientifique, qui osent mettre en doute les dogmes religieux .

 Alors que Darwin n’a finalement pas effrayé les esprits en Grande-Bretagne, il en va bien différemment aux Etats-Unis. Le « procès du singe » pourrait ressembler à un vaste canular.

Depuis la publication de l’ouvrage de Darwin, les évangélistes du Sud des Etats-Unis se sont mobilisés, tels de nouveaux croisés partis défendre la seule vérité selon eux, le récit de la  Genèse. Dans quatre Etats du Sud, le Texas, l’Oklahoma, la Caroline du Nord et la Floride,  ils ont tenté d’étouffer tout débat sur l’évolutionnisme. C’est dans le Tennessee, cependant, en 1925, que la bataille de ces fondamentalistes atteignit le sommet du ridicule. Dans cet Etat une loi fut votée en 1925, la loi Butler, interdisant toute référence aux doctrine évolutionnistes à tous les niveaux d’enseignement, du primaire à l’université. Un propriétaire de mine et un chimiste locaux, avec le soutien de l’American Civil Liberties Union, encouragèrent un enseignant, Scope, à défier la loi et à poursuivre son enseignement scientifique en continuant à présenter à ses élèves les doctrines évolutionnistes. Scope accepta et  fut immédiatement inculpé, l’Amérique entière se passionna pour ce que l’on appela le « procès du singe ». Le procès fut médiatisé à l’extrême. Créationnistes et évolutionnistes s’entredéchirèrent symboliquement. Scope fut condamné, mais la Cour Suprême de l’Etat du Tennessee donna tort à la Cour de Dayton et inversa son jugement. Les scientifiques remportèrent donc la première manche mais la  bataille était loin d’être terminée. Dans les faits l’évolutionnisme resta banni de l’enseignement aux Etats Unis jusque dans les années 60. Dans les années 80 les créationnistes reprirent force et vigueur et font entendre leur voix de nos jours encore, n’hésitant pas à passer parfois aux actes. Ainsi  les créationnistes, actifs dans les groupes « pro-life »  n’ont pas hésité à organiser des commandos anti-avortement ou même à assassiner des médecins pratiquant l’avortement.

 

Revendication du droit à l’athéisme : les athées sont stigmatisés dans la société américaine . Peu importe sa religion, le tout est d’en avoir une,  l’ athéisme reste  très mal vu. L’élection de Bush n’a fait que confirmer cette tendance. Il a fait précéder sa toute première déclaration de président par une prière. Partisan de la peine de mort, Bush s’est très nettement prononcé contre l’avortement, pour des raisons purement religieuses.

Récemment les athées se sont regroupés et « baptisés »’ (!) les Brights aux USA : ils affirment ainsi  une identité collective, se comparent aux « gays », toujours dans une perspective communautariste et non d’égalité à la française. Ils estiment qu’ils sont victimes de discrimination, qu’ils ne peuvent faire une carrière politique par exemple. Ils ont créé un réseau  internet dans le but de s’entraider et de lutter contre la discrimination dont ils s’estiment, à juste titre, victimes.

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Conclusion :

Les traditions historiques et culturelles sont totalement différentes en France et dans le monde anglosaxon. D’où l’impossibilité d’utiliser une seule et même grille de lecture.

Le problème de la laïcité est très lié à la problématique de la société égalitaire ou multiculturelle. La conception française  est  jacobine, centralisatrice et égalisatrice, intégratrice.

En matière de droits, la conception anglaise et américaine est communautariste, multiculturelle. Les droits des communautés sont privilégiés, les individus étant perçus comme membres de telle ou telle communauté et n’étant pas forcément tous soumis aux mêmes lois.

La séparation de l’Eglise/ des Eglises et de l’Etat/des Etats, ou bien l’existence d’une Eglise établie, ne sont pas forcément des critères déterminants. Dans les faits, le Royaume Uni s’est toujours montré beaucoup plus tolérant à l’égard des athées que les Etats-Unis. Certes un député est encore aujourd’hui obligé d’accepter  la prière qui est de mise lors de l’ouverture du Parlement britannique, mais de façon assez symbolique. Aux USA, en revanche, la liberté de conscience est aujourd’hui encore sérieusement compromise. Toute secte, la plus folle soit elle, est tolérée, alors que les athées sont  stigmatisés.

La pluralité religieuse, qui implique la tolérance des religions entre elles, la juxtaposition des communautés,  ne signifie donc pas pour autant une totale liberté de conscience pour tous les citoyens.

Sans être trop chauvin, il semble raisonnable d’affirmer que seule une laïcité à la française, qui garantit la parfaite étanchéité entre vie privée et vie publique,  est en mesure d’assurer pleinement la liberté de conscience à tous les citoyens.

 

 

 

 

 



[1] Voltaire, Lettre VI, in Lettres Philosophiques/ Letters concerning the English Nation », 1733, cité par Charles Porset, in Voltaire Humaniste (Paris : EDIMAF, 2003), p.38-39.

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 17:51

Cécile Révauger, Université des Antilles et de la Guyane.

 

Franc-maçonnerie et référentiels conceptuels dans le monde anglo-saxon et en France : approche comparée.

 

L’objet de cette communication est d’examiner un certain nombre de concepts fondamentaux de la franc-maçonnerie et de comparer  leur portée  et leur évolution en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et en France. Ce travail sera essentiellement axé sur le XVIIIè siècle, mais tiendra également compte de la transition entre franc-maçonnerie opérative et spéculative, ainsi que de quelques développements récents.

 Certains concepts, tels que la sociabilité, la fraternité, la charité, le respect du pouvoir civil, sont à la fois univoques et universels. Ils constituent le substrat de la plupart des Grandes Loges modernes et ils sont à l’origine de leur fondation, quelle que soit l’aire géographique, à quelques nuances près.

 En revanche, d’autres concepts, tels que la laïcité ou le secret , sont à géométrie variable. Ainsi le concept de laïcité, central aux yeux des francs-maçons français, a un sens tout à fait spécifique aux Etats-Unis, où il se limite à un anti-catholicisme très ciblé dans le temps et dans l’espace, et n’en a quasiment aucun en Angleterre et en Ecosse où les Grandes Loges sont extrêmement liées à la monarchie et donc à la religion d’Etat De même , la notion de secret revêt un sens totalement différent dans l’Angleterre du XVIIIe siècle et dans l’Angleterre d’aujourd’hui, et a eu de tout temps une signification extrêmement limitée  aux Etats-Unis.

Enfin, on pourrait inscrire dans une  troisième catégorie les notions

 de  régularité maçonnique, de l’obligation de croire en Dieu, ou encore de l’initiation des femmes et des Noirs, c’est à dire des concepts que l’on qualifiera de polémiques tant ils ont suscité et suscitent encore des interprétations diverses et antagoniques. Ainsi on s’interrogera sur la présence de  quelques femmes chez les maçons opératifs , sur leur totale exclusion dans l’Angleterre du XVIIIè siècle, sur leur  présence dans les loges d’adoption françaises de la même époque, et sur les interdits qui pèsent aujourd’hui, en un mot sur les méandres d’une  histoire qui défie toute  logique. On s’attachera également à la question  de la « reconnaissance  maçonnique », très contestée par l’obédience noire de Prince Hall , et qui a justifié une exclusion de la franc-maçonnerie noire de la part des Grandes Loges blanches américaines tout au long du XIXe siècle.

Les  concepts de la franc-maçonnerie ont  beau reposer sur un substrat commun, ils se sont forgés au cours de l’histoire de chaque pays, et sont donc en constante évolution.

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